Anna : le bateau de plaisance

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ewtuning
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Anna : le bateau de plaisance

Message par ewtuning »

Mardi 10h – Port de Cannes.
On monte à bord du Étoile Bleue pour un sujet léger : "les femmes qui font tourner la plaisance". Moi, Anna Lee, reporter au Monde : jupe blanche, marinière, mes bottes caramel que je garde même en mer. À côté de moi, Sofia Moreno, officier du RAID en civil : jean noir, t-shirt gris, bottes crème plates.
Et l’équipage. Douze femmes. Toutes habillées pareil : robe bleue avec un liseré blanc, et des bottes bleues mi-mollet. C’est leur uniforme d’été. Elles rient, elles nous servent un café.
11h30, on est à trois milles. Trois hommes sortent du carré. Pas d’équipage. Ils coupent l’AIS, le GPS, la radio. « Personne bouge. »
11h45. Le pont.
Ils commencent par elles. Les douze en robe bleue.
Je les vois s’asseoir dos à la rambarde. Un homme prend un rouleau de scotch toilé gris. Il commence par les pieds.
Il leur momifie les jambes. Du bout des bottes bleues, il remonte. Un tour, cinq tours, dix tours. Le scotch serre la robe bleue liseré blanc contre la peau. On ne voit plus le tissu, juste le plastique gris moulé, de la pointe des bottes jusqu’aux hanches. Douze paires de bottes bleues qui disparaissent sous le scotch.
Puis les bras. Il les colle le long du corps. Il tourne autour des épaules, du torse, descend jusqu’aux poignets. Quinze tours. Les bras aussi momifiés dans du scotch. Elles ne peuvent plus lever un doigt.
Puis la bouche. Il prend du ruban adhésif large. Un tour autour de la tête. Deux. Trois. Quatre. Cinq. La bouche est pansée avec plusieurs tours de ruban adhésif. Elles respirent par le nez, les yeux grands ouverts.
En dix minutes, le pont est plein de femmes en robe bleue, momifiées.
Puis nous.
Ils nous séparent. « Toi, la journaliste. Toi, la flic. » Ils ont trouvé la carte de Sofia.
Cabine capitaine. Ils nous posent sur deux fauteuils.
Moi d’abord. Jambes : scotch sur mes bottes caramel, il remonte sur ma jupe blanche. Ça serre. Bras : il me plaque les bras, il tourne. Je sens le scotch chauffer. Bouche : cinq tours. Serré.
Sofia après. Jean noir, bottes crème. Même chose, mais plus. Jambes momifiées, bras momifiés, et quand ils voient "POLICE", ils rajoutent trois tours sur la poitrine. Bouche : cinq tours aussi.
On est à part. Monnaie d’échange.
La prise d’otages dure plusieurs jours.
Le bateau dérive. Ils l’ont garé dans une zone interdite au sud des îles, moteurs coupés. Personne ne peut nous retrouver.
Jour 1 : il fait chaud. Le scotch colle. Sur le pont, les robes bleues des filles brillent sous le plastique. Leurs bottes bleues transpirent.
Jour 2 : ils soulèvent un coin de notre bouche pour une paille d’eau. Puis ils remettent du ruban.
Jour 3 : je regarde Sofia. Elle cligne. Une fois, deux fois. Code RAID : "tiens bon". Elle a les bras momifiés, elle ne peut rien faire.
Jour 4 : nuit. J’entends un moteur au loin. Puis rien.
Vendredi 6h10.
Des coups sur la coque. « GIGN ! POLICE ! »
La porte de la cabine explose. Un homme en noir s’agenouille devant moi. Il prend un cutter. Il coupe le scotch de ma bouche. Cinq tours. L’air entre.
Il coupe mes bras. Quinze tours. Puis mes jambes. Mes bottes caramel réapparaissent, marquées, humides.
À côté, ils libèrent Sofia. Même rituel. Quand sa bouche est libre, elle dit juste : « Moreno. RAID. Quatre jours. »
Sur le pont, c’est plus long. Douze femmes en robe bleue liseré blanc, toutes momifiées. Il faut couper chaque jambe, chaque bras. Les bottes bleues sortent du scotch une par une. Elles ont gardé la forme du plastique.
On nous évacue. Le soleil se lève sur la mer plate.
Samedi. J’écris.
On était captives dans un bateau de plaisance ainsi que les membres d’équipage, les membres d’équipage sont habillés en robe bleue avec un liseré blanc ainsi que des bottes bleues.
Les victimes ont les jambes momifiées par du scotch et leurs bras sont aussi momifiés dans du scotch et leur bouche est pansée avec plusieurs tours de ruban adhésif. La prise d’otages dure plusieurs jours.
Quatre jours. Moi en bottes caramel, Sofia en bottes crème, et douze femmes en bottes bleues. Toutes momifiées des pieds à la bouche.
On nous a retrouvées parce qu’on dérivait trop près d’une zone de pêche.
Et maintenant, quand je ferme les yeux, je revois le pont : douze robes bleues, douze paires de bottes bleues, tout gris de scotch.

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