Coucou. Alors voilà la suite qui m'était demandé. Je vais être franc, j'en suis pas satisfait.
Déjà, parce que le rythme que j'avais en tête a disparu en cours de route. Enfin, ça me fait du bien, mais du coup je n'avais plus mon support à l'écriture. Il était exposé dans les pensées de Sam. Le rythme faisait "KMN KMN KMN KMN" dans ma tête (d'où le fait que la première pensée de Sam soit en anglais, pas pour exprimer quoi que ce soit de spécial, mais tout simplement parce que c'est plus facile d'aligner ces sonorités dans cette langue). Les pensées de Sam sont écrites ici sous des phrases en italique qui reviennent tous les 4 paragraphes. Vous allez voir que le rythme se délite très vite.
Et puis, plus généralement, j'ai vraiment l'impression de trahir ma propre histoire. A la base, le kidnappeur avait un but, qui devait rester inconnu. .L'histoire de Sam se poursuivait, mais devait aussi restée inconnue. Et dans la maison, rien d'autre ne devait être connu que la cave. Tous ce que j'avais écris, dans le style, les descriptions, les pensées et les sensations, dans le texte original de Silence, tout était basé sur le parcellaire. Du coup, le principe même de suite trahit cette configuration. Pour limiter les dégâts, j'ai quand même divisé la suite en deux, dont voilà la première partie.
Malgré tout ça, j'espère ne pas vous avoir découragé. J'ai quand même passé du temps, et je me suis appliqué dans cette histoire. Par exemple, pour reproduire le reste du rythme dans ma tête. J'ai produit pas moins de 57 allitérations à cet effet, pour que je puisse lire le son dans mon esprit. La plupart sont d'ailleurs des allitérations en S, parce qu'à défaut de pouvoir imiter le silence, je peux au moins faire S comme si SilenCe (et aussi parce que ça m'amusait au début de faire "sss, sss" quand une personnage a besoin d'aller aux toilettes...). En plus, des allitérations, il y a également 11 répétions et 5 anaphores, dans le but toujours de maintenir le rythme.
Bref, je me suis appliqué, mais tout simplement, rien que le projet de suite n'était pas crédible dans ma démarche à la base. Pour que ce le soit, il faudrait que la version originale de
Silence n'ait pas de fin. Et que cette suite se déroule dans un univers littéraire parallèle où une fin existerait. Et même moi je trouve ça tordu
Bon, donc ce que je dirais, c'est finalement, j'ai fait un truc que je n'ai pas fait, tout ça parce que des lecteurs des deux forums où je poste me l'ont demandé. Donc, j'ai fait ça pour toi lecteur.
Oui, toi qui est en train de t'endormir devant ce prologue, et qui croit que je ne le voit pas. D'ailleurs, ne t'endors plus jamais devant mes histoires, sinon je saurais te retrouver, toi et ta famille
Et si après tout ça, tu n'es pas dégoûtée, ou que tu ne culpabilises pas à mort, je te souhaite quand même une bonne lecture
Huit jours de captivité. Vingt-quatre fois le même rituel de questions-réponses. Et ce soir, Sam avait enfin réussi à briser les règles du jeu.
Certes, son ravisseur la laissait séquestrée dans son cellier. Les liens l'enserraient sempiternellement et la porte de la cave restait scellée.
Mais malgré ces désagréments, l'amélioration était majeure. La bouche de la demoiselle était libre, plus bâillonnée. La lumière était allumée, permettant à Sam de moins ressentir d'angoisse devant le silence, car l'obscurité ne l'augmentait plus. Et la meilleure de toutes les occurrences : la prisonnière avait réussi à effrayer et mettre en déroute son geôlier.
Come on, come on, come on, come on.
« Allez, met toi en route Sam. Trouve un moyen de glisser hors de tes liens ! » pensa-t-elle. La lueur de l'ampoule n'était plus nécessaire à la prisonnière pour explorer sa geôle. Cela n'était jamais que la vingt-quatrième fois qu'elle voyait le cellier illuminé par l'électricité. La captive savait qu'il n'y avait aucun objet coupant dans la cave.
Par contre, cette connasse de radio incroyablement coite placée sur une étagère dominait la captive, et continuait de la narguer carrément. Ce fait, incroyablement énervant pour Sam, la distrayait et la détournait de sa quête de liberté. Un mauvais souvenir en appelle un autre ; une mauvaise sensation en appelle une autre.
Suivant la joie d'avoir remporté une petite victoire sur son gardien, la sensation de non-satiété et d'insalubrité reprit ses droits. En clair, Sam se rendit compte qu'elle avait l'estomac vide et la vessie pleine. Le rythme de son corps s'était calé sur les horaires de son ravisseur. Ainsi, elle n'avait faim et soif que lorsque celui-ci lui apportait sa pitance, et elle n'avait pas besoin de se retenir avant qu'elle ne puisse utiliser les toilettes. Or, l'heure du repas du soir était dépassée, et elle était toujours ligotée.
Marche, marche, marche, marche.
Sam se rendit compte que l'assiette de crudités déposée par son ravisseur gisait toujours sur le sol. « Vas-y, tu peux l'attraper » pensa-t-elle pour se donner du courage, « redresse-toi et sautille jusqu'à elle. » Et elle essaya de faire ainsi. Cependant, les cordes étaient cruelles, et étroitement serrées.
Après de grands efforts, la prisonnière parvint à se remettre sur pieds et se redresser. Ses chevilles et ses genoux, garrottés, ne lui permettaient pas de pouvoir écarter les jambes. Ses poignets et ses bras, solidement solidarisés à son dos, l'empêchaient de se tenir en équilibre. Sam parvint à faire trois petits sauts pour essayer d'atteindre l'assiette. Au troisième, elle perdit l'équilibre et se vautra misérablement. Et trop loin de l'assiette pour espérer pouvoir y manger. Il aurait resté à la demoiselle la possibilité de ramper jusqu'à elle, mais elle craignait de se blesser sur le sol en béton brut de la cave.
De plus, son besoin d'uriner devenait de plus en plus pressant. A son grand regret, Sam se résolut à ce qu'elle voulait éviter le plus. Elle tenta de ne pas céder à la tentation, mais sa volonté s'avoua vaincue. Même si une répugnance lui restait.
Allez, allez, allez, allez.
« S'il-te-plaît, reviens ! » appela-t-elle « Je regrette ce que j'ai fais. Je m'excuse. » Ces mots s'adressaient à son gardien. Sam espérait qu'il était encore en train d'écouter derrière la porte. Et qu'il se dépêcherait, car ses besoins commençaient à dépasser le stade du pressant. « S'il-te-plaît, reviens, j'ai besoin de toi. Et attachée comme je suis, je ne peux pas te faire de mal. »
La porte de la cave resta close pendant quelques secondes. Puis elle s'ouvrit, laissant apercevoir le geôlier. Il s'arrêta sur le seuil pendant quelques secondes, scrutant le corps de Sam, vérifiant ainsi si les cordes qu'elle portait n'étaient pas distendues. Rassuré sur la solidité des liens, il descendit jusqu'à elle.
La prisonnière était toujours allongée sur le sol. Il la prit par les épaules, et la redressa en position assise. Il plia les genoux, afin que son visage et celui de la captive soient à la même hauteur. Il l'examina quelques secondes. Puis, sans crier gare, il la gifla avec force. La captive chuta à nouveau, à cause de la puissance du coup. Il l'attrapa à nouveau par les épaules, et la rassit encore une fois. Il vérifia s'il n'avait pas abîmé son visage. La joue de Sam était devenue rouge, mais elle n'avait ni bleu, ni coquard, ni saignement. Il regarda dans les yeux de sa prisonnière, espérant y desceller de la peur. Il n'y vit qu'une haine qui venait encore d'augmenter. Il comprit à cet instant précis, qu'avec cette méthode, il ne parviendrait pas à ce qu'elle lui appartienne.
Remets-m'en une, pour voir.
Ils continuèrent à se défier du regard encore un moment. Puis le gardien détourna les yeux. Un sourire narquois apparut sur le visage de la captive.
« Très bien, je vais te détacher, commença le geôlier. Mais plus jamais tu ne cherches à m'imposer des ordres. Plus jamais! Tu m'entends ?
-Évidemment que je t'entends, répliqua-t-elle. Tu es en train de crier à moins de cinquante centimètres de mes oreilles.
-Et montre-moi du respect. Sinon...
-Sinon quoi ? Tu me frappes à nouveau ? Je sais que tu veux que je t'appartiennes. Et ce n'est pas comme ça que je t'aimerai.
-Effectivement, je pourrais te gifler à nouveau. Mais si tu n'es pas plus respectueuse, je peux te punir sans avoir à faire un effort. Là, tout-de-suite, je pourrais très bien te laisser te pisser dessus. »
Cette menace parut atteindre Sam, qui baissa les yeux. Son sourire féroce s'effaça de son visage, pour réapparaître sur celui de son ravisseur. Ayant repris l'avantage moral, il proclama :
« Maintenant, je vais te détacher. Je ne veux pas que tu dises un mot. Silence ! Et ce soir, je ne te laisse que vingt minutes sans lien. Pas quarante-cinq minutes comme d'habitude. »
Sam hocha la tête.
Retiens-toi, retiens-toi, retiens-toi.
Rapidement, le ravisseur la débarrassa de ses cordes. Après quoi, il sortit de la cave en refermant la porte. Aussitôt libérée, Sam se précipita sur les toilettes situées dans un coin de la pièce. Puis elle se lava les mains au robinet situé à côté, et où elle s'arrangeait pour se laver lorsqu'elle en avait le temps. Ce soir, elle ne l'avait pas. Après, elle se dépêcha d'engloutir l'assiette de légumes préparés à son attention et vida la petite bouteille d'eau qui les accompagnait.
Quinze minutes s'étaient écoulées. Il lui en restait cinq. Son regard se portait sur la radio silencieuse. En plus de rester muette, et de ne pas chasser le silence qui hantait la prisonnière, elle lui attirait des ennuis désormais.
Sam arracha la radio de l'étagère où elle était rangée. Dans un éclat de rage, elle commença à faire un mouvement pour l'éclater contre le mur. Elle s'interrompit au dernier moment, en pensant que son ravisseur la punirait certainement si elle commençait à démolir ses objets.
Petite radio, tu me permets de me rendre d'à quel point la vie est une chienne.
Les vingts minutes étaient écoulées. A la vingt-et-unième, le gardien ouvrit brutalement la porte. Il se dirigea d'un pas ferme et rapide vers sa prisonnière, et l'agrippa par le bras. Il la tirait avec force. Pourtant, elle ne résistait pas. Il l'amena jusqu'au coin de la cave où était entreposé le sac de bondage dans lequel elle dormait, ainsi qu'un oreiller.
Depuis huit jours qu'elle était ici, Sam savait ce qu'elle devait faire. C'était dans ce sac qu'elle allait passer la nuit, comme les sept fois précédentes où elle avait sommeillé. Son ravisseur n'eut pas besoin de prononcer un mot. Elle rentra dans le sac, et laissa son gardien lacer les sangles. Toujours plus serrée, la prisonnière se retrouva confinée étroitement dans le sac de cuir.
Bien que ce soir, elle avait remporté une victoire, Sam savait qu'elle ne devait pas trop brusquer son gardien. Cela réduisait la probabilité qu'elle parvienne à s'enfuir un jour. Plus elle serait rebelle, plus elle serait surveillée. Pour ce soir, mieux valait devancer les désirs du geôlier. Elle ouvrit donc la bouche, afin d'y accueillir une bourre de tissu, avant que son ravisseur n'eut besoin de le demander. Après quoi, ce-dernier, satisfait de reprendre la main, bâillonna sa prisonnière en scellant ses lèvres par plusieurs bandes de scotch noir. Comme d'habitude. Mais contrairement à d'habitude, il ne plaça pas le coussin sous la tête de Sam. Pourtant, c'était ce qu'il faisait chaque soir, après l'avoir confiné dans le sac, et avant qu'elle ne dorme.
« Confisqué, asséna-t-il. Tu voulais du changement, en voilà. Cette nuit, tu dors la tête sur le béton. Demain aussi, il y aura des modifications »
Dis-m'en plus, dis-m'en plus.
Si le geôlier avait pris un ton relativement menaçant en confisquant l'oreiller, il avait parlé du lendemain d'une manière plus douce. La curiosité de Sam avait été titillée. Elle souhaitait en connaître d'avantage. Mais trop tard, le gardien était sortit. Enfermant la demoiselle dans le silence et l'obscurité.
Sam trouva difficilement le sommeil, hantée par ce silence qui ne durait que depuis trop longtemps, et gênée par la sensation du sol froid sous ses cheveux. La fatigue finit par l'endormir, retardée par l'angoisse qu'elle commençait à éprouver pour le lendemain. Mais son réveil fut étonnamment doux.
D'habitude, le gardien l'éveillait en la secouant légèrement. S'il avait été autant en colère qu'hier, ce matin là, il aurait réveillé la captive en lui lançant un grand coup de pied dans les côtes. Étonnamment, ce n'est pas ce qu'il advint.
« Sam. Saaam. Réveille-toi, s'il-te-plaît. »
Depuis quand m'appelle-t-il par mon surnom ?
Telle fut la première pensée de la prisonnière, en se réveillant. Elle était nue depuis des jours, mais elle savait que son ravisseur avait sans doute gardé ses vêtements. Ou au moins qu'il regardé la carte d'identité qui se trouvait dans la poche du pantalon de sa captive, avant de s'en débarrasser. Ce qui signifiait qu'il connaissait le nom de la demoiselle. Et son surnom, Sam le lui avait dit la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, dans la discothèque. Mais, prénom ou surnom, il n'avait jamais prononcé ni l'un ni l'autre, lorsqu'il s'adressait à elle.
Elle ouvrit les yeux lorsqu'elle sentit la main du gardien sur sa joue. A l'endroit même où il l'avait giflé la veille. Cependant, aujourd'hui il la caressait lentement. La demoiselle lui lança un regard interrogateur, ses lèvres étant encore scellées par l'adhésif.
Le geôlier lut très bien l'interrogation dans les yeux de la demoiselle. Mais il fit semblant de ne pas la remarquer, et l'ignora. Il lui demanda quelque chose qui n'avait pas le moindre rapport : « Tu aimes le café ? »
Pour le moins troublée par cette inhabituelle question, qui n'entrait pas dans le cadre des quelques conversations habituelles qu'elle tenait avec son geôlier, la captive hocha la tête. Le geôlier répliqua alors : « Je t'en ais fait ce matin. »
A quoi tu joues ? Dis -moi à quoi tu joues ?
Habituellement, le matin la demoiselle ne pouvait avaler que quelques céréales dans un bol de lait qui lui étaient apportées. Si l'ajout du café en menu représentait une assez bonne nouvelle pour elle, elle l'interrogeait également sur le comportement de son geôlier. Durant les huit derniers jours, il s'était illustré comme étant glacial et monotone. Ce matin, il lui parlait chaleureusement, ne la brusquait pas, et changeait le rituel qui avait fini par s'imposer.
Le gardien arracha le bâillon se captive, et la laissa recracher la bourre, avant d'entamer la discussion. « Il me semble que tu en avais marre de tes journées. Alors j'ai décidé d'y apporter un peu de changement. J'espère que ça te plaira.
-Et moi, j'espère que tu comprendras que je me méfie de tes initiatives.
-Pourquoi dis-tu ça ?
-Parce que la première initiative que tu as prise, c'était de m'emprisonner ici ! »
Voyant que la demoiselle élevait la voix, le geôlier plaqua lestement un bâillon sur ses lèvres, avec célérité. « Là, là, du calme » fit-il en caressant les cheveux de la demoiselle. « Donc, je disais qu'aujourd'hui serait un peu différent. Ce matin, je ne te laisse pas quarante-cinq minutes de liberté. Je vais desserrer les sangles de ton sac. Mange ton petit-déjeuner. Puis viens toquer à la porte de la cave quand tu as fini. »
Sur ce, il délia les liens du sleepbag, assez pour que Sam puisse s'en extraire seule. Le temps qu'elle arrive à sortir ses bras, et à arracher son bâillon, le ravisseur était déjà presque sorti du sous-sol. Elle eut le temps de lui lancer : « Si tu veux vraiment changer les choses et me faire plaisir, tu peux mettre des piles dans la radio.
-Hors-de-question ! » dit-il avant de verrouiller la cave.
Réfléchis, réfléchis, réfléchis.
Sam fit le point sur ce qui s'était produit. Hier, elle s'était révoltée contre l'homme qui la séquestrait, avec plus ou moins de succès. Il en avait été contrarié, et l'avait giflé. Mais ce matin, il paraissait de bonne humeur. Il était passé de glacial à chaleureux. Il acceptait de modifier les journées monotones. Mais pourtant il refusait de faire fonctionner la radio. « Tu peux me dire à quoi tu joues ? » pensa Sam tout haut.
N'ayant que ce sempiternel silence pour réponse, elle haussa les épaules et décida de déjeuner. Elle prit son temps pour manger ses céréales, mais elle engloutit le café, contente d'avoir enfin un goût nouveau. Depuis le début de sa captivité, elle n'avait pu goûter que des céréales avec du lait ou des légumes froid, en plus du tissu qu'elle avait régulièrement en bouche.
Conformément aux instructions, elle se rendit ensuite devant la porte. Juste avant de toquer, elle se rendit compte qu'une chute de tissu était attachée à la poignée. Ignorant ce détail, elle frappa. La voix du ravisseur retentit immédiatement.
« Prend le foulard, et bande-toi les yeux.
-C'est fait.
-Retourne-toi, et croise les mains dans le dos. J'entre. »
Le gardien ouvrit la porte, et découvrit Sam de dos, dans la position demandée. Il lui lia les poignets, et avec une autre corde les relia à sa taille. Mais il ne toucha pas aux chevilles.
« Ouvre la bouche » ordonna-t-il.
Et il enfonça une bourre de tissu dedans, avant de plaquer du scotch par-dessus. Ensuite, il agrippa le bras de la prisonnière.
« Et maintenant, on sort d'ici ! »
Quoi ?! Il est sérieux, là ?!
Au bout de neuf jours, Sam allait enfin sortir du sous-sol. Quand le maître des lieux l'entraîna avec lui, elle se laissa faire. Sous ses pieds nus, elle sentit du carrelage froid. Après neuf jours à sentir le béton brut qui blindait le sol de la cave, la surface lisse était un vrai délice à ressentir. Soudain un simple souffle s'immisça dans la chevelure de la prisonnière, et ses cheveux s'agitèrent légèrement sous la douce brise. Sam songea alors au vent, qu'elle n'avait plus senti depuis son enlèvement. Puis elle se rendit compte que pour qu'elle puisse sentir un courant d'air, il fallait qu'il y ait une ouverture qui fasse corridor.
La captive n'était plus dans la cave. Elle savait que de l'autre côté des murs de la maison s'étendait le monde, d'où s'amenait un soufflement. Elle sentait que son gardien se tenait contre sa gauche. Elle avait les mains liées dans le dos. Elle était bâillonnée. Elle avait les yeux bandés. Elle ne savait pas où se trouvait la porte qui menait à l'extérieur, ni comment étaient agencée la maison, en-dehors de la cave. Elle pensait tout-de-même qu'il fallait qu'elle tente sa chance.
La demoiselle leva brusquement le genoux gauche, l'envoyant dans les côtes de son geôlier. Ce-dernier, de surprise plus que de douleur, lâcha sa prise. A l'aveuglette, Sam détala sur sa droite. Elle courut aussi vite qu'elle le put. Elle percuta un mur, rebondit, et reparti en courant vers sa gauche sans même se retourner. Elle marcha sur un objet qui traînait par terre, faillit trébucher, se retint, et reprit sa course. Elle partit en ligne droite, là où elle sentait un courant d'air au niveau de ses pieds, infime, mais qui devenait un peu plus fort, comme elle avançait. Elle comprit qu'elle devait approcher d'une porte qui menait vers l'extérieur.
Un choc dans le dos, puis la sensation de son ventre, de sa poitrine et de sa joue contre le froid carrelage. Et le corps chaud de son geôlier plaqué sur son dos. « Tu pensais à quoi ?! Tu ne vois rien, tu ne peux pas parler, tu ne peux rien attraper ! Et en plus, tu es nue. Tu croyais vraiment pouvoir m'échapper ? Tu allais te prendre la porte dans la gueule. Sans moi, tu t'assommais. »
Et tu crois que je devrais te remercier ? J'étais si prêt du but !
Sam se sentit soulevée, puis redressée sur ses pieds et stabilisée. Elle s'attendait à recevoir une gifle de son ravisseur, mais rien ne vint. A la place, la prisonnière sentit la prise s'affermir sur son bras, et être tirée avec encore plus de force.
Toujours aveugle, elle sentait le carrelage lisse sous ses pieds. Et une douleur sur son bras, serré trop fort Puis son bâillon étouffa un cri, lorsque ses orteils percutèrent un objet en bois.
« Attention, escaliers. » prévint laconiquement le maître de lieu. Et il resserra encore plus sa prise sur la captive, afin de l'aider à monter cet obstacle. Précautionneusement et lentement, marche après marche, ils parvinrent au sommet. « Et n'essaye pas de le redescendre sans moi. Avec les yeux bandés, tu tomberais et te romprais les os. »
L'étage de la maison était également carrelé. Sam fut tirée dans une pièce. Son bandeau tomba. Tout d'abord, elle fut éblouie par la lumière électrique, amplifiée par des étendues blanches. Ses yeux s'habituèrent, et elle remarqua qu'il s'agissait des murs. Ils avaient du carrelage, blanc. Le sol était pavé, en blanc. Le plafond était peint, en blanc. La porte aussi, en blanc. La pièce comportait une baignoire pourvue d'un rideau de douche, et un évier, blancs. Il y avait un miroir, mais pour l'instant, il ne reflétait que les murs, blancs.
Pas de couleur, pas de bruit. Pas de couleur, pas de bruit !
La pièce était une salle de bain. Pas de fenêtre. Et rien ne venait briser la monochromie ambiante. Et Sam pressentait que le silence allait revenir s'ajouter à cela.
« Depuis que tu es ici, tu te laves comme tu peux à l'eau froide, avec le robinet installé dans la cave. Je me suis dit qu'un peu d'eau chaude te ferait du bien. »
Malgré le monochrome silencieux qui s'étalait devant ses yeux, l'intérêt de la demoiselle commençait à s'éveiller. A défaut de son, elle redécouvrirait l'une des nombreuses sensations qui lui avaient manquées. Elle grimpa dans la baignoire, dès que son geôlier le lui avait indiqué. Ce-dernier plaça un coussin de baignoire, rouge, la seule tâche de couleur dans toute la pièce, afin que la prisonnière y repose sa tête. Il lui ordonna de s'allonger, les pieds du côté du robinet, la tête à l'opposé, sur l'oreiller. Puis, avec deux cordes, il lui lia sévèrement les chevilles et les genoux.
Il commença à faire couler de l'eau froide, puis y ajouta progressivement de l'eau chaude. Sam le sentait sur ses pieds. Elle poussa quelques gémissements lorsque la température lui convint. Le gardien saisit le message, stabilisa la température, et boucha le siphon. Le liquide chaud remplit la baignoire, jusqu'aux épaules de son occupante.
Ça me fait du bien. Ça me fait vraiment du bien.
Même si les cordes la mordaient encore en ce moment, même si le bâillon la maintenait muette, la captive sembla les oublier un instant, tant elle était charmée par cette agréable sensation. « Je te laisse là quelques instants, de toute façon tu ne peux pas aller très loin » déclara le geôlier, en coupant l'eau puis en sortant de la salle de bain.
Et Sam resta là. Elle profitait de cette accalmie. Elle s'était vite habituée au froid de la cave, mais elle n'en appréciait pas moins la chaleur de la salle. Elle ferma les yeux, et se laissa aller, oubliant pour un instant tous ses problèmes.
Doucement, la température du bain retomba. Quand elle commença à ressentir la faible tiédeur, Sam ouvrit les yeux. Tout autour d'elle était toujours blanc. Sauf son oreiller, mais elle ne pouvait pas le voir, puisqu'il était derrière sa tête. Et de savoir cela, aux yeux de Sam, rendait le blanc encore plus éclatant. Et puis, le silence était toujours là. La salle de bain n'était pas plus bruyante que le sous-sol. Cependant, un élément venait troubler l'absence de son.
Ploc, ploc, ploc. Le robinet était mal fermé, des gouttes tombaient régulièrement dans la baignoire. Ploc, ploc, ploc. La faiblesse de ce son régulier rendait le silence encore plus profond. Ploc, ploc, ploc. Cela rappelait à Sam les bruits, qui lui manquaient. Ploc, ploc, ploc. Ces petits sons lui devenaient insoutenables. Ploc, ploc, ploc. L'absence de couleur était elle-même augmentée par ce silence démultiplié. Ploc, ploc, ploc.
Arrête, arrête, arrête, arrête, arrête, arrête.
Sam aurait fait n'importe quoi pour faire cesser ce bruit. Mais elle avait les mains liées dans le dos. Elle se dit qu'en faisant un effort, peut-être pourrait-elle atteindre le robinet. Elle souleva la tête de son coussin. Elle se redressa. Elle se contorsionna. Elle commença à s'approcher du robinet. Elle glissa. Sous l'eau, le silence était totale. En glissant, la prisonnière s'était posée de tout son long sur le fond de la baignoire. Ses pieds étaient sortis du bain, s'étaient accrochés au dessus robinet, et y étaient maintenus par la corde qui les liait. Et sa tête était sous l'eau.
Sam contracta les muscles de son ventre, et parvint à ramener son visage à l'air libre. Elle voulait s'asseoir, mais ses pieds la faisaient basculer en arrière. La demoiselle agita les jambes comme elle pouvait, mais une partie du robinet s'était immiscée entre les cordes, et ne voulait plus partir. La captive s'agita encore plus, mais son bassin glissa en avant, et elle se retrouva à nouveau immergée.
Désormais, ses cuisses étaient à la perpendiculaire de son torse, qui était au fond de la baignoire, et la tête dans l'alignement. Le tout sous l'eau. Ses jambes étaient maintenant complètement immobilisée. Dans un grand effort, Sam parvint à sortir la tête de l'eau. Elle tenta de crier pour attirer son gardien, mais son hurlement fut étouffer par son bâillon. Ses abdominaux commencèrent très vite à la brûler. Elle relâcha prise, et sa tête s'engouffra à nouveau sous l'eau. Dans un deuxième effort, encore plus douloureux, elle redressa le buste. Pendant une longue minute, souffrant au ventre, elle tenta d'appeler à l'aide, sans succès. Puis, sentant qu'elle allait bientôt lâcher, elle prit une longue goulée d'air, et se laissa retomber.
A nouveau sous l'eau, elle tenta encore de sortir la tête. Dès qu'elle eut commencé le mouvement, une atroce brûlure au niveau du ventre l'arrêta. La panique s'empara de la jeune femme. Elle tentait de plus belle de battre des jambes, mais elles étaient trop bien coincées. Elle sentit très vite le besoin d'air, ses poumons la brûlaient. Mais impossible de ramener sa tête à l'air libre. Dans un ultime effort, Sam parvint presque à sortir son nez de l'eau, mais elle ne parvint pas jusqu'au bout de son geste, définitivement vaincue. Elle n'avait plus la force de se débattre. Elle sentait que dans quelques secondes, elle allait expirer le peu d'air qui lui restait. Dans quelques secondes, le silence aquatique allait devenir son silence éternel.