Une odeur de riz parfumée montait des cuisines jusqu'à l'étage . La circulation, le brouillard de pollution et la voie ferrée encombrée se heurtaient au silence pesant de la pièce . Yoko était agenouillé face à sa tasse de thé. Elle avait glissé dans son chignon deux baguettes , à la mode des geishas . son regard posé sur la tasse , à la fois absent et mélancolique , semblait vouloir me dire tout son ennui et son besoin de partir . Sous son kimono , elle était nue , c'était son habitude . J'adorais sentir ses seins tomber lourdement dans ma main sous cette fine toile de satin . Pour chasser cette idée , je me tournai et posai mon regard sur la fenêtre en contemplant les trains passer sur la voie ferrée. Nos rencontres s'étaient ritualisées , et tous les mots avaient leur importance , même les plus silencieux . C'est pourquoi , en l'instant même , je cherchais quoi répondre au silence qu'elle m'imposait .De nature assez volubile , j'avais appris à me taire et à écouter , et en l'instant , je n'avais pas envie de la perdre à nouveau . Je me retournai lentement vers elle en me forçant à effectuer des gestes mesurés , comme pour ne pas effrayer cet oiseau fragile posé sur sa branche. Je refusai de la voir partir à nouveau , et pourtant je ne me résolvais pas à l'enfermer dans cette cage . Lui ouvrir la fenêtre , eut été le moindre des actes courageux que j'aurais pu entreprendre . « veux tu que je sorte les cordes ? »je redoutais sa réaction , pire qu'un refus , un assentiment apathique aurait été une déception. Yoko ne répondit pas tout de suite , cela aussi , j'avais dû l'apprendre , attendre ses réponse . Quelques secondes plus tard , un geste ferme de la tête me rassura sur sa décision. Yoko porta alors la tasse à ses lèvres et engloutit le fond , avant d'emporter le plateau avec elle et de vider l'espace . Il fallait agir vite sans montrer mon empressement . Poser chacun de mes gestes , éviter tout superflu . Lorsqu'elle entrerait à nouveau , il fallait que tout soit en place , sans bruit , sans rien d'autre qui puisse heurter la fragilité de l'instant , que le brouhaha de la ville qui s'écoule lentement.
Après tous ces rendez vous , je n'ai pas encore compris si le temps qu'elle prenait pour revenir , était pour s'assurer de m'en laisser suffisamment ou bien pour s'apprêter et entrer dans son rôle. Une fois ou deux , en raccompagnant le plateau , elle n'est pas revenue . C'est pourquoi je préparais la pièce ce jour là , comme on réalise un mandala de sable dans la seule perspective d'y jeter un coup de pied , dès qu'il serait fini . C'était tout le mystère de Yoko , et sans doute aussi ce qu'elle attendait de mon attention portée aux préparatifs .
De retour dans la pièce , elle portait toujours son kimono, avait remis un peu de rouge sur ses lèvres, un peu de fard sur ses joues . Comme à son habitude , elle s'agenouilla en posant ses mains l'une sur l'autre sur ses cuisses . je devais encore attendre un moment , à l’affût de son regard , du rythme de sa respiration , il me fallait deviner l'instant propice .
La moue de sa bouche m'indiqua qu'elle était prête et je pus alors m'approcher d'elle sans l'effrayer . Ma main tendue dans sa direction attendait qu'elle accepte mon invitation à se lever .
Elle posa son regard sur moi avant de poser ses doigts sur les miens , puis s'accrocha à moi pour se relever
l'un face à l'autre retenus par le lien de nos mains enlacées , nos regard s'entrecroisaient, se cherchaient l'un l'autre sans paraître se toucher . Elle fit deux pas en arrière , jusqu'à ce que ses doigts quittent les miens . Il s'agissait de mon moment . Il fallait que j'agisse en cet instant précis , que je m'empare d'un premier jeu de cordages .
J'étais ravi qu'elle ait choisi de garder son kimono , car j'adorais le chuintement de la corde sur ce tissus, lorsque je la faisais glisser autour de sa poitrine . Une fois , elle était revenue entièrement nue , sa longue chevelure ébourriffée , on aurait dit un petit animal effarouché , j'avais alors pris mille précautions pour l'enlacer . On pourrait croire que je prends le contrôle de la situation alors que les cordages se nouent autour de son corps , mais c'est l'inverse qui se produit . À mesure , que mes mains s'agitent autour de son corps , je me rends esclave de mon propre travail . Assujetti aux rythmes de sa respiration, ses gémissement , ses suffocations … Yoco dirigeait d'autant plus la séance que ses silences imprègnaient l’atmosphère.
Moi esclave spectateur, elle se hissait quand à elle comme l'actrice principale , celle que le public attendait , au milieu de la pièce, gisant , n'ayant besoin pour convaincre que de faire acte de présence . L'enlacement de son corps , était du seul fait de sa présence , l'ultime expression de tout son art . Elle n'avait besoin de rien d'autre pour être , semblant centrée uniquement sur elle même comme si moi , son public , à la merci de son plus petit geste , l’indifférait .
Elle seule comptait , elle seule au milieu de la scène , effaçant tout le reste , gisant , là , face au public médusé.
Les cordes s'étaient ancrées sur sa poitrine . Je portais attention au moindre de mes gestes , ajustant les cordages avec délicatesse . Un hochement de tête , ou bien encore une épaule haussée , pouvait m'indiquer la voie à suivre et celle à éviter . J'ajustai le serrage de la corde à sa respiration , et ses soupirs, m'indiquant par leur intensité si je devais serrer plus fort , ou délester un peu l'étreinte . Aucun cordage ne se posait sans son consentement formel , et pourtant entre nous , si peu de mots étaient prononcés …
Yoko avait cette capacité à me communiquer sans la voix ce qu'elle attendait de moi . Je n'était toléré en tant que spectateur , que parce que je m'appliquais à lui prêter mes bras .
Ses bras furent maintenus fermement dans le dos . Déjà , elle n'était plus libre de ses mouvements , et je la sentais chavirer au moindre soubresaut . Délicatement , je la posai au sol , sur le côté . Quelques cordages supplémentaires me permirent d'enlacer ses chevilles , et de joindre ses genoux .
Mon travail prenait fin , et je rejoignis ma place au bord de la fenêtre . Elle se débattait comme à son habitude , langoureusement, sans réellement chercher à s'extraire de ses liens à tout prix. Je contemplais le spectacle , de loin , à la fois habitué , et en même temps , toujours à l'affût d'un de ses mouvements . Un de ces déhanchements , ou bien une de ces expressions du visage qui véhiculait plus que de la féminité , une sorte de grâce à simplement exister . Difficile pour moi de savoir à quoi elle pensait , ni même si elle pensait vraiment en cet instant .
Il y avait également en elle quelque chose d'animal , d'incontrôlable . C'était peut être ce que je recherchais le plus à chacun de nos rendez-vous .
En ouvrant la fenêtre , l'odeur de la ville s'engouffra bruyamment dans la pièce . J'allumai une cigarette , en contemplant , son œuvre , celle qu'elle m'avait offert à moi seul , son unique spectateur
Gojũ...
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- Ce que j'adore : et bien ce que j'adore, beaucoup de chose, j'aime aussi bien ressentir les cordes se serrées sur moi, que d'attacher la personne avec qui je pratique occasionnellement.
comme lien j'adore les menottes, le froid au début j'adore, et le fait de se dire que sans la clé on ne peut rien faire - Ce que je déteste : ce que je déteste je ne sais pas encore en fait, vu que je n'ai que très peu d'expérience
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Re: Gojũ...
très beau texte voldenuit, comme d'habitude je dirais.
on sent bien la touche japonnaise quand meme, jusque dans le fait de ne rien dire et d'observer, tel les samourais de l'époque
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Re: Gojũ...
ou la je comprends pas tout les mots juste le premier ^^
et je t'en pris, c'est un plaisir a lire
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- voldenuit
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- Ce que je déteste : la vulgarité
Re: Gojũ...
l'important est de faire de son mieux ( http://www.lifestyle-conseil.com/quatre ... tolteques/ )
et de trouver son propre mode d'expression ( dessin, photo , poésie , sculpture , vidéo, ,macramé, marine marchande , coton tiges, couches culottes ou accessoirement, écriture ... )
et de trouver son propre mode d'expression ( dessin, photo , poésie , sculpture , vidéo, ,macramé, marine marchande , coton tiges, couches culottes ou accessoirement, écriture ... )
Mais tout finit toujours par s'arranger .... même mal ...