Au nom de la loi
Publié : 04 juil. 2017, 16:48
Soudain, il n’y eut plus un bruit dans la rue, c’est comme ça que Laurence s’en rappelle, et c’est ce qui aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, comme un jour férié quand tous les habitants de l’immeuble ont migré à la campagne ou ailleurs. Et la sonnette de sa porte qui vint rompre le silence, pas l’interphone, non, mais bel et bien quelqu’un qui avait pu monter dans les étages.
Elle hésita un peu: legging blanc et t-shirt à manches longues, oui, elle se trouvait présentable.
Un bel homme en uniforme, c’est ce qu’elle découvrit en ouvrant la porte, qu’on aurait pu confondre avec un représentant de commerce ou un vendeur d’assurance vie. Mignon, oui, ça c’est sûr, mais elle connaissait l’uniforme et ça ne pouvait que l’inquiéter.
- Police Sanitaire, madame. Vous permettez que j’entre?
La question était pure forme et n’attendait pas vraiment de réponse. D’ailleurs, il était déjà entré, refermant la porte derrière lui.
- Madame, nos services ont détecté une baisse de libido importante dans cette zone depuis quelques semaines et très exactement de cet appartement. Vous connaissez la situation délicate du pays et la loi de 2019, j’en suis certain.
- Mais... Ecoutez, ce doit être une erreur, monsieur,...
- Lieutenant.
- Lieutenant, ça doit être une erreur: j’ai signalé mon changement d’état civil il y a deux mois, mon mari a quitté le domicile, nous sommes en instance de divorce.
Il prit un air sévère, pas content d’être pris en défaut, et tendit le bras gauche pour la faire reculer.
- Un pas en arrière, madame. Le temps de vérifier.
Et de lever sa main droite vers sa bouche pour parler à son poignet. Demander au central une vérification d’information.
- Ca va prendre quelques minutes. Madame, depuis combien de temps n’avez-vous pas été attachée?
C’était dit. A se demander si quelqu’un l’avait dénoncée ou pas. Son ex-mari peut-être? Non, même s’ils ne s’entendaient plus, il ne pouvait pas lui envoyer la police, pas lui. Un voisin? Elle ne se rappelait pas s’être froissée avec aucun d’entre eux, bien au contraire, tout le monde s’entendait à merveille dans l’immeuble. Alors, quoi? Quoi faire? La police sanitaire avait la réputation de rendre obsolète n’importe quel détecteur de mensonge. Alors, dire la vérité?
Laurence se figea.
- Je... ça fera huit semaines demain, lieutenant.
Sang froid, maîtrise du geste, pas de précipitation, il glissa une main dans sa poche pour attraper un collier de serrage en plastique.
- Je vois. Restez calme, madame. Tournez-vous et mettez les mains dans le dos.
Elle avait peut-être une chance de s’expliquer quand même.
- Attendez s’il vous plaît. Justement, une voisine devait passer cet après-midi pour m’attacher, il y a plus de deux heures. C’est pour ça que je suis là. Elle a sûrement été retardée mais elle va arriver. Je peux même aller la chercher si vous voulez.
- Ne bougez pas, madame. On va vérifier tout ça mais tournez-vous. D’accord?
On lui avait dit qu’ils pouvaient se montrer violents, Laurence ne se sentait pas rassurée du tout, même si cet officier semblait très calme, posé et pas le moins du monde agressif. Alors elle se tourna, mit les mains dans le dos et sentit le collier en plastique se resserrer sur ses poignets. Trop serré. Ca lui pinçait la peau si bien qu’elle ne put retenir une grimace.
- Désolé si je vous ai fait mal. Où rangez-vous vos cordes?
Bien sûr, elle allait répondre mais déjà il s’était éloigné, cherchant à droite et à gauche, désignant l’entrée de la chambre:
- Là? Oui, évidemment, ça ne peut être que là.
Alors il s’y engouffra et reparut moins d’une minute plus tard en tenant le sac où elle conservait ses cordes, bâillons et autres accessoires. Pas besoin d’être un fin limier pour le trouver: il était rangé dans le placard de la chambre. On lui avait toujours dit qu’en cas de contrôle, c’était moins suspect s’il était à portée de main; ça laissait penser qu’il était véritablement utilisé.
De retour derrière elle, l’officier saisit une corde qu’il plia en deux et lui entoura la poitrine par dessus son chemisier, juste sous les seins qui remontèrent un peu, et la tira fermement dans son dos. La corde très longue lui permit de faire deux autres tours à ce niveau, puis deux autres au dessus, lui écrasant légèrement les seins, avant de la faire passer par dessus l’épaule droite, de la nouer entre ses deux seins et de la ramener dans son dos par dessus l’épaule gauche.
- Mais puisque je vous dis que ma voisine doit passer. Je vous assure, tout ceci est inutile.
Peine perdue, il ne semblait pas écouter le moins du monde, concentré sur le noeud qu’il terminait. Solide. Tendu.
- Je compte bien vérifier ça, madame. Ne vous inquiétez pas.
Continuant son ouvrage, il lui entoura le ventre un peu plus bas que le nombril d’une autre corde elle aussi pliée en deux, enserrant aussi ses poignets et de la même manière il en fit trois tours plutôt serrés, et finit en faisant passer les derniers centimètres entre le dos de Laurence et ses poignets. Plus elle était attachée et plus il semblait se détendre. Finalement il la fit asseoir par terre, adossée contre le canapé. Là il entreprit de lui ligoter les chevilles, croisées, les jambes repliées si près du corps qu’il termina en nouant la longueur restante aux cordes qui lui enserraient la poitrine, juste entre les deux seins.
Laurence se retrouva ainsi comme en tailleur, la tête penchée en avant et incapable de se relever.
- Quel appartement?
- Pardon?
- La voisine. Quel appartement?
- C’est le 32, à l’étage supérieur.
Elle essaya de lever la tête suffisamment pour le voir. Juste assez pour distinguer sa silhouette qui se dirigeait vers la porte. Il ne bluffait donc pas tout à l’heure et allait vraiment vérifier. Pourvu que...
- Attendez! S’il vous plaît, attendez. Vous n’allez pas me laisser comme ça, hein?
- C’est juste, vous avez raison.
Il rebroussa chemin mais pas pour la libérer, non. Un instant plus tard, un bandana était glissé entre ses lèvres et noué très serré sur sa nuque. La porte d’entrée se refermait doucement. Il était peut-être encore temps d’appeler à de la clémence mais à quoi bon. Si au moins Véronique voulait bien confirmer son histoire, elle pourrait éviter une peine d’internement...
Elle hésita un peu: legging blanc et t-shirt à manches longues, oui, elle se trouvait présentable.
Un bel homme en uniforme, c’est ce qu’elle découvrit en ouvrant la porte, qu’on aurait pu confondre avec un représentant de commerce ou un vendeur d’assurance vie. Mignon, oui, ça c’est sûr, mais elle connaissait l’uniforme et ça ne pouvait que l’inquiéter.
- Police Sanitaire, madame. Vous permettez que j’entre?
La question était pure forme et n’attendait pas vraiment de réponse. D’ailleurs, il était déjà entré, refermant la porte derrière lui.
- Madame, nos services ont détecté une baisse de libido importante dans cette zone depuis quelques semaines et très exactement de cet appartement. Vous connaissez la situation délicate du pays et la loi de 2019, j’en suis certain.
- Mais... Ecoutez, ce doit être une erreur, monsieur,...
- Lieutenant.
- Lieutenant, ça doit être une erreur: j’ai signalé mon changement d’état civil il y a deux mois, mon mari a quitté le domicile, nous sommes en instance de divorce.
Il prit un air sévère, pas content d’être pris en défaut, et tendit le bras gauche pour la faire reculer.
- Un pas en arrière, madame. Le temps de vérifier.
Et de lever sa main droite vers sa bouche pour parler à son poignet. Demander au central une vérification d’information.
- Ca va prendre quelques minutes. Madame, depuis combien de temps n’avez-vous pas été attachée?
C’était dit. A se demander si quelqu’un l’avait dénoncée ou pas. Son ex-mari peut-être? Non, même s’ils ne s’entendaient plus, il ne pouvait pas lui envoyer la police, pas lui. Un voisin? Elle ne se rappelait pas s’être froissée avec aucun d’entre eux, bien au contraire, tout le monde s’entendait à merveille dans l’immeuble. Alors, quoi? Quoi faire? La police sanitaire avait la réputation de rendre obsolète n’importe quel détecteur de mensonge. Alors, dire la vérité?
Laurence se figea.
- Je... ça fera huit semaines demain, lieutenant.
Sang froid, maîtrise du geste, pas de précipitation, il glissa une main dans sa poche pour attraper un collier de serrage en plastique.
- Je vois. Restez calme, madame. Tournez-vous et mettez les mains dans le dos.
Elle avait peut-être une chance de s’expliquer quand même.
- Attendez s’il vous plaît. Justement, une voisine devait passer cet après-midi pour m’attacher, il y a plus de deux heures. C’est pour ça que je suis là. Elle a sûrement été retardée mais elle va arriver. Je peux même aller la chercher si vous voulez.
- Ne bougez pas, madame. On va vérifier tout ça mais tournez-vous. D’accord?
On lui avait dit qu’ils pouvaient se montrer violents, Laurence ne se sentait pas rassurée du tout, même si cet officier semblait très calme, posé et pas le moins du monde agressif. Alors elle se tourna, mit les mains dans le dos et sentit le collier en plastique se resserrer sur ses poignets. Trop serré. Ca lui pinçait la peau si bien qu’elle ne put retenir une grimace.
- Désolé si je vous ai fait mal. Où rangez-vous vos cordes?
Bien sûr, elle allait répondre mais déjà il s’était éloigné, cherchant à droite et à gauche, désignant l’entrée de la chambre:
- Là? Oui, évidemment, ça ne peut être que là.
Alors il s’y engouffra et reparut moins d’une minute plus tard en tenant le sac où elle conservait ses cordes, bâillons et autres accessoires. Pas besoin d’être un fin limier pour le trouver: il était rangé dans le placard de la chambre. On lui avait toujours dit qu’en cas de contrôle, c’était moins suspect s’il était à portée de main; ça laissait penser qu’il était véritablement utilisé.
De retour derrière elle, l’officier saisit une corde qu’il plia en deux et lui entoura la poitrine par dessus son chemisier, juste sous les seins qui remontèrent un peu, et la tira fermement dans son dos. La corde très longue lui permit de faire deux autres tours à ce niveau, puis deux autres au dessus, lui écrasant légèrement les seins, avant de la faire passer par dessus l’épaule droite, de la nouer entre ses deux seins et de la ramener dans son dos par dessus l’épaule gauche.
- Mais puisque je vous dis que ma voisine doit passer. Je vous assure, tout ceci est inutile.
Peine perdue, il ne semblait pas écouter le moins du monde, concentré sur le noeud qu’il terminait. Solide. Tendu.
- Je compte bien vérifier ça, madame. Ne vous inquiétez pas.
Continuant son ouvrage, il lui entoura le ventre un peu plus bas que le nombril d’une autre corde elle aussi pliée en deux, enserrant aussi ses poignets et de la même manière il en fit trois tours plutôt serrés, et finit en faisant passer les derniers centimètres entre le dos de Laurence et ses poignets. Plus elle était attachée et plus il semblait se détendre. Finalement il la fit asseoir par terre, adossée contre le canapé. Là il entreprit de lui ligoter les chevilles, croisées, les jambes repliées si près du corps qu’il termina en nouant la longueur restante aux cordes qui lui enserraient la poitrine, juste entre les deux seins.
Laurence se retrouva ainsi comme en tailleur, la tête penchée en avant et incapable de se relever.
- Quel appartement?
- Pardon?
- La voisine. Quel appartement?
- C’est le 32, à l’étage supérieur.
Elle essaya de lever la tête suffisamment pour le voir. Juste assez pour distinguer sa silhouette qui se dirigeait vers la porte. Il ne bluffait donc pas tout à l’heure et allait vraiment vérifier. Pourvu que...
- Attendez! S’il vous plaît, attendez. Vous n’allez pas me laisser comme ça, hein?
- C’est juste, vous avez raison.
Il rebroussa chemin mais pas pour la libérer, non. Un instant plus tard, un bandana était glissé entre ses lèvres et noué très serré sur sa nuque. La porte d’entrée se refermait doucement. Il était peut-être encore temps d’appeler à de la clémence mais à quoi bon. Si au moins Véronique voulait bien confirmer son histoire, elle pourrait éviter une peine d’internement...