Gojũ...
Publié : 18 mai 2015, 18:58
Une odeur de riz parfumée montait des cuisines jusqu'à l'étage . La circulation, le brouillard de pollution et la voie ferrée encombrée se heurtaient au silence pesant de la pièce . Yoko était agenouillé face à sa tasse de thé. Elle avait glissé dans son chignon deux baguettes , à la mode des geishas . son regard posé sur la tasse , à la fois absent et mélancolique , semblait vouloir me dire tout son ennui et son besoin de partir . Sous son kimono , elle était nue , c'était son habitude . J'adorais sentir ses seins tomber lourdement dans ma main sous cette fine toile de satin . Pour chasser cette idée , je me tournai et posai mon regard sur la fenêtre en contemplant les trains passer sur la voie ferrée. Nos rencontres s'étaient ritualisées , et tous les mots avaient leur importance , même les plus silencieux . C'est pourquoi , en l'instant même , je cherchais quoi répondre au silence qu'elle m'imposait .De nature assez volubile , j'avais appris à me taire et à écouter , et en l'instant , je n'avais pas envie de la perdre à nouveau . Je me retournai lentement vers elle en me forçant à effectuer des gestes mesurés , comme pour ne pas effrayer cet oiseau fragile posé sur sa branche. Je refusai de la voir partir à nouveau , et pourtant je ne me résolvais pas à l'enfermer dans cette cage . Lui ouvrir la fenêtre , eut été le moindre des actes courageux que j'aurais pu entreprendre . « veux tu que je sorte les cordes ? »je redoutais sa réaction , pire qu'un refus , un assentiment apathique aurait été une déception. Yoko ne répondit pas tout de suite , cela aussi , j'avais dû l'apprendre , attendre ses réponse . Quelques secondes plus tard , un geste ferme de la tête me rassura sur sa décision. Yoko porta alors la tasse à ses lèvres et engloutit le fond , avant d'emporter le plateau avec elle et de vider l'espace . Il fallait agir vite sans montrer mon empressement . Poser chacun de mes gestes , éviter tout superflu . Lorsqu'elle entrerait à nouveau , il fallait que tout soit en place , sans bruit , sans rien d'autre qui puisse heurter la fragilité de l'instant , que le brouhaha de la ville qui s'écoule lentement.
Après tous ces rendez vous , je n'ai pas encore compris si le temps qu'elle prenait pour revenir , était pour s'assurer de m'en laisser suffisamment ou bien pour s'apprêter et entrer dans son rôle. Une fois ou deux , en raccompagnant le plateau , elle n'est pas revenue . C'est pourquoi je préparais la pièce ce jour là , comme on réalise un mandala de sable dans la seule perspective d'y jeter un coup de pied , dès qu'il serait fini . C'était tout le mystère de Yoko , et sans doute aussi ce qu'elle attendait de mon attention portée aux préparatifs .
De retour dans la pièce , elle portait toujours son kimono, avait remis un peu de rouge sur ses lèvres, un peu de fard sur ses joues . Comme à son habitude , elle s'agenouilla en posant ses mains l'une sur l'autre sur ses cuisses . je devais encore attendre un moment , à l’affût de son regard , du rythme de sa respiration , il me fallait deviner l'instant propice .
La moue de sa bouche m'indiqua qu'elle était prête et je pus alors m'approcher d'elle sans l'effrayer . Ma main tendue dans sa direction attendait qu'elle accepte mon invitation à se lever .
Elle posa son regard sur moi avant de poser ses doigts sur les miens , puis s'accrocha à moi pour se relever
l'un face à l'autre retenus par le lien de nos mains enlacées , nos regard s'entrecroisaient, se cherchaient l'un l'autre sans paraître se toucher . Elle fit deux pas en arrière , jusqu'à ce que ses doigts quittent les miens . Il s'agissait de mon moment . Il fallait que j'agisse en cet instant précis , que je m'empare d'un premier jeu de cordages .
J'étais ravi qu'elle ait choisi de garder son kimono , car j'adorais le chuintement de la corde sur ce tissus, lorsque je la faisais glisser autour de sa poitrine . Une fois , elle était revenue entièrement nue , sa longue chevelure ébourriffée , on aurait dit un petit animal effarouché , j'avais alors pris mille précautions pour l'enlacer . On pourrait croire que je prends le contrôle de la situation alors que les cordages se nouent autour de son corps , mais c'est l'inverse qui se produit . À mesure , que mes mains s'agitent autour de son corps , je me rends esclave de mon propre travail . Assujetti aux rythmes de sa respiration, ses gémissement , ses suffocations … Yoco dirigeait d'autant plus la séance que ses silences imprègnaient l’atmosphère.
Moi esclave spectateur, elle se hissait quand à elle comme l'actrice principale , celle que le public attendait , au milieu de la pièce, gisant , n'ayant besoin pour convaincre que de faire acte de présence . L'enlacement de son corps , était du seul fait de sa présence , l'ultime expression de tout son art . Elle n'avait besoin de rien d'autre pour être , semblant centrée uniquement sur elle même comme si moi , son public , à la merci de son plus petit geste , l’indifférait .
Elle seule comptait , elle seule au milieu de la scène , effaçant tout le reste , gisant , là , face au public médusé.
Les cordes s'étaient ancrées sur sa poitrine . Je portais attention au moindre de mes gestes , ajustant les cordages avec délicatesse . Un hochement de tête , ou bien encore une épaule haussée , pouvait m'indiquer la voie à suivre et celle à éviter . J'ajustai le serrage de la corde à sa respiration , et ses soupirs, m'indiquant par leur intensité si je devais serrer plus fort , ou délester un peu l'étreinte . Aucun cordage ne se posait sans son consentement formel , et pourtant entre nous , si peu de mots étaient prononcés …
Yoko avait cette capacité à me communiquer sans la voix ce qu'elle attendait de moi . Je n'était toléré en tant que spectateur , que parce que je m'appliquais à lui prêter mes bras .
Ses bras furent maintenus fermement dans le dos . Déjà , elle n'était plus libre de ses mouvements , et je la sentais chavirer au moindre soubresaut . Délicatement , je la posai au sol , sur le côté . Quelques cordages supplémentaires me permirent d'enlacer ses chevilles , et de joindre ses genoux .
Mon travail prenait fin , et je rejoignis ma place au bord de la fenêtre . Elle se débattait comme à son habitude , langoureusement, sans réellement chercher à s'extraire de ses liens à tout prix. Je contemplais le spectacle , de loin , à la fois habitué , et en même temps , toujours à l'affût d'un de ses mouvements . Un de ces déhanchements , ou bien une de ces expressions du visage qui véhiculait plus que de la féminité , une sorte de grâce à simplement exister . Difficile pour moi de savoir à quoi elle pensait , ni même si elle pensait vraiment en cet instant .
Il y avait également en elle quelque chose d'animal , d'incontrôlable . C'était peut être ce que je recherchais le plus à chacun de nos rendez-vous .
En ouvrant la fenêtre , l'odeur de la ville s'engouffra bruyamment dans la pièce . J'allumai une cigarette , en contemplant , son œuvre , celle qu'elle m'avait offert à moi seul , son unique spectateur
Après tous ces rendez vous , je n'ai pas encore compris si le temps qu'elle prenait pour revenir , était pour s'assurer de m'en laisser suffisamment ou bien pour s'apprêter et entrer dans son rôle. Une fois ou deux , en raccompagnant le plateau , elle n'est pas revenue . C'est pourquoi je préparais la pièce ce jour là , comme on réalise un mandala de sable dans la seule perspective d'y jeter un coup de pied , dès qu'il serait fini . C'était tout le mystère de Yoko , et sans doute aussi ce qu'elle attendait de mon attention portée aux préparatifs .
De retour dans la pièce , elle portait toujours son kimono, avait remis un peu de rouge sur ses lèvres, un peu de fard sur ses joues . Comme à son habitude , elle s'agenouilla en posant ses mains l'une sur l'autre sur ses cuisses . je devais encore attendre un moment , à l’affût de son regard , du rythme de sa respiration , il me fallait deviner l'instant propice .
La moue de sa bouche m'indiqua qu'elle était prête et je pus alors m'approcher d'elle sans l'effrayer . Ma main tendue dans sa direction attendait qu'elle accepte mon invitation à se lever .
Elle posa son regard sur moi avant de poser ses doigts sur les miens , puis s'accrocha à moi pour se relever
l'un face à l'autre retenus par le lien de nos mains enlacées , nos regard s'entrecroisaient, se cherchaient l'un l'autre sans paraître se toucher . Elle fit deux pas en arrière , jusqu'à ce que ses doigts quittent les miens . Il s'agissait de mon moment . Il fallait que j'agisse en cet instant précis , que je m'empare d'un premier jeu de cordages .
J'étais ravi qu'elle ait choisi de garder son kimono , car j'adorais le chuintement de la corde sur ce tissus, lorsque je la faisais glisser autour de sa poitrine . Une fois , elle était revenue entièrement nue , sa longue chevelure ébourriffée , on aurait dit un petit animal effarouché , j'avais alors pris mille précautions pour l'enlacer . On pourrait croire que je prends le contrôle de la situation alors que les cordages se nouent autour de son corps , mais c'est l'inverse qui se produit . À mesure , que mes mains s'agitent autour de son corps , je me rends esclave de mon propre travail . Assujetti aux rythmes de sa respiration, ses gémissement , ses suffocations … Yoco dirigeait d'autant plus la séance que ses silences imprègnaient l’atmosphère.
Moi esclave spectateur, elle se hissait quand à elle comme l'actrice principale , celle que le public attendait , au milieu de la pièce, gisant , n'ayant besoin pour convaincre que de faire acte de présence . L'enlacement de son corps , était du seul fait de sa présence , l'ultime expression de tout son art . Elle n'avait besoin de rien d'autre pour être , semblant centrée uniquement sur elle même comme si moi , son public , à la merci de son plus petit geste , l’indifférait .
Elle seule comptait , elle seule au milieu de la scène , effaçant tout le reste , gisant , là , face au public médusé.
Les cordes s'étaient ancrées sur sa poitrine . Je portais attention au moindre de mes gestes , ajustant les cordages avec délicatesse . Un hochement de tête , ou bien encore une épaule haussée , pouvait m'indiquer la voie à suivre et celle à éviter . J'ajustai le serrage de la corde à sa respiration , et ses soupirs, m'indiquant par leur intensité si je devais serrer plus fort , ou délester un peu l'étreinte . Aucun cordage ne se posait sans son consentement formel , et pourtant entre nous , si peu de mots étaient prononcés …
Yoko avait cette capacité à me communiquer sans la voix ce qu'elle attendait de moi . Je n'était toléré en tant que spectateur , que parce que je m'appliquais à lui prêter mes bras .
Ses bras furent maintenus fermement dans le dos . Déjà , elle n'était plus libre de ses mouvements , et je la sentais chavirer au moindre soubresaut . Délicatement , je la posai au sol , sur le côté . Quelques cordages supplémentaires me permirent d'enlacer ses chevilles , et de joindre ses genoux .
Mon travail prenait fin , et je rejoignis ma place au bord de la fenêtre . Elle se débattait comme à son habitude , langoureusement, sans réellement chercher à s'extraire de ses liens à tout prix. Je contemplais le spectacle , de loin , à la fois habitué , et en même temps , toujours à l'affût d'un de ses mouvements . Un de ces déhanchements , ou bien une de ces expressions du visage qui véhiculait plus que de la féminité , une sorte de grâce à simplement exister . Difficile pour moi de savoir à quoi elle pensait , ni même si elle pensait vraiment en cet instant .
Il y avait également en elle quelque chose d'animal , d'incontrôlable . C'était peut être ce que je recherchais le plus à chacun de nos rendez-vous .
En ouvrant la fenêtre , l'odeur de la ville s'engouffra bruyamment dans la pièce . J'allumai une cigarette , en contemplant , son œuvre , celle qu'elle m'avait offert à moi seul , son unique spectateur