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Anna : Home jacking rue des Lilas – Reportage qui s’invite à la maison

Publié : 19 mai 2026, 12:19
par ewtuning
21h40 – Pavillon, banlieue de Rouen
Anna Lee rentre d’un reportage sur les travailleurs détachés. Bottes en cuir marron, jupe longue en jean, pull bleu marine. Elle a mal aux pieds. Elle gare sa voiture, récupère le courrier.
Sa voisine, Lucie, 58 ans, prof d’anglais à la retraite, arrose ses géraniums de l’autre côté de la haie.
« Dur, la journée ?
— Dur, oui. Tu veux un thé ? J’ai acheté des sablés. »
Anna sourit. C’est le rituel. 22h, thé, sablés, et Lucie qui râle sur les copies.
21h52 – Le portail
Elles sont dans la cuisine d’Anna. Bouilloire qui siffle. Soudain, la porte d’entrée explose. Pas toc-toc. BOUM. Trois silhouettes, cagoules, pieds de biche.
« Personne bouge ! C’est un home jacking ! »
Anna renverse le thé. Brûlure sur la cuisse, à travers la jupe. Lucie hurle. Un des types lui colle une claque. « Ta gueule la vieille. »
21h55 – Ligotées
« À plat ventre ! Mains dans le dos ! »
Anna obéit. Les bottes raclent le carrelage. Un type sort des Serflex de sa poche. Clic, clic. Poignets d’Anna serrés à lui couper le sang. Chevilles pareil. Lucie subit le même sort, en gémissant.
Bâillon : ils arrachent un torchon à vaisselle, le coupent en deux. Un morceau pour Anna, enfoncé dans la bouche, goût de savon de Marseille. Par-dessus, du gros scotch toilé gris. Trois tours autour de la tête. Ça tire les cheveux, ça écrase les joues. Lucie a droit au deuxième morceau de torchon, même tarif.
On les traîne dans le salon. On les assied dos à dos, on les attache ensemble avec une corde qui fait encore trois tours autour de leurs ventres. Elles sont un seul bloc. Ligotées. Bâillonnées.
Le chef : « Les clés de la bagnole. Le code de l’alarme. Les bijoux. Et vous bougez pas, sinon on revient. »
22h10 – La fouille
Les trois types retournent la maison. Tiroirs par terre, matelas éventré, télé arrachée du mur. Anna compte. Respire par le nez. 1, 2, 3. Ne pas paniquer. La salive ne s’évacue pas avec le bâillon. Elle bave dans le torchon. Le scotch la cisaille.
Lucie pleure sans bruit. Ses épaules secouent Anna dans le dos. Anna essaie de lui frotter les doigts liés contre les siens. Je suis là.
22h35 – Ils partent
« C’est tout ? Putain c’est des pauvres. »
Ils prennent la voiture d’Anna, les deux ordis, 200 euros en liquide, l’alliance de Lucie. Ils claquent la porte.
Silence. Juste les deux respirations nasales, rapides, affolées. Et le frigo qui ronronne.
22h50 – Se libérer
Anna bascule sur le côté, entraînant Lucie. Elles tombent. Ça fait mal. Mais au sol, Anna peut voir le pied de la table basse. En verre, bord tranchant.
Elle rampe. Centimètre par centimètre. Les bottes n’aident pas. La jupe s’accroche. Au bout de 10 minutes, elle arrive. Elle frotte les Serflex des poignets contre le verre. Scie. Scie. Scie. Le plastique mord, puis cède. Clac.
Mains libres. Elle arrache son bâillon. Douleur. Peau qui vient avec. Elle crache le torchon.
« Lucie, ça va ? »
Lucie hoche la tête, les yeux exorbités. Anna lui enlève le scotch doucement. Lucie vomit.
Anna coupe les liens des chevilles avec un couteau de cuisine. Elle tremble. 112 sur son portable. « Home jacking, rue des Lilas, 17. On est deux. Ils sont partis y’a 15 minutes. Clio grise, AB-247-XX. »
23h20 – Police
GIGN, BAC, SAMU. La maison est un champ de bataille. Anna a les poignets violets, la bouche en sang, les marques du scotch sur les joues. Lucie fait un malaise en voyant les gyrophares.
Le capitaine prend la déposition d’Anna dans l’ambulance. Elle parle malgré les lèvres éclatées.
« Trois. 1m80, 1m75, 1m70. Le grand avait une cicatrice à la main droite. Ils sentaient la cigarette et l’essence. L’un a dit on remonte sur Rouen après. »
2h30 – Interpellation, A13
La Clio d’Anna est repérée à la barrière de péage de Buchelay. Les trois sont dedans. Interpellés sans heurt. Dans le coffre : les ordis, les bijoux, et un rouleau de scotch entamé. Le même.
Trois jours plus tard – Le Monde
Photo une : deux tasses de thé renversées sur la nappe d’Anna, une trace de botte dans le sucre. Titre :
« Ligotées, bâillonnées pour 200 euros : mon home jacking, celui de ma voisine »
Anna raconte le BOUM, le goût de savon du torchon, le bruit du scotch qu’on arrache, Lucie qui pleure dans son dos, le bord en verre qui coupe le Serflex.
Dernière ligne :
« Ils nous ont attachées ensemble pour qu’on se taise. Ils ont oublié qu’à deux, dos à dos, on tient. Et qu’une journaliste ligotée, si elle se libère, elle donne les plaques, les tailles, l’odeur. La BAC a pris le relais. Moi, je reprends le clavier. Lucie, elle replante ses géraniums. »