Une cousine attachante

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Alex Treme
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Une cousine attachante

Message par Alex Treme »

Bonjour,

Comme vous avez été nombreux à lire ma première histoire postée sur ce site, intitulée Recensement, je vous en offre une deuxième. C’est une petite nouvelle en six chapitres dont voici les deux premiers.

Chapitre 1

La bâtisse, située au beau milieu de la Corrèze, à quelques kilomètres d'Uzerche, était encore plus isolée que dans ses souvenirs. Il faut dire que ceux-ci n’étaient pas de toute fraîcheur puisque Lucas n’y avait pas mis un orteil depuis presque 10 ans. Surplombant une vallée encaissée au fond de laquelle serpentait un ruisseau presque à sec, elle avait fière allure avec sa façade de pierre grise, ses six fenêtres ceintes de montants en granite et sa toiture d’ardoise. À peine sa voiture franchissait le portail de la propriété que déjà une jeune femme s’élançait à sa rencontre. Le cœur de Lucas se sera. Ce ne pouvait être qu’elle : sa cousine Élyse. La dernière fois qu’ils s’étaient côtoyés, elle avait 19 ans et, lui, tout juste 18. Son visage de poupée avait désormais totalement perdu son aspect enfantin, s’était affiné, mais était toujours aussi harmonieux. Arrivée à son niveau, elle se pencha vers lui alors qu’il baissait la vitre de sa portière.
— Bonjour, Lucas.
— Salut, Élyse.
— Tu peux te garer sur le côté de la maison, à côté de ma voiture, lui indiqua-t-elle avant de le gratifier d’un sourire à faire fondre le plus endurci des grincheux.
— Euh… oui, je vais faire ça, balbutia Lucas, quelque peu décontenancé.
D’un coup, des images du passé ressurgirent : les parties de cache-cache dans le jardin avec elle et les jumeaux, ses deux jeunes frères ; les cabanes dans les bois ; et, surtout, le grenier et ses poutres de chêne, ce jour où…
Un frisson eut le temps de lui parcourir l’échine avant qu’il n’écarte ces pensées pour aller garer son véhicule.
Une fois fait, Élyse l’accueillit dans le salon, plus que jamais encombré de meubles anciens, de sombres tableaux et de bibelots en tout genre, parfois précieux comme de jolies pendules du XVIIIe siècle, mais souvent sans grande valeur, si ce n’est probablement sentimentale. Durant près d’une heure, ils se remémorèrent leurs jeux d’enfants, leur insouciance et leurs bêtises. Puis, Élyse conduisit Lucas à l'étage.
— Je t’ai préparé la chambre verte. C’est à mon avis la plus belle et surtout celle qui a le meilleur lit.
— Merci, c’est gentil. Mais tu aurais dû te la réserver ! Tu es tout de même chez toi.
— Non. Tu sais, depuis que mes parents sont morts, il y a deux ans, j’ai pris l’habitude de dormir dans leur chambre quand je viens. Au début, c’était simplement du fait que les trois autres avaient été plus ou moins transformées en remise. Mon père passait son temps libre à chiner dans des foires à droite et à gauche ou à courir les antiquaires. Il craquait souvent pour des vieilleries mal en point. Il disait qu’il allait les restaurer… Il y a six mois de cela, j’ai tout bazardé, ou presque. Maintenant, toutes les chambres ont retrouvé leur fonction initiale, comme à l'époque où nous étions enfants.
— Ah… Bien.
— Je te laisse t’installer, je vais t'abandonner un moment. Je dois faire un saut à Uzerche.
— Pour chercher tes frères ?
— Oh, non… Eux, ils viendront directement ici…
— En fait, vu le message que tu m’avais envoyé, j'imaginais qu’ils seraient déjà là…
— Ils ont eu un contretemps. Un problème… de voiture. Ils devraient arriver demain.
— Ah ? Mince !
— Ne t’inquiète pas, nous aurons bien le loisir d’être tous réunis le reste de la semaine.
— Oui, c’est vrai, répondit Lucas en pensant qu’une soirée à passer seule avec Élyse était loin de lui déplaire.
Une fois qu’elle fut sortie, Lucas sortit les affaires de sa valise et rangea méticuleusement ses vêtements sur les étagères d’une antique armoire. À peine avait-il terminé qu’il entendit des crissements de pneus sur les graviers de l’allée d’accès de la propriété. Il se précipita à la fenêtre et eut le temps d’apercevoir la Peugeot blanche d’Élyse qui s’éloignait. Il était donc désormais seul dans la grande demeure.
Et s’il montait au grenier ? L’occasion ne se représenterait probablement plus. C’était peut-être maintenant ou jamais. Combien de temps fallait-il pour se rendre à Uzerche ? Vingt minutes, voire un peu plus. Elle n’avait pas précisé les courses qu’elle devait faire et il n’avait pas non plus pensé à le lui demander, mais il pouvait compter sur au moins une heure de solitude.
Allez ! C’était trop tentant ! Il sortit de la chambre, enfila le couloir jusqu’au bout et tomba sur une porte précédée de trois marches et qui, du coup, était d’une hauteur inférieure à la normale. C’était bien celle-là qui menait sous la charpente du toit. Celle de ses souvenirs, de ses premiers émois ressentis au contact des cordes qui l’immobilisaient.
Elle était dépourvue de poignée et seule une grosse clé restée dans sa serrure permettait de tirer le battant à soi. Il la tourna et entendit le claquement de la gâche se rétractant. Une traction du bras et la porte s’ouvrit dans un grincement sinistre. Situé juste derrière, l’escalier de meunier, abrupt, se dévoila. Il y faisait sombre, mais une légère clarté émanait du grenier. Lucas se rappela que des lucarnes étaient disposées régulièrement tout au long de la bâtisse. Il monta les marches le dos courbé tout en se protégeant de la main le visage, de peur de rencontrer des toiles d’araignée. Étrangement, ce ne fut pas utile. Arrivé en haut, il se redressa pour regarder la pièce. Longue d’environ vingt mètres et large de cinq, elle lui paraissait moins vaste que dans ses souvenirs. La charpente en chêne était magnifique. Elle s’appuyait non seulement sur les murs, mais également sur trois grands poteaux répartis au centre, le long du faîtage de la toiture, dont on distinguait les tuiles par le dessous. Le plancher en bois brut était encombré de caisses et de vieux meubles recouverts de poussière, mais un passage restait libre pour cheminer d’un bout à l’autre du grenier. Lucas s’avança jusqu’au premier poteau, une poutre d’une vingtaine de centimètres de section, pour y poser sa main sur son bois rêche. Était-ce à celle-ci ou à la suivante qu’un été, il avait été ligoté le jour de ses dix-huit ans ? Impossible de s’en souvenir, mais les sensations ressenties à l’époque semblaient vouloir ressurgir. Il se tourna dos à la poutre, et vint s’y appuyer, comme pour revivre ce moment. Il allait fermer les yeux pour faciliter le retour de quelques fugaces images de son passé, quand il aperçut, posés sur une caisse située juste à sa droite, une cordelette et une paire de menottes. Que faisait-là cette dernière ? Sa présence était-elle le simple fait du hasard ou une invitation du destin ?
Lucas la saisit pour l'examiner. Il s’agissait d’un modèle conçu pour le jeu, avec des bracelets équipés de loquets permettant de se libérer par soi-même sans la clé en cas de nécessité. Il referma l'un d'eux au premier cran et vérifia son hypothèse. Une pression sur le dispositif suffit à l’ouvrir.
C’était sans doute idiot, pour ne pas dire immature, mais l’envie de revivre le passé était trop grande pour y résister : tout en conservant les menottes dans une main, Lucas se saisit de la cordelette, se positionna dos à la poutre, pieds joints, et lia ses jambes à cette dernière, juste au-dessus des genoux. Il fit trois tours en serrant fortement. Il se redressa ensuite, plaça ses mains dans le dos, au-delà de la poutre puis referma un des bracelets autour de son poignet gauche. Clac, clac, clac, clac ; quatre crans passèrent avant qu’il ne soit suffisamment serré à son goût. Il en fit de même sur son autre poignet, avec un peu plus de difficulté à cause de la faible longueur de chaîne entre les deux bracelets métalliques. Il se souvint que, ce jour-là, ses cousins lui avaient bandé les yeux. Il les ferma donc pour se plonger au mieux dans la scène qu’il désirait revivre : c’était après le déjeuner, au début d’un après-midi chaud et ensoleillé. Les jumeaux, qui n’avaient que 13 ans à l’époque, souhaitaient exhumer un de leurs jeux de prédilection quand ils étaient tous réunis : une partie de cache-cache dans la maison et le jardin. Devant leur insistance, il avait fini par accepter. Sa cousine, quant à elle, avait préféré rester sur un transat à l'ombre d'un tilleul, plongée dans un des romans à l’eau de rose dont elle raffolait. À son âge, Lucas n’ayant plus vraiment le goût de trouver une cachette en attendant que quelqu’un le découvre, ils avaient convenu qu’il serait celui chargé de retrouver les autres. Le point de départ était le grenier, même si, comme il l’avait fait remarquer aux jumeaux, cela leur compliquait la vie pour s’y dissimuler. Aussi ceux-ci avaient-ils décidé de le priver de la vue. Fred, le plus hardi des deux frères, avait donc placé un foulard sur les yeux et l’avait guidé vers un des poteaux de bois pour qu'il s’y adosse le temps de compter lentement jusqu’à cent. Dès qu’il avait commencé à déclamer les nombres, il avait perçu les pas de ses partenaires de jeu s’éloigner vers l’escalier puis s’estomper. Du moins, c’était ce qu’ils avaient voulu lui faire croire, car à peine avait-il atteint les cinquante qu’il entendit quelqu'un se rapprocher. Il pensa que l’un d’eux souhaitait se dissimuler quelque part dans le grenier, mais, à sa grande surprise, ses bras furent brusquement saisis et tirés en arrière. Il poussa un cri, mais le temps qu’il se rende compte de ce qu’il lui arrivait, une corde avait déjà entouré ses poignets. Il tenta de s'en dégager en pestant, mais celle-ci se resserra si vite et si fort qu’il n’y parvint pas. « Que faites-vous ? » hurla-t-il. « Ce n’est pas le jeu ! », mais il n’obtint aucune réponse. Au lieu de cela, une deuxième corde vint lui lier les chevilles, puis celle-ci, ou une troisième, s’enroula en hélice autour de lui et de la poutre, l'y fixant fermement, du bas jusqu’en haut de son corps. Il eut beau s’époumoner, implorer des explications, il n’en reçut aucune. Une fois découragé, il sentit une présence toute proche de lui. Le souffle de l’un ou l’autre de ses chenapans de cousins dans son cou ; parfois, un effleurement. Cela dura plusieurs minutes avant qu’un bruit de cavalcade ne retentît et qu’il ne perçût le grincement émis par la porte du bas en se refermant.
Un sourire s’esquissa sur les lèvres de Lucas alors qu’il se remémorait la scène. Il demeura quelques minutes immobile, les yeux clos, puis décida de se libérer avant qu’Élyse ne revienne. D’un doigt de sa main droite, il parvint à atteindre le petit levier du bracelet enserrant son poignet gauche. Il appuya dessus, mais rien ne se passa. Peut-être fallait-il l'actionner dans l’autre direction. Il s’y employa, en vain. Il essaya de nouveau dans tous les sens possibles, de toutes ses forces, parfois en tirant simultanément sur ses bras pour les écarter, sans plus de succès ! Il s’insulta mentalement en se rappelant qu’il n’avait testé le déverrouillage que sur l’un des deux bracelets. Celui-ci ne devait pas fonctionner ! Quelle poisse ! Il s’empressa de pousser le levier de l’autre bracelet vers la gauche. « Pas dans ce sens-là », pensa-t-il en constatant que cela n’avait pas d’effet. Il inversa le sens de poussée. Rien ne se passa. Il s’énerva alors dessus, mais au bout de quelques minutes, il dut bien se rendre à l’évidence : les dispositifs de déverrouillage étaient tous les deux coincés ! Élyse allait revenir dans quelques minutes et le chercher dans la maison jusqu’à ce qu'elle le découvre dans cette posture, bêtement attaché à ce poteau ! Quelle explication pourrait-il donner si ce n’est la plus honteuse des vérités !

Chapitre 2

Le temps s’écoulait lentement. De temps à autre, il tentait de nouveau de se libérer des menottes, mais sans plus de résultat. Il s’était résigné depuis un bon moment quand il perçut enfin le bruit d’une voiture roulant sur les graviers. Ce ne pouvait être que celle d’Élyse. Le moteur se tue. Le claquement d’une portière raisonna puis celui d’une lourde porte, celle de la maison, à n’en pas douter.
— Lucas, es-tu là ?
La voix était lointaine, mais suffisamment distincte. Fallait-il répondre ? Lucas estima que, de toute façon, elle finirait bien par le trouver.
— Élyse ! Je suis au grenier ! cria-t-il.
— Que fais-tu là-haut ?
— Je… rien… enfin… ce n’est pas facile à expliquer…
Alors, rejoins-moi dans la cuisine, tu le feras pendant que je range les courses. Et pense à bien refermer la porte de l'escalier, s’il te plaît.
— Je préférerais que ce soit toi qui montes… Enfin, ce n’est pas vraiment une préférence, en fait.
— Que me chantes-tu là ?
— Euh… Viens donc, et tu comprendras… du moins, je l’espère…
— Bon ! J’arrive… grommela Élyse.
Des bruits de pas dans le couloir du premier étage ; le craquement des marches de l’escalier de meunier puis enfin la silhouette de la jeune femme émergea.
Lucas baissa les yeux avant même qu’Élyse ne s’arrête net en l’apercevant.
D’interminables secondes s’écoulèrent avant qu’il n’entende sa réaction.
— C’est quoi, ce jeu ?
— Eh bien… je…
— Ne me dis pas que tu as voulu que je vienne de nouveau te délivrer, comme le jour de ton anniversaire !
— Non, ce n’est pas cela… même si…
— Même si quoi ? demanda-t-elle en se rapprochant.
— Même si c’est maintenant ce que j’aimerais que tu fasses.
— Je n’y comprends rien…
— Je désirais seulement remonter dans le temps et repenser à ce jour-là… Et puis j’ai trouvé une cordelette et des menottes juste là. Je ne voulais pas rester comme ça plus de cinq minutes, mais celles-ci se sont coincées ! Impossible de les défaire…
Élyse éclata de rire.
— Ce n’est pas très drôle !
— Si tu voyais ta tête dépitée, tu comprendrais pourquoi je ris.
— J’ai la honte de ma vie !
— Il ne faut pas, mon cousin. Moi, je trouve cela craquant !
— Craquant ?
— Oui… Et cela va rendre les choses plus simples.
— Cette fois, c’est moi qui ne comprends pas !
— Mon petit doigt me dit que ça ne te déplaît pas tant que ça d’être ligoté.
— Euh… d’où tient-il cette idée, ton petit doigt ?
— J’ai eu tout le temps de t’observer avant de te délivrer, il y a dix ans.
— Et ?
— Il y a des réactions que les garçons ne peuvent guère dissimuler, surtout avec un jean plutôt moulant…
— Oui… bon, je l’avoue… j’ai une légère tendance à aimer cela.
— Élyse pouffa.
— Puisque tu l’admets, je vais te révéler une… non, deux choses. La première, que c’est moi qui t’avais piégé le jour de ton anniversaire et non pas un de mes frères comme tu l’as cru.
— Toi !? Mais ?
— Oui, moi ! Je suis monté en douce dès que je les ai aperçus courir se cacher dans le jardin. Je savais que tu aurais les yeux bandés. Cela a même été plus facile que je ne l’avais imaginé.
— Alors, la respiration tout près de mon visage…
— Oui, c’était la mienne. J’avais une terrible envie de t’embrasser et je pense que de te voir prisonnier accentuait encore cette pulsion. Mais, je n’ai finalement pas osé. On m’avait dit qu’entre cousins, il y a des choses qui ne se faisaient pas…
— Mince… Dommage… Mais tu as raison, entre cousins, c’est plutôt malsain.
— Durant des siècles, cela ne gênait pas grand monde.
— C’est vrai… mais les enfants de ces couples avaient souvent des malformations.
— En même temps, un baiser ne suffit pas pour tomber enceinte, lança Élyse avant de pouffer.
— C’est sûr… Au fait, tu ne m’as pas révélé la deuxième chose.
— Oui, tu as raison, répondit-elle en ouvrant la porte d’une vieille armoire située deux mètres plus loin. La deuxième est que c’est moi qui ai déposé la corde et les menottes là où tu les as trouvées.
— Ne me dis pas que tu m’as de nouveau piégé !
— Si! Je te le dis mon Lucas ! Et j'espérais bien que tu ne pourrais plus te défaire des bracelets.
— Pourtant, j’avais fait un essai…
— En fait, leur système de déverrouillage est défectueux ; passé le deuxième ou troisième cran, le seul moyen de les ouvrir est d’utiliser la clé, s’amusa-t-elle en la brandissant avant de venir l’agiter sous son nez.
— D’accord, tu m’as bien eu… Tu me libères maintenant ?
— Hum… je crois que je vais te faire languir un peu… susurra-t-elle en retournant vers l’armoire.
Elle en sortit un grand foulard bleu marine qu’elle commença à lisser et à tendre en revenant vers lui. Après s’être placée dans son dos, elle le positionna sur les yeux de Lucas et vint l'entrecroiser derrière le poteau. Cela eut pour effet non seulement de lui occulter la vue, mais aussi de lui plaquer la tête contre le solide bois de chêne.
— Ce n’est pas trop serré ? s’enquit Élyse.
— Non, ça peut aller.
Lucas regretta sa réponse, car elle s’empressa de tirer plus fort sur le foulard avant de le nouer définitivement, tout en pouffant, visiblement satisfaite du nouveau tour qu’elle venait de lui jouer.
— Eh ! Tu exagères ! protesta Lucas, plus par jeu que du fait de la forte pression exercée par le tissu.
— Je serais toi, j’éviterais de trop râler… Hum, d’ailleurs cela me donne une idée… Attends-moi, j’en ai pour deux minutes.
— Comme si j’avais le choix ! s’exclama Lucas, plongé dans l’obscurité.
Élyse s’éloigna, mais revint effectivement peu de temps après.
Lucas perçut une présence tout près de son visage.
— Qu’est-ce que ça sent ? demanda Élyse.
— Ce que ça sent ? répéta Lucas.
— Oui, je tiens un fruit juste sous ton nez, devine lequel.
Lucas huma à pleins poumons.
— Euh… une fraise ?
— Gagné, mon cousin ! Tu as le droit de la déguster, continua-t-elle tout en effleurant les lèvres du jeune homme avec le bout du fruit odorant et mûr à point.
Lucas ouvrit la bouche et put s’en délecter.
— Une autre ?
— Avec plaisir !
Élyse prit une nouvelle fraise sur le dessus de la barquette qu’elle avait en main puis la plaça entre les dents de Lucas. Il n’en fit qu’une bouchée.
— Encore ? demanda Élyse.
— J’aurais tort de dire non !
— Celle-là est énorme, ouvre grand la bouche.
À peine l’avait-il fait qu’il sentit un objet pénétrer profondément dans sa gorge. Paniqué, il essaya de le repousser avec la langue, mais n’y parvint pas. Au même instant, une chose souple recouvrit le bas de son visage et il perçut une sangle venir se resserrer sur sa nuque.
L’objet dans sa bouche, pratiquement cylindrique et au bout arrondi, était légèrement déformable, mais emplissait toute sa cavité buccale, si bien qu’en voulant protester, il n’émit qu’un faible son étouffé.
— Te voilà bâillonné, mon cousin ! Maintenant, je vais pouvoir tranquillement t’immobiliser de façon plus contraignante !
Élyse sortit plusieurs cordes de l’armoire et s’employa à ligoter méticuleusement son prisonnier. Elle lia ses chevilles, força ses coudes à se plaquer contre la poutre en les enserrant de trois tours de corde, puis le ceintura au niveau du torse, du ventre et des cuisses. Elle y mit tellement d’énergie et de soins que Lucas eut l'impression de ne plus pouvoir bouger le moindre muscle et de faire corps avec la poutre.
— Tu es saucissonné et totalement à ma merci, chuchota Élyse à son oreille.
Lucas retrouvait pleinement les sensations qu’il avait éprouvées la première fois qu’il avait été attaché. Un mélange d’excitation et de douleur diffuse au contact des liens sur un fond de légère angoisse. Celle de ne plus pouvoir que subir, mais à quoi, cette fois, s’ajoutait le plaisir de s'abandonner au bon vouloir de sa cousine.
— Voyons voir. Il est 11 h 10. Je pense que je vais te laisser comme ça jusqu’à ce soir. Ça te donnera le temps d’apprécier ta totale impuissance.
Si Élyse ne lui avait pas bandé les yeux, elle aurait certainement pu lire l’inquiétude, voire l’effroi, poindre dans le regard de Lucas devant cette perspective.
— Mais non ! Je plaisante, reprit-elle après avoir marqué une pause de plusieurs secondes. Je vais préparer notre repas et je remonte te libérer. Peut-être tout de même sous conditions…
Les pas de la jeune femme s’éloignèrent et un silence monacal s’installa, seulement rompu de temps à autre par le cri d’un oiseau prenant la toiture pour perchoir. Au bout de quelques minutes, l’incapacité totale de mouvement et la pression des cordes sur le corps de Lucas commencèrent à créer chez Lucas un mélange de malaise et de torpeur. Le plaisir, voire l’excitation vécue au début par le jeune homme avait presque disparu et il lui tardait d’être libéré. Heureusement, après une trentaine de minutes, Élyse revint à ses côtés.
— Alors, mon cousin, je te laisse mariner là encore une petite heure ou je te délivre ? chuchota-t-elle à son oreille.
« Humf, humf » furent les seuls sons qu’il réussit à émettre.
Vu l’énergie que tu mets pour tenter de t'exprimer, j’ai l’impression que cela veut dire que tu as ta dose. Je vais déjà te retirer ton bâillon, l’informa-t-elle tout en joignant le geste à la parole.
— Merci, Élyse… Oui, ça ne me déplairait pas que tu me libères, maintenant.
— OK, mais à une condition.
— Laquelle ?
— Que tu répondes avec honnêteté aux questions que je vais te poser.
— Quel type de questions ?
— Des questions… disons, intimes.
— Euh… Et si je refuse ?
— Je te remets le bâillon et je te laisse là une heure de plus !
— Mais c’est du chantage !
— On pourrait dire ça si tu n’aimais pas être ligoté…
— Oui, mais maintenant, je commence à souffrir !
— Bon, allez, tu comprends bien que c’est un jeu, non ? Je suis sûre que tu pourrais me répondre même si je ne te menaçais pas. Tu te souviens comme nous étions inséparables quand nous étions enfants : « toujours collés l’un à l’autre, ces deux-là! », disaient nos parents. Tu faisais très attention à moi et j’adorais m'amuser et discuter avec toi. Ne me dis pas que ce n’était pas également ton cas ?
— Si, bien sûr, je l’avoue, je t’aimais bien… C’était ça que tu souhaitais entendre ?
— Non, ça, je le sais déjà. Ce que je voulais, c’est en savoir plus sur ta vie aux USA depuis que tu es parti y faire tes études jusqu’à maintenant.
— Veux-tu savoir comment se sont déroulées mes études ?
— Non, pas seulement. En fait, c’est ta vie sentimentale qui m’intéresse.
— Sentimentale ?
— Oui, « sentimentale », tu connais ce mot, je suppose, se moqua-t-elle.
— En vérité, tu veux savoir si j’ai eu des aventures amoureuses !
— Tu comprends vite, pouffa-t-elle.
— Bon… OK. Alors, il y a eu Betty, une Texane originaire d’Austin. C’est avec elle que j’ai eu mon premier rapport, si tu veux tout savoir. Elle était blonde comme toi. Moins jolie de visage, mais avec un physique plus sportif.
— Le mien ne l’est pas assez ? L’interrompit Élyse.
— Je n’ai pas dit ça. Au contraire, je trouvais qu’elle était un peu trop charpentée. En plus, cette histoire de sport ne nous a pas réussi. Elle m’a quitté pour un footballeur américain taillé comme un déménageur et qui faisait bien une tête de plus que moi !
— Mon pauvre…
— Oui… J’étais éperdument amoureux et j’en ai eu le cœur brisé. Mais avec le recul, je me dis qu’il valait mieux que cela arrive au bout de quelques mois plutôt qu’une fois une famille fondée.
— Tu voudrais avoir des enfants ?
— Bien sûr… pas tout de suite… mais pas trop tard non plus.
— Et après ?
— Après les enfants ?
— Non, ne fais pas l’idiot ! Après cette Betty.
— Pas grand-chose. Quelques aventures d’un soir. Pas beaucoup, en fait. Je n’ai rien d’un coureur de jupons.
— Ce n’est effectivement pas comme cela que je t’imagine… Alors, si je comprends bien, tu n’as pas de petite amie en ce moment.
— C’est donc là où tu voulais en venir ! Savoir si j’étais libre… Et bien oui, je le suis. Mais en quoi cela t’avance-t-il ? Nous sommes cousins, je te rappelle.
— Je ne risque pas de l’oublier, à croire que tu n’as que ce mot à la bouche ! s’énerva Élyse. Mais…
— Mais quoi ?
— Non, rien…
— Et toi ?
— Moi ?
— Est-ce que tu as eu des aventures amoureuses durant ces dix ans où nous nous sommes perdus de vue ?
— Dis donc, ce n’est pas moi qui suis saucissonnée sur ce poteau ! Si tu veux que je te libère, tu ferais mieux de ne pas être trop curieux, rétorqua-t-elle avant de pouffer.
— Bon… J’ai répondu à tes questions, non ?
— Oui, c’est d’accord, je te délivre, juste après ça.
Élyse approcha lentement son visage de celui de Lucas et vint poser délicatement ses lèvres sur les siennes. Surpris, il émit un petit cri à peine perceptible puis s’abandonna au plaisir de ce contact doux et humide, avant qu’elle ne se recule d’un coup.
— Désolée ! Ça ne se fait pas, entre cousins, n’est-ce pas ?
— Euh… c’est vrai… se força-t-il à admettre malgré l’intense frustration provoquée par cette fin beaucoup trop précoce à son goût.
Élyse le délivra de ses liens et ils allèrent déjeuner. L’après-midi fut agrémentée d’une longue et agréable balade en forêt. Ils ne parlèrent plus ni des événements du matin ni de leur attirance mutuelle. Cependant, Lucas retrouva la sensation de bien-être et d’harmonie procurée par leur entente sur tous les sujets qu’ils abordaient, comme si leur esprit était connecté l’un à l’autre. Cela lui donnait même l’impression que la parole était superflue pour qu’ils se comprennent. Une question restait tout de même en suspens : Élyse aimait-elle attacher les hommes, ou bien s’était-elle seulement appliquée à répondre à son goût personnel à l’être ? Il n’osa pas le lui demander.
Pendant le dîner, une conversation les amena à parler des soirées pyjama qu’Élyse passait avec ses copines d’études :
— On se réunissait parfois à près d’une dizaine et on se vautrait sur les canapés disponibles, ou même au sol s’ils n’étaient pas en nombre suffisant, pour regarder des sitcoms jusqu'à pas d'heure en s’enfilant des sucreries, se remémora à haute voix Élyse.
— Vous étiez vraiment en pyjama ?
— Bien sûr! ou en chemise de nuit, sinon, cela n’aurait pas été aussi cool ! Tu n’as jamais fait ça avec tes potes ?
— Non. Ça nous est arrivé de voir des matchs à la télé, le soir. Mais, nous n’étions pas en pyjama.
— Ah bon?… Et si nous en faisions une ?
— Une quoi ?
— Une soirée pyjama, évidemment! Pas une quiche !
— Si cela peut te faire plaisir… Mais non, en fait, ça ne va pas être possible.
— Pourquoi ?
— Je n’ai pas amené de pyjama.
— Tu dors tout nu ?!
— En voilà une question indiscrète ! À laquelle je ne répondrai pas, car tu n’es plus en mesure de me faire chanter! gloussa Lucas avant de lui tirer la langue.
— Ne me tente pas… Mais pour revenir à ce problème vestimentaire, je pourrai te prêter quelque chose.
— Je ne pense pas avoir la même taille que toi.
— Ça, c’est certain ! Mais les fringues de mes parents sont toujours là ; je ne m’en suis pas encore séparé. Je pourrais te filer une des chemises de nuit de mon père.
— Une chemise de nuit !
— Un modèle pour homme, bien entendu. Je te l’accorde, c’est un peu démodé, mais il ne portait que ça.
— Bon… alors OK, va pour une chemise de nuit. J’espère simplement que ça ne te rappellera pas ton père.
— Ne t’inquiète pas, cela ne risque pas, car je ne l’ai que très rarement vu dans cette tenue.
Élyse l’invita à l’accompagner à l’étage jusqu’à sa chambre, celle qu’utilisaient ses parents. Celle-ci était tapissée d’un papier peint au décor floral aux tons pastel majoritairement bleus. Un lit double en bois sculpté et doté d’un haut sommier trônait, adossé au mur, face à la fenêtre. À côté, un meuble bas, probablement en merisier, supportait des quantités de bibelots et quelques photos de famille encadrées, alors que, sur la cloison opposée, une grande armoire en chêne jouxtait la porte d’entrée. Élyse se posta devant celle-ci et en sortit une pile de linge.
— Tiens, regarde, je pense que celle-là sera bien, lui dit-elle en dépliant une chemise de nuit bleu ciel, avant de la lui présenter.
— Euh… Oui, pourquoi pas ?
— À mon avis, les autres sont trop chaudes pour la saison ou franchement tristes au niveau des coloris : du gris ou du marron beurk.
— OK, ça devrait aller, répondit-il après s’en être saisi et l’avoir plaquée sur lui pour en évaluer la carrure et la longueur.
— Je te conseille tout de même de garder un slip en dessous.
Lucas acquiesça d’un mouvement de tête en pensant qu’Élyse craignait peut-être d’apercevoir ses attributs en transparence du tissu.
— Je te laisse aller te changer dans ta chambre et on se retrouve dans le salon. OK ?
— Ça marche.
Lucas fut le premier à prendre place dans l’un des fauteuils du salon. La sensation procurée par le port d’une chemise de nuit était surprenante. Cependant, en faisant abstraction du look très particulier que cela lui donnait, il l’aurait presque appréciée. Élyse le rejoignit cinq minutes plus tard, les bras chargés d’un plateau sur lequel étaient disposées une quantité impressionnante de sucreries qui auraient été classées G au Nutriscore si l’échelle allait jusqu’à cette lettre, ainsi qu’un saladier rempli de pop-corn. La jeune femme était vêtue d’un pyjama couleur lavande. Dans cette tenue si simple et presque négligée, elle lui parut encore plus belle qu’auparavant. Une fois proche de lui, et les friandises posées sur une table basse, le regard de celle-ci se porta sur Lucas et sa bouche s’étira comme si elle se retenait d’éclater de rire.
— Tu peux bien rigoler, j’ai l’air d’un papy comme ça ! En plus, traîtresse que tu es, tu n’as même pas passé une chemise de nuit par solidarité !
— J’avoue que cette sorte d’inversion vestimentaire était trop tentante pour que je m’en prive ! Mais, allez, ne fais pas la tête ; le principe d’une soirée pyj, c’est d’être fagoté le plus cool possible sans préjuger de l’esthétique. Et puis, en fait, je te trouve plutôt mignon comme ça.
— Mignon ?
— Séduisant, si tu veux savoir.
— Tu n’es pas difficile.
Élyse ouvrit le meuble sur lequel trônait la télévision. L’intérieur accueillait toute une collection de DVD ainsi que l’appareil pour les lire.
— Qu’aurais-tu envie de voir comme série ? Il y a pas mal de choix.
Lucas se leva pour examiner les jaquettes et opta pour Chapeau Melon et bottes de cuir, la cinquième saison avec Emma Peel comme partenaire de John Steed. Cela enchanta Élyse au point qu'ils en regardèrent quatre d’affilée, tout en faisant un sort à la totalité des pop-corn. Rassasiés, ils décidèrent d’aller se coucher. Une fois dans le couloir menant aux chambres, Élyse se planta devant Lucas et plongea ses yeux dans les siens.
— Lucas, j’ai une surprise… Une révélation à te faire.
— Quelque chose d’agréable, j’espère.
— Je pense que oui. Mais je ne te la ferai que si tu passes avec succès encore deux épreuves. Je considère que la première était celle d’être resté ligoté un assez long moment au poteau du grenier.
— Des épreuves ? Une révélation ? Tout ça est bien mystérieux.
Élyse approcha ses lèvres des siennes, mais Lucas se déroba et vint lui plaquer une bise sur chaque joue. Après une brève marque de déception, son visage afficha un demi-sourire. Une de ces expressions énigmatiques qui aurait certainement inspiré Léonard de Vinci.
— Alors bonne nuit, cousin. Pour demain, je t’attendrai dans le salon à 8 h 30, toujours en chemise de nuit.
— Ah ?
— Oui, c’est important, reprit-elle avant de pouffer.
— Encore une de tes blagues ou déjà la deuxième épreuve ?
— Tu verras bien…
Lucas eut du mal à trouver le sommeil ce soir-là. Il était à la fois excité et stressé ; l’esprit autant tourmenté par ce que lui réservait sa cousine que par les sentiments qu’il éprouvait pour elle. Son attachement pour Élyse ne faisait que croître. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour qu’il se laisse embrasser sur la bouche, avec pour conséquence un dérapage assuré. Où tout cela allait-il les mener ? Entre cousins, certainement pas très loin, à moins de rester dans la clandestinité, de renoncer à fonder une vraie famille, car même si l’État autorisait bien de telles unions, ce n’était pas le cas de l’Église. Bigots comme il connaissait sa famille, y compris du côté de son oncle, ils auraient à n'en pas douter été bannis et déshérités au premier enfant illégitime mis au monde… Non, il n’était pas prêt à ce sacrifice. Pourtant, son cœur ne battait plus que pour elle. Il fallait qu’il l’admette : il était amoureux d’Élyse ; il l’avait d'ailleurs probablement toujours été…
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Prochainement, la suite...

Plaif
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Re: Une cousine attachante

Message par Plaif »

Mais, est-elle véritablement sa cousine ?

Alex Treme
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Une cousine attachante - §3 et §4

Message par Alex Treme »

Chapitre 3

La nuit avait été chaude. Après avoir viré le drap, Lucas avait hésité entre la chemise de nuit et le slip et avait finalement décidé d’ôter ce dernier. Il s’était fait réveiller par son smartphone, programmé à 8 h 20 ; cela lui laissait le temps de faire un petit pissou avant de descendre. Il aurait volontiers aussi pris une douche, mais il n’y avait pas de salle d’eau à l’étage, seulement des toilettes.
— Bonjour, Lucas ! lança avec enthousiasme Élyse quand il pénétra dans le salon, les yeux encore collés par le sommeil.
— B’jour…
— Tu n’as pas l’air très éveillé, mais je constate que tu as respecté ma consigne. Pile à l’heure, de surcroît ! C’est très bien.
— Toi, par contre, tu n’es plus en pyjama, souligna Lucas.
— T’es observateur, ironisa-t-elle en soulevant un panier d’osier qui était posé à ses pieds.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Tu verras bien, nous allons sortir.
— Un pique-nique pour le petit déjeuner ?
— Pas tout à fait… tu vas le découvrir.
— Je vais aller enfiler quelque chose, alors.
— Non, non, pas la peine, il fait déjà 25 degrés dehors ce matin, et moi, je ne porte qu’une robe légère.
— Bon, OK, je te suis.
— Tu peux mettre ces sandales, lui indiqua-t-elle alors qu’il allait franchir le seuil donnant sur la cour.
Une fois à l'extérieur, ils contournèrent la maison, puis descendirent un chemin sur une cinquantaine de mètres pour arriver à une grange située un peu en contrebas. Ils longèrent le plus grand côté de la bâtisse, passèrent l’angle du mur pour se retrouver face à la large porte en bois à double battant qui en commandait l’entrée. Elle ne devait plus être couramment utilisée, car de l’herbe bien grasse avait poussé devant. Élyse s’arrêta, posa son panier et en sortit une nappe en Vichy qu’elle déplia.
— Ah ! J’avais raison, nous allons pique-niquer ! s’écria Lucas.
— Hum… Pas vraiment. Aide-moi à replier cette nappe en longueur.
— En longueur ?
— Oui, elle est carrée et je veux qu’elle soit pliée sur elle-même dans un seul sens pour former un long rectangle d'une vingtaine de centimètres de large.
— Pourquoi donc ? demanda-t-il tout en attrapant l’extrémité du tissu qu’elle lui tendait.
— Arrête de poser des questions.
— Bien, OK, j’arrête, bougonna-t-il en s’employant à la tâche.
— Si, juste une dernière, reprit Lucas : as-tu des nouvelles de tes frères ?
— Euh… En fait, ils ne viendront pas.
— Ah ? Ils n’ont pas réglé leur problème de voiture.
— Non, c’est simplement parce que je ne les ai pas invités.
— Quoi ?
— Je voulais t’avoir pour moi seule. M’en veux-tu ?
— Non, mais tu n’étais pas obligé de mentir, répondit Lucas après une hésitation.
— J’avais peur que tu ne viennes pas si je t'avais dit qu'ils ne seraient pas là aussi.
— Tu avais tort.
— Désolée, dans ce cas, conclut-elle alors qu’ils terminaient de plier la nappe.
— Merci, on la pose ici, et toi, tu t’assois là, indiqua-t-elle tout en désignant un point précis au sol, juste au centre de la porte et à environ un mètre devant.
Lucas s’exécuta sans mot dire, mais non sans réfléchir : la façon directive de s’exprimer qu'utilisait Élyse ne pouvait que signifier que la deuxième épreuve avait débuté.
Il en eut la confirmation quand il la vit sortir une corde de son panier.
— Bon… j’ai compris, tu vas de nouveau me ligoter, n’est-ce pas ?
— Oui, mais seulement si tu es d’accord, je ne veux pas te forcer et tu ne dois pas te sentir obligé d’accepter pour me faire plaisir. C’est uniquement si tu en as envie.
— Ma foi, cela me tente bien.
— Je te préviens, cela sera moins long, mais plus éprouvant qu’hier.
— Ah ?
— Supportable tout de même, ajouta-t-elle.
— Je te fais confiance.
— Bien, alors c’est parti, se réjouit-elle. Plie tes bras dans le dos et mets tes avant-bras parallèles, comme si tu voulais toucher tes coudes.
Élyse lui lia les poignets avant de passer plusieurs fois la corde autour de ses bras et de son torse, non sans serrer fortement. Lucas ressentit immédiatement la pression de celle-ci, lui rendant plus difficile la respiration.
— Fléchis un peu plus les jambes, intima ensuite la jeune femme qui venait de récupérer la nappe formant désormais un long bandeau de tissu.
Lucas allait obéir quand il se souvint d’un détail pouvant devenir fâcheux : il n’avait pas remis de slip sous sa chemise de nuit. Aussi, avant de ramener ses jambes vers lui, il réussit à coincer cette dernière entre ses genoux pour éviter qu’elle ne glisse vers son séant.
Élyse s’accroupit alors face à lui et s’employa à enrouler le tissu autour de ses chevilles. Elle dut en faire cinq fois le tour pour parvenir au bout. Lucas se laissa faire sans broncher en s'interrogeant tout de même sur l’intérêt d'un tel dispositif.
— Dis-moi, tu n’as pas de problème de santé, au moins ? demanda-t-elle.
— Non, je suis en forme.
— Pas d’hypertension ou de déficience cardiaque ?
— Pas que je sache, répondit-il avec une pointe d’inquiétude dans la voix.
Élyse se releva pour ramener le panier près d’eux avant d’en sortir une autre corde, de plus gros diamètre et en nylon, du type qu’utilisent les alpinistes. Elle l’enroula de multiples fois autour des chevilles de Lucas, par-dessus les épaisseurs de tissus formées par la nappe. Elle prit soin de laisser dépasser une boucle d’une quinzaine de centimètres entre ses pieds.
— Maintenant, c’est le moment de te faire taire, indiqua-t-elle en exhibant un bâillon-boule devant ses yeux.
— Mais… je n’ai pourtant pas dit grand-chose ; je n’ai ni crié ni protesté !
— Ça pourrait venir. Alors, ouvre grand la bouche.
Lucas se laissa faire. Elle lui inséra la boule au-delà de ses dents et referma la boucle de la sangle derrière la nuque de façon à ce qu’il ne puisse pas la repousser.
— Je l’ai testé, si c’est comme pour moi, ça va te faire abondamment baver. Tu me diras après si tu aimes ou pas.
La sensation procurée par la sphère de silicone emplissant sa cavité buccale était une découverte pour Lucas. Il essaya de prononcer un « oui », mais ne réussit à émettre qu’un faible râle.
— Comme tu le constates, ce n’est pas suffisant pour t'empêcher de sortir quelques sons, mais ça l’est bien assez pour te priver de la parole ! s’exclama-t-elle en dépliant un sac de toile.
Lucas n’eut pas le temps de réagir qu’elle le lui avait déjà placé sur la tête. De couleur noire, il lui occultait complètement la vue.
— Ne t’inquiète pas, je te prive du paysage que pour une minute; c’est juste une petite précaution.
Une précaution pour quoi ? se demanda Lucas, avant de penser qu’il ne tarderait certainement pas à le savoir, mais que, dans tous les cas, Élyse ne faisait pas dans l’improvisation. Elle avait clairement prémédité son coup dans les moindres détails !
Allonge-toi, lui ordonna-t-elle tout en accompagnant de ses mains son torse jusqu’à ce que ses bras, repliés derrière, soient au contact du sol.
Il entendit Élyse s’éloigner légèrement, vers la bâtisse, puis un ronronnement se fit entendre, un bruit de mixer ou de perceuse électrique tournant lentement. Lucas frissonna. Elle n’allait tout de même pas le torturer en le perforant comme dans un film d’horreur qu’il avait vu récemment ? Non ! Il chassa cette image de son esprit. Élyse n’avait rien d’un monstre !
Le bruit cessa au bout d’une vingtaine de secondes. Il sentit la présence d’Élyse toute proche, l’entendit retourner d’où elle venait puis le bruit recommença durant une dizaine de secondes. Une nouvelle fois, il entendit Élyse revenir vers lui, jusqu’à ses pieds. Elle les lui effleura, tira sur les liens qui les enserraient puis un léger claquement métallique retentit.
— Tada ! C’est le moment de retrouver la vue ! fanfaronna Élyse, juste avant de lui ôter le sac de la tête.
Après un bref éblouissement l’obligeant à cligner des yeux, Lucas aperçut le ciel d’un bleu limpide au-dessus de lui, mais surtout il découvrit la potence qui le surplombait, quelque cinq ou six mètres plus haut. C’était une poutre d'acier en I, un peu comme un rail de chemin de fer, encastrée dans la façade de la grange dans le prolongement du faîtage. Juste dessous se trouvait une ouverture dans le mur, obstruée par un volet en bois brut des plus rustiques. Son regard se porta rapidement sur l’appareil accroché au bout de la potence, et sur le filin métallique descendant jusqu’à ses chevilles. La boucle de corde précédemment constituée entre ses pieds avait été passée dans le crochet muni d’une sécurité formant l’extrémité du filin.
Cette fois, il comprit ce qui l’attendait. Il lui était certes arrivé de fantasmer ce genre d’expérience, mais il n’avait jamais envisagé de la vivre réellement. Il sentit une terrible peur l’envahir.
— C’est un treuil électrique, précisa Élyse tout en retournant vers son boîtier de commande situé dans une petite armoire métallique accrochée au mur, juste à droite de la porte de la grange.
— Mon père l’a fait installer parce qu’il comptait entreposer ses vieilleries à l’étage, continua-t-elle. La potence est plus ancienne, elle servait certainement pour monter des sacs de grains. Aujourd’hui, le sac, c’est toi ! s’esclaffa-t-elle en approchant son doigt d’un bouton rouge en forme de flèche dirigée vers le haut.
Paniqué, Lucas essaya de crier malgré le bâillon, sans grand résultat. Déjà le ronronnement du moteur électrique avait repris. En quelques secondes, le filin se tendit et les chevilles de Lucas quittèrent le sol, entraînant dans les airs ses jambes puis ses fesses et enfin son torse. Il sentit la pression de la corde augmenter autour de ses chevilles au point de lui faire franchement mal, la souffrance atteignant son paroxysme au moment où ses épaules puis sa tête décollèrent à leur tour. Sa respiration s’emballa, gênée par le bâillon, et une autre douleur, plus sourde et diffuse, s’installa dans son crâne et au niveau de ses globes oculaires.
Alors que son corps continuait de s’élever, il se mit à se débattre, provoquant ou accentuant son balancement.
Soudain, le bruit cessa en même temps que se produisit une forte secousse. Un instant plus tard, des mains s’approchèrent pour se positionner sur chacune de ses joues. Le visage d’Élyse, inversé, apparut en face du sien.
— Calme-toi, répéta plusieurs fois cette dernière d’une voix douce. Tu ne crains rien. Le dispositif est solide. Le treuil est prévu pour soulever 500 kg et j’ai fait un test avec la tondeuse autoportée que l’on entrepose ici. Elle fait 265 kg à vide et ça n’a posé aucun problème. Tu ne fais pas plus de 265 kg, dis-moi ?
Lucas cessa de gesticuler, mais, comme il n’avait pas émis le moindre son en réponse, Élyse caressa doucement le visage du jeune homme durant plusieurs secondes jusqu’à ce que sa respiration redevienne à peu près normale.
— Bien… J’ai fait ce que je pouvais pour que la douleur ne soit pas trop forte. Il paraît que l’endomorphine sécrétée par le corps en réaction l’estompe nettement au bout de quelques minutes. Après, il est en principe possible de profiter de la sensation de totale impuissance que cette posture procure, décuplant celle produite par le fait d’être ligoté. J’avais prévu de te laisser te balancer un quart d’heure comme ça, mais si tu le souhaites je te redescends tout de suite. Cligne des yeux deux fois si tu veux continuer, ne fais rien dans le cas contraire.
Trois ou quatre secondes s’écoulèrent, mais Lucas finit par cligner des yeux.
— Parfait ! Il est 8 h 35; à 50 je te redescends. Ah… au fait, je t’avais conseillé de mettre un slip, termina-t-elle tout en inclinant la tête de son cousin vers le ciel pour qu’il s’aperçoive que sa chemise de nuit, par l’effet de la gravité, s’était retroussée jusqu’aux liens ceinturant ses bras.

Chapitre 4

Lucas sursauta quand le moteur électrique du treuil se remit en marche, ou, du moins, il l’aurait fait s’il n’avait pas été pendu par les pieds. Il en déduisit que quinze minutes s’étaient écoulées. Plongé dans un état second, il n’avait pas vu Élyse se lever de la pierre où elle s’était assise pour se rendre vers le boîtier de commande. Le sol se rapprocha, mais le moteur s’arrêta avant que sa tête ne vienne heurter celui-ci.
— Je vais te détacher les mains pour que tu puisses mettre tes coudes au-dessus de ta tête. Cela évitera de te tordre le cou et de te faire mal quand je vais finir de te ramener par terre, lui dit-elle après être revenue vers lui.
Elle lui libéra le torse et les poignets et elle actionna de nouveau le treuil jusqu’à ce qu'il fut étendu sur l’herbe. Alors qu'il demeurait immobile, elle lui ôta son bâillon et le délivra de ses liens. Elle se servit de la nappe récupérée en cette occasion pour couvrir son corps toujours largement dénudé.
— Comment ça va ? lui demanda-t-elle enfin après s’être agenouillée à côté de lui.
— Pas fort… J’ai la tête qui tourne un peu.
— Reste allongé, le temps que ton organisme se réadapte et que ta circulation sanguine redevienne normale.
— Oui, j’ai aussi des fourmillements dans les membres.
Quelques minutes s’écoulèrent sans que ni l’un ni l’autre ne bouge ou ne dise mot, puis, Lucas se redressa doucement et finit par s’asseoir, replaça correctement sa chemise de nuit et repoussa la nappe.
— C’était comment ? demanda alors Élyse.
— Au début, j’avoue que j’ai eu peur.
— Ça, tu n’as pas besoin de le préciser, tu semblais même totalement paniqué. Quand j’ai planifié ce jeu, j’avais bien pensé que cela pouvait t'amener à tenter de t'y soustraire et c’est pour ça que je t’avais mis le sac sur la tête pour pouvoir accrocher le filin sans que tu gigotes, cependant ta réaction a été plus forte que ce à quoi je m’attendais.
— J’aurais voulu t’y voir ! Ce n’est tout de même pas une situation courante !
— J’étais prête à tout arrêter. Je l’aurais fait si je n’avais pas réussi à te calmer ou si tu n’avais pas cligné des yeux. D’ailleurs, cela m’a même étonné que tu le fasses.
— Tu étais parvenue à me rassurer.
— La douleur sur tes chevilles avait disparu ?
— Non, ça faisait encore un mal de chien, mais je t’ai fait confiance en espérant qu’elle s’amenuiserait.
— Et alors ?
— Ça a effectivement été le cas, progressivement, quelques minutes plus tard.
— Et les sensations, ensuite ?
— Difficile à expliquer… complètement déroutantes en fait. Je me suis abandonné dans une sorte de torpeur. Il n’y avait plus haut ni bas. Le léger vent faisait lentement balancer mon corps et je sentais sa caresse sur ma peau… Au fait, tu as bien dû te rincer l’œil, ma cochonne !
— Eh ! Tu abuses ! Si tu avais respecté ma recommandation, je n’aurais pas tout vu. Et puis, ne me fais pas croire que si la situation avait été inversée, tu n’en aurais pas profité toi aussi !
— Absolument pas ! affirma-t-il avec aplomb, ou alors un tout petit peu, finit-il par ajouter avant de pouffer.
— Merci de ta sincérité.
— Oui, mais c’est tout de même moi qui me suis retrouvé exposé comme ça ! Cependant…
— Cependant quoi ? s'enquit-elle, ne voyant pas arriver le reste de la phrase.
— Pour être vraiment honnête, je me demande si ça n’a pas contribué à me sentir totalement à ta merci.
— C’est donc ce que tu as éprouvé ?
— Oui, mais je ne sais pas si c’est ce qui m’a plu dans l’expérience ou si c’est seulement le fait d’être impuissant, immobilisé. Peut-être est-ce une combinaison des deux.
— Et le bâillon ?
— Tu avais raison, ça fait énormément saliver. J’avais de la bave qui coulait de mes lèvres et me dégoulinait sur la figure avant de créer des fils qui s’étiraient vers le sol.
— Finalement, as-tu aimé cette épreuve ?
— Euh… oui et non. Désolé pour cette réponse de Normand, mais ce n’est pas encore très clair dans mon esprit. Ça fait tout de même très mal aux chevilles.
— OK, je note qu’il faudrait trouver un moyen pour améliorer ce point.
— Eh ! Je ne suis pas prêt à remettre ça ! J’espère que ce n’est pas ça, la troisième épreuve !
— Non, rien à voir, je te rassure, ce sera beaucoup moins brutal.
— Au fait, l’ai-je passée avec succès, cette deuxième épreuve ?
— Hum… je vais dire que oui. Plus qu’une à passer et tu auras le droit de savoir.
— À deux sur trois de réussies, ai-je le bénéfice d'un petit indice ?
— Non, mon cousin, pas déjà ! Ce sera tout ou rien !
— Vilaine cousine…
Le reste de la journée, ponctuée de jeux de société, fut calme et propice à la réflexion comme à l’introspection. L’expérience qu’avait vécue Lucas n’était pas de celles que l’on oublie facilement. Il se demandait quelle saveur allait s’estomper en premier, celle de l’âpre douleur ou celle du plaisir de s'être abandonné sans résistance dans les liens d’Élyse. Il n’aurait pas la réponse de suite, mais, s’il avait bien découvert une chose, c’était que sa cousine n’était plus l’enfant innocente qu’il avait gardée en mémoire !
-----------------------------
à suivre...

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Mad Hatter
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Re: Une cousine attachante

Message par Mad Hatter »

:bravo: Et bien je lis ça en diagonale parce que je suis pressé mais ça m'a l'air très prometteur.
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Re: Une cousine attachante

Message par foulards6384 »

Une savoureuse histoire.

J'attend les suites avec impatience, une surprenante cousine qui est la, mais est t'elle vraiment sa cousine de sang?

Adopté, enfant d'une aventure ou d'une relation avant que que l'un des parent soit forme le couple que Lucas a connue comme son oncle et sa tante, c'est lui qui n'aurais pas le lien qu'il crois avec elle, tant de possibilité qui fait que Elyse pourrait ne pas voir de problème a avoir une relation avec lui.
je bouge pas :police: je ne regarde pas :bandeau: je ne parle pas :gagged:

Alex Treme
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Une cousine attachante §5 et §6

Message par Alex Treme »

Chapitre 5

Le lendemain s’annonçait chaud et ensoleillé. Le mercure avait déjà dépassé les 25 degrés à 10 h. Élyse dans une petite robe légère vert pastel au bustier très moulant était resplendissante et plus séduisante que jamais. Elle s’était coiffée de façon sophistiquée avec de fines tresses partant du front pour courir sur les côtés du crâne avant de passer sous ses cheveux laissés libres au niveau de la nuque. Une discrète touche de fard à joues achevait de la transformer en une sorte de Reine des Neiges de Disney, version été torride. Décidément, elle semblait tout faire pour que Lucas finisse par ne plus se comporter en cousin avec elle ! Le matin fut essentiellement consacré à des courses alimentaires. Heureusement pour lui, il n’eut pas à rester en chemise de nuit. Après un bon repas sur la terrasse, Élyse proposa de faire une promenade jusqu’à la bergerie d’un ami de la famille, située à deux kilomètres de là. Lucas sentit qu’il devait accepter et fut convaincu que la troisième et dernière épreuve se profilait sous ce prétexte quand elle sortit un sac à dos déjà prêt d’une armoire de l’entrée. Il était fermé et d’aspect bien rebondi.
— On part faire un trek dans les profondeurs des frondaisons Lozriennes ? ironisa-t-il en l’apercevant.
— Non, c’est juste le strict nécessaire pour notre agrément, rétorqua-t-elle avant de sourire tout en lui faisant un clin d’œil. Et tu serais bien galant si tu le portais durant le trajet.
— Avec plaisir, chère cousine !
— Tiens, je te montre où nous allons, dit-elle en sortant une carte topographique de la poche frontale du sac avant d’y pointer du doigt le symbole d’une bâtisse et le tracé d’un chemin.
— Il y a un autre itinéraire possible, constata Lucas.
— Oui, mais il est bien moins direct.
— Nous avons le temps, et il ne semble pas y avoir une grande différence. À vue d’œil, je dirais qu’il doit y avoir un kilomètre de plus, et il doit y avoir de beaux points de vue sur la rivière.
— Euh… c’est vrai, mais il y a une partie un peu escarpée.
— On fera attention.
— Bon, d’accord, si tu y tiens, passons par là pour l’aller et au retour nous prendrons l’autre chemin. Cela fera une boucle.
Ils se mirent en route après qu’Élyse eut troqué ses escarpins contre une paire de chaussures de sport.
Le début du parcours, en forêt, s’élevait lentement en suivant un cours d’eau. À l’ombre des ramures, il ne faisait pas trop chaud. Au bout de près d’une demi-heure de promenade tranquille, ils atteignirent un escarpement rocheux surplombant le fond de vallée d’une quinzaine de mètres.
— Le chemin passe là, au bord de la falaise, et longe la paroi sur environ dix mètres, indiqua Élyse, tout en stoppant sa progression.
— Je vois, ce n’est pas extrêmement étroit, mais il faudra tout de même faire attention.
— Oui, et il n’y a pas de rambardes ni de corde pour se tenir, ajouta-t-elle sans reprendre sa marche.
— Veux-tu que je te précède ? proposa Lucas.
— Oui, je… c’est mieux.
Lucas s’avança donc sur la corniche avec précaution, mais sans appréhension particulière. Une fois engagé de quelques mètres sur celle-ci, il s’aperçut qu’Élyse était restée figée à son début.
— Tu n’as pas l’air rassurée. As-tu le vertige ?
— Non, pas vraiment, mais le vide ne me met pas très à l’aise, balbutia-t-elle.
— Oui, bref, tu n’as pas le vertige, mais tu as peur du vide… Merci pour la nuance, s’amusa-t-il.
— C’est ça… rigole…
— Ce n’est pas une honte, mais tu aurais pu me le dire tout simplement, nous ne serions pas passés par là. On peut rebrousser chemin si tu veux, proposa-t-il tout en revenant vers elle.
— Non, non… Je peux te suivre si je ne regarde pas en bas.
— Donne-moi la main alors.
C’est ainsi qu’ils traversèrent petit pas par petit pas le passage étroit et vertigineux. Enfin, parvenue à l’endroit où le chemin commençait à s’élargir, Élyse, sans doute pressée de s’éloigner du précipice, posa son pied gauche sur une pierre en dévers. Elle en perdit l’équilibre et bascula en arrière vers l’abîme. Heureusement, Lucas, eut le réflexe de s’agripper à la paroi rocheuse de sa main droite et de ramener la jeune femme à lui. Le mouvement de traction brutal eut non seulement l’effet salvateur d’empêcher la chute de celle-ci, mais également celui de la précipiter dans ses bras. Dès leur équilibre assuré, Lucas l’enlaça en la serrant fort contre lui. Le contact et la chaleur de son corps, sa respiration accélérée par la frayeur qu’elle avait eue, la fragrance de son parfum, la peur de la perdre à tout jamais, étaient autant d’invitations à abandonner toute retenue et tout principe. Quand son regard croisa le sien et que, toujours sous le coup de l’émotion, elle lui susurra un « merci » des plus sensuels, il ne put résister davantage : « Et puis merde ! », s’écria-t-il, avant de plaquer goulûment ses lèvres contre les siennes. Leur étreinte ardente dura plusieurs minutes à la fin desquelles ils s’écartèrent pour reprendre leur souffle.
Lucas, percevant une lueur légèrement moqueuse dans les yeux d’Élyse, ne lui laissa pas le temps de réagir :
— Oui, je devine ce que tu penses ; que c’était bien la peine de m’arc-bouter sur les principes, si c’était pour en arriver là. Mais bon, je suis un homme, je n’ai pas pu résister…
— Ne me dis pas que tu regrettes ton geste !
— Non… Pas encore en tout cas… car je ne sais pas où cela va nous mener… Pour le moment, j’ai juste envie de recommencer à t’embrasser, de parcourir ton corps de mes mains, de…
— Stop ! Le coupa-t-elle en lui plaçant un doigt en travers de ses lèvres. On devrait d’abord nous écarter de la falaise, même si tu aimes me sentir tremblante de peur entre tes bras, et puis, rappelle-toi que tu as toujours la dernière épreuve à passer.
— Est-ce si important ?
— Pour moi, ça l’est ; et puis ne veux-tu pas connaître la révélation que je t’ai promise si tu réussissais les trois ?
— Si c’est pour m’avouer que tu es amoureuse de moi comme je le suis moi-même de toi, cela ne sera plus une grande surprise.
— Qui t’a dit que je l’étais, petit présomptueux !
— Hum… mon petit doigt.
Élyse pouffa avant de reprendre :
— Bon, j’admets qu’il n’a pas tort, mais ce n’est pas ce que j’ai à te révéler.
— OK, OK… Alors, allons-y pour la troisième épreuve.
Après un quart d’heure de marche supplémentaire, ils rejoignirent l’autre chemin, apparemment plus fréquenté puisqu’ils y croisèrent à deux reprises des promeneurs avant d’arriver à la bergerie. La bâtisse en pierre sèche surmontée d’un toit en tôle ondulée en bonne partie rouillée était de toute évidence ancienne et entretenue au minimum.
— Là, c’est l'endroit où il rentre les moutons, indiqua Élyse en entrebâillant une vieille porte. La journée, ils sont dans les pâturages. La paille sur le sol est maculée de crottes et l’odeur n’est pas des plus agréables.
Lucas eut juste le temps d’entrevoir la pièce avant qu’Élyse ne referme la porte et se dirige vers une autre. Celle-ci, en partie délabrée, laissait passer l’air entre les planches rongées par les intempéries de son vantail. Elle dut forcer pour l’ouvrir, car elle frottait sur le sol. L’ayant suivi à l’intérieur de la salle, seulement éclairée par des ajours en haut d’un des murs, Lucas put constater que ce dernier était à peu près plat, constitué de terre battue et surtout propre.
— Cette pièce n’est pas utilisée, précisa Élyse. Elle sera parfaite même si elle n’est pas très grande.
— Il y fait chaud, observa Lucas.
— C’est vrai, mais comme tu vas te déshabiller…
— Me déshabiller ?
— Oui, te mettre tout nu, mon cousin ! pouffa-t-elle.
— Tu exagères…
— Oui ! Mais… mon petit doigt me dit que ça ne te déplaît pas tant que ça de m’exposer tes jolis muscles… et tout le reste !
— Il est bien bavard, ce doigt, souligna avec malice Lucas tout en ôtant le sac à dos de ses épaules avant de le poser au sol.
— Que veux-tu, c’est un doigt de fille.
— C’est quand même un peu gênant, remarqua-t-il en enlevant son t-shirt.
— Dis-toi que j’ai déjà vu l’essentiel de ton anatomie !
— Certes… mais tout de même.
Tout en réalisant que cela n’avait pas vraiment de sens, il lui tourna le dos pour finir de se dévêtir.
— Et maintenant ? demanda-t-il sans se retourner après avoir entassé ses habits sur ce qui ressemblait à une vieille étagère accrochée sur le mur lui faisant face.
— Tu t’allonges sur le dos au milieu de la pièce.
— Euh…
— Allez, ne fais pas ton timide… C’est indispensable pour la suite.
Lucas respira un grand coup avant de finalement obtempérer. Il protégea cependant autant que possible son intimité de la vue de la jeune femme durant la manœuvre.
— Désolé pour toi, mon cousin, mais tu vas devoir démasquer ton kiki pour écarter tes bras dans le prolongement de tes épaules, un peu comme si j’allais te crucifier.
— J’espère que tu n’iras pas jusque là !
Pendant qu’il adoptait la posture demandée, Élyse sortit du sac une poignée de piquets de tente.
— Eh ! s’écria-t-il en les apercevant avant de se redresser, prêt à bondir sur ses jambes.
— Non, non ! Ne t’inquiète pas ! C’est juste pour tenir les cordes, je ne vais pas te transpercer les paumes avec ça ! Tout de même, pour qui me prends-tu ?
— Oui, désolé. Je suis bête, je sais bien en fait que tu ne me ferais pas subir une horreur pareille, répondit-il en retrouvant sa pose.
Munie d’un lourd maillet en bois, elle s’employa à planter profondément un piquet en face de chacune des mains de Lucas, à une distance telle qu’il ne pourrait pas les atteindre une fois ligoté. Elle fit ensuite plusieurs boucles d’une corde autour de son poignet droit avant d’y faire successivement trois nœuds.
— Ce n’est pas trop serré ? s’enquit-elle.
— Non,
— Bien ! Il faut que ça t’entrave, mais que ça ne risque pas de te bloquer la circulation sanguine, continua-t-elle tout en arrimant solidement l’extrémité restée libre du lien au crochet du piquet.
Elle procéda de la même façon sur l’autre poignet de Lucas. Elle lui ordonna ensuite d’écarter les jambes le plus possible, planta des piquets à proximité de ses chevilles et les attacha à eux.
— Alors, te voilà bien immobilisé, n’est-ce pas ? lui demanda-t-elle en admirant son œuvre.
— Tu peux le dire !
Elle récupéra les vêtements de Lucas et vint les disposer sous la tête de son prisonnier pour lui faire office d’oreiller.
— Quelle délicate attention, ironisa ce dernier.
— Il ne faudrait pas que ce soit trop inconfortable, vu le temps que tu vas moisir là.
— Tu m’inquiètes…
— J’avais imaginé t’y abandonner jusqu’à demain, mais je pense que je vais me contenter de quelques heures. Disons trois.
— Veux-tu dire que tu vas me laisser seul ici tout ce temps ?
— Évidemment, t’es mignon à regarder, mais il fait trop chaud dans ce réduit et je préfère aller me reposer tranquillement sur un canapé bien moelleux à siroter une délicieuse et fraîche limonade artisanale !
— Mais…
— Trois et demie, le coupa-t-elle.
— Trois et demie de quoi ?
— Trois heures et demie ! À chaque protestation de ta part, je vais rajouter une demi-heure à la durée de ton expérience.
— T’es sérieuse ?
— N’en ai-je pas l’air ?
Lucas savait sa cousine blagueuse, mais le visage inexpressif qu’elle arborait le plongea dans le doute.
— Mais si quelqu’un venait à ouvrir la porte ? Il y a tout de même des promeneurs sur ce chemin ?
— Eh bien, j’imagine que tu aurais la honte de ta vie, pouffa-t-elle. Ça va pimenter le jeu !
— Et ça fait quatre heures, reprit-elle.
— Eh ! Ce n’était pas une protestation, juste une question !
— Hum… peut-être, mais ça, c’en est une ! Alors ça fait quatre heures quand même ! s’esclaffa-t-elle.
Lucas allait dire que c’était injuste, mais décida au dernier moment de s’en abstenir de peur que la durée n’augmente encore d’une demi-heure. Élyse plongea sa main dans le sac à dos et en sortit une bouteille d’eau minérale. Elle l’approcha de la bouche de Lucas tout en lui relevant la tête de sa main restée libre.
— Je pense qu’il est préférable que tu boives un bon coup. Je n’ai pas envie de te retrouver tout desséché !
Lucas avala plusieurs gorgées du liquide tiédasse. Une fois largement désaltéré, il fut assailli par un doute.
— Tu ne viens pas de me droguer, au moins ? demanda-t-il
— Pfou… Mais non ! Que vas-tu imaginer ? Je te jure que ce n’est que de l’eau !
— Tu sais que tu es craquant quand tu es inquiet ? reprit-elle tout en laissant glisser ses doigts sur ses pectoraux après avoir reposé la bouteille.
Lucas, surpris par la douceur de cet effleurement, ne répondit rien. Elle continua son exploration tactile en remontant sur le côté de son cou, sur sa joue, avant d’écarter ses lèvres et de plonger son index et son majeur dans sa bouche.
— J’aime quand tu es à ma merci, pleinement offert et…
Elle interrompit sa phrase tout en retirant ses doigts.
— Je m’égare ; il est temps de te laisser profiter de ta condition de prisonnier, s’écria-t-elle alors qu’elle fouillait de nouveau dans son sac pour en sortir plusieurs objets qu’il n’eut pas le loisir de distinguer avant qu’elle ne lui plaque la tête en arrière d’une main sur le front.
— Ouvre grand la bouche ! ordonna-t-elle avec autorité.
Il s’exécuta, imaginant avoir encore droit au bâillon-boule, mais fut surpris de voir arriver un mouchoir en tissu.
— Je te rassure, il est propre, lui précisa-t-elle avant d’en faire une boule et de le tasser au fond de sa cavité buccale.
Alors qu’il pensait pouvoir refermer la bouche, Élyse lui introduisit le bâillon-boule auquel il croyait avoir échappé. Elle le fixa fermement puis déroula un long morceau de ruban adhésif renforcé gris avec lequel elle lui scella les lèvres. Elle l’enroula autour de sa tête et en ajouta plusieurs couches successives.
— Ça peut paraître excessif, mais je veux être certaine que tu ne pourras pas appeler à l’aide. Essaye donc de crier pour voir.
Lucas eut beau faire, les seuls sons qu’il réussissait à émettre étaient tellement ténus qu’ils n’auraient pas été entendus à plus d’un mètre.
— Parfait ! s’exclama Élyse. Cligne des yeux par deux fois pour me confirmer que ta respiration est correcte par le nez, je ne voudrais pas que tu t’étouffes.
Comme il jugea celle-ci satisfaisante, Lucas exécuta le signe demandé.
Élyse se leva alors, ramassa le sac à dos et se dirigea vers la sortie.
— À tout à l’heure, profite bien ! lança-t-elle avec malice avant de refermer la porte derrière elle, non sans quelques difficultés.
Lucas tira sur ses membres pour tester ses liens. Il réalisa vite qu’ils étaient solides et que les piquets, enfoncés jusqu’à leur crochet sur environ 25 centimètres de profondeur, n’allaient pas céder. Les cordes n’étant pas tendues, il pouvait tout de même fléchir les bras très légèrement. Ses jambes, quant à elles, étaient plus contraintes, écartées au maximum de ce que sa souplesse lui permettait de faire. Aussi ressentait-il déjà poindre une douleur d’étirement entre ses cuisses.
Privé de toute possibilité de mouvement, il ne pouvait guère qu’écouter ce qui se passait à proximité et détailler les murs de la pièce. De temps à autre, le grattement d’un petit rongeur entre les pierres ou le sautillement d’un oiseau sur la tôle du toit mobilisaient son attention, quand ce n’était pas le chant mélodieux d’un merle. C’est ainsi qu’il s’aperçut que quelques mouches tournaient en rond au-dessus de lui. Étaient-elles déjà présentes avant de pénétrer dans la pièce ? Il pensa tout d’abord que c’était probable. Il révisa son jugement en constatant que leur nombre augmentait. Il en avait compté quatre au moment où l’une d’elles, sans doute plus hardie que les autres, se posa sur son mollet gauche. Ne pouvant soulever la jambe ni la bouger latéralement, Lucas lui imprima une oscillation dans l’espoir de la faire s’envoler ; espoir vite déçu puisque cette dernière, nullement incommodée par cette manœuvre, progressa sur sa peau jusqu’à son genou. Il fut cependant soulagé quand elle décolla quelques secondes plus tard. Il la perdit de vue avant qu’elle ne se pose malheureusement de nouveau sur lui, mais cette fois sur son ventre. Du moins, c’est ce qu’il crut avant de constater qu’une autre venait d’atterrir sur son mollet. Était-ce en fait la même revenant à l’endroit qui l’avait déjà attirée, et sur son ventre une de ses copines ? Impossible de le dire, mais il était clair que l’initiative de la première mouche faisait des émules au sein de l’escadrille de diptères ! Le nombre de ses congénères parcourant l’épiderme de Lucas ne fit qu’augmenter au fil du temps pour culminer ensuite à une quinzaine d’individus. Bien entendu, les soubresauts qu’il arrivait à imprimer à son corps réussissaient souvent à en faire décoller, mais l’obstination de ces insectes semblait sans limites ni même logique. Étaient-ils attirés par l’odeur de sa sueur ou sa peau constituait-elle une simple opportunité en l’absence des moutons qui devaient être leurs cibles habituelles ? Quelle que pût être la réponse, il réalisa qu’il ne pourrait pas batailler durant des heures et finit par capituler pour s’abandonner au frôlement de leurs pattes. Ce n’était plus que quand elles s’aventuraient sur ses parties intimes ou sur son visage qu’il daignait faire l’effort de les faire fuir. Élyse avait-elle prévu ce tourment ? Il en doutait, mais devrait s’en accommoder.
Après un temps qu’il aurait été incapable de chiffrer en heures ou minutes, il fut tiré de ses réflexions par un bruit de pas à l’extérieur. Il espéra le retour d’Élyse, mais déchanta dès qu'il entendit des voix humaines. À peine perceptibles au début, elles devinrent de plus en plus nettes au point qu’il put capter la conversation entre deux femmes. Il bloqua sa respiration quand celles-ci s’approchèrent de la bergerie.
— On fait une petite pause ici ? demanda l’une d’elles.
— Pourquoi pas, on peut s’asseoir sur cette grosse pierre et s’adosser sur le mur de cette bâtisse.
— D’après toi, c’est une grange ?
— Peut-être, je ne sais pas. En tout cas, ce n’est pas une habitation.
— Jetons un œil à l’intérieur, la porte n’a pas l’air d’être munie d’une serrure.
Lucas bloqua sa respiration et ferma les yeux. Quand il entendit un bruit de raclement, il crut que son cœur allait s’arrêter.
— C’est vide, mais vu l’odeur, la paille au sol et les déjections, je pense que c’est une bergerie.
Lucas ouvrit les yeux et releva sa tête. Constatant que, devant lui, la porte était toujours fermée, il comprit que les randonneuses avaient découvert l’autre pièce.
Il craignit que les curieuses ne poursuivent leur exploration, mais il n’en fut rien. Elles s’assirent et papotèrent pendant plusieurs minutes avant de reprendre leur marche et de s’éloigner. Lucas, rassuré, laissa vagabonder son esprit, mais son incapacité à bouger commençait sérieusement à lui être pénible. Par moments, ses muscles des jambes étaient secoués de spasmes incontrôlables. Cela durait quelques secondes et l'apaisait un temps. Cette expérience devenait une vraie épreuve et le plaisir singulier d’être ligoté et captif laissait progressivement la place à de la souffrance. Les mouches battirent moult fois l'air de leurs ailes avant qu’il n’entendît de nouveau des pas à l’extérieur de la bâtisse. D’autres promeneurs allaient passer devant la porte de sa prison. Il n’en pouvait plus, ce jeu s’était transformé en torture. Il fallait qu’il la fasse cesser, quelles qu’en soient les conséquences, dont la honte d’être découvert dans cette position par des étrangers. Il se mit à gesticuler le plus que ses liens lui permettaient de le faire et à taper des paumes sur la terre battue tout en essayant de crier. Malheureusement, comme il l’avait déjà constaté, le bâillon qu’avait confectionné cette garce d’Élyse était terriblement efficace et les impacts au sol n’émettaient qu’un très faible claquement sourd. Aussi les bruits de pas réguliers se diluèrent-ils dans le paysage sonore de la campagne corrézienne sans même avoir marqué un temps d’arrêt à proximité. Découragé et en sueur, il allait se résigner quand un nouveau bruit, celui d'une personne s'approchant rapidement, attira son attention. Celui-ci cessa brusquement pour laisser place à une sorte de grattement sur la porte.

Chapitre 6

Lucas se figea quand le battant s’ébranla puis s’ouvrit. Dans la lumière éblouissante qui s’engouffra dans la pièce, il reconnut en contre-jour la silhouette d’Élyse, dans sa jolie petite robe. Sa seule vision liquéfia sa crispation et éteignit ses velléités de révolte tout comme son ressentiment circonstanciel envers elle.
— Oh, mince ! Il y a un paquet de mouches ici, s’exclama-t-elle en entrant.
— Allez, oust ! cria-t-elle à leur attention tout en moulinant des bras pour les chasser.
Une fois que seules une ou deux continuaient leur vol à l’intérieur de la pièce, elle referma la porte, s’approcha du jeune homme et se baissa pour lui ôter son bâillon.
— Comment ça va ? lui demanda-t-elle.
— Hum… honnêtement, je commençais à en baver, ces quatre heures m’ont paru une éternité !
— À peine trois, rectifia Élyse.
— Ah ? Pas plus ?... Tu as décidé finalement de ne pas appliquer ta majoration ?
— Non, ce n’est pas cela… mais tu n’en pouvais plus, alors…
— Ce n’est pas faux, mais je ne comprends pas comment tu as pu le deviner. Ne me dis pas que c’est encore ton petit doigt qui…
— Oh, non ! Le coupa-t-elle ; cette fois, ce n’est pas lui, mais la caméra miniature que j’avais installée il y a trois jours, entre deux pierres du mur derrière toi.
— Non ?! s’exclama-t-il tout en se tordant le cou pour tenter de l’apercevoir.
— Si ! Elle m’a transmis en permanence les images sur mon smartphone. Les couleurs et la résolution de la vidéo sont pourries, mais c’était suffisant pour veiller sur toi. Quand je t’ai vu t’énerver et frapper le sol, j’ai décidé qu’il était temps de mettre un terme au jeu.
— C’est dingue ! s’écria-t-il, époustouflé. Si j’étais grossier, je dirais que la minutie avec laquelle tu as tout planifié me troue le cul !
Élyse se pencha de côté et détourna son regard pour fixer l’entrejambe de son cousin.
— Je suis désolé de t’apprendre que la nature s’en est déjà chargée ! s’esclaffa-t-elle.
— C’est malin ! bougonna-t-il, mi-vexé, mi-amusé par la répartie d’Élyse.
— Mais, dis-moi, reprit-il après un temps de réflexion, comment as-tu fait pour venir aussi vite ?
— Je ne suis jamais retourné à la maison. J’étais juste assise dans l’herbe, à l’ombre d’un arbre dans le champ de l’autre côté de la bergerie. L’émetteur de la caméra ne porte de toute façon pas à plus de quelques dizaines de mètres. As-tu vraiment cru que j’allais t’abandonner là durant des heures sans surveillance ?
— Eh bien… cela m’avait étonné, mais tu me l’avais annoncé avec un tel aplomb que je l’avais gobé.
— Tu pourrais peut-être finir de me délivrer maintenant, non ?
— Encore un tout petit peu de patience. Dis-moi d’abord ce que tu as ressenti… comment tu as vécu l’expérience.
— Eh bien, au début, c’était un mélange d’excitation et de peur.
— De peur ? Vraiment ?
— Oui, d’être découvert nu dans cette position par un des nombreux promeneurs qui passent devant la bergerie. D’ailleurs, il s’en est fallu d’un cheveu que ce soit le cas quand deux femmes ont décidé de faire une halte ici.
— Un cheveu très épais, tout de même, rétorqua-t-elle en fouillant dans une poche extérieure du sac à dos qu’elle avait ramené avec elle.
Elle en sortit un gros cadenas qu’elle exhiba devant les yeux du garçon.
— Tu avais…
— Oui, quand je t’ai quitté, j’ai mis ça sur la vieille porte de ta geôle ; je l’ai ôtée en revenant. Il devait y en avoir eu un dans le temps sur cette porte. J’ai juste eu à utiliser les ferrures qui étaient toujours présentes.
— C’est pas vrai !
— Je n’allais pas risquer que tu te retrouves dans une si mauvaise posture ! Et puis, pas question que quelqu’un d’autre profite de ta nudité ! Par contre, te laisser un peu dans la crainte faisait partie de mon plan ; je pensais que cela allait donner un peu de piment à ton expérience.
— Les mouches, c’était aussi pour le piment ?
— Non, ça, vois-tu, je ne l’avais pas prévu. J’en suis désolée. Quand j’avais repéré les lieux, il n’y en avait pas. Je ne les percevais pas non plus aujourd’hui avec la caméra qui n’est pas d’une assez grande qualité pour capter les petits détails.
— Elles m’ont méchamment tourmenté. Les voir et les sentir sur moi me révulsait. Malgré tout, à la fin, je n’y prêtais plus trop attention. La douleur de l’immobilisme avait pris le dessus sur tout le reste. Honnêtement, j’ai hâte que tu me délivres.
— Bon, je vais le faire, mais il fait vraiment terriblement chaud ici, constata-t-elle tout en se relevant.
Elle fit quelques pas en arrière, saisit le bas de sa robe et l’ôta par le haut.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda Lucas, éberlué à la vue de sa cousine en petite tenue, seulement vêtue d’une sublime culotte blanche en dentelle et d’un soutien-gorge affriolant.
— Tu le vois bien, je me mets à l’aise avant de te faire la révélation que je t’ai promise.
— J’ai… j’ai réussi les trois tests, alors ? bafouilla-t-il, incapable de quitter Élyse du regard.
— On va dire que oui, même si, pour le dernier, c’est plus discutable.
— Ah ?
— Comme tu l’as sûrement deviné, j’ai pris un plaisir certain à te soumettre à mon bon vouloir le temps de ces jeux. J’ai surtout aimé te ligoter, te voir dénudé et être à ma merci. Je pense que j’ai cette petite perversion en moi depuis mon adolescence. Avec ces épreuves, je désirais vérifier ta capacité à endurer ce genre de jeux. « Endurer » n’est pas le mot, en fait. Disons que je voulais savoir si tu aimais être mon soumis, même si je déteste ce terme. Si tu ne t’étais pas jeté tête baissée dans mon piège au grenier, il n’y aurait eu que deux ligotages. Je les avais conçus pour qu’ils couvrent le spectre de ceux qui pourraient me plaire, pour qu’ils soient complémentaires, en quelque sorte. La pendaison par les pieds était physiquement douloureuse, mais de courte durée, alors que l’épreuve d’aujourd’hui, à l’inverse, infligeait moins de souffrance à ton corps, mais était plus longue et pénible psychiquement. Comprends-tu ?
— Je crois que oui…
— D’après ce que tu m’as raconté, et ce que j’ai vu, dit-elle en portant fugacement son regard sur l’entrejambe du garçon, tu as pu tirer du plaisir des deux expériences. N’est-ce pas ?
— Oui, c’est vrai, je l’avoue… chuchota-t-il en rougissant.
— Donc je pense que nous sommes complémentaires et en accord parfait non seulement dans nos conversations, notre façon de voir le monde, mais aussi pour ces jeux plus coquins et admettons-le… pas forcément dans la norme.
— Soit, c’est super, mais où veux-tu en venir ?
— Je veux en venir à la révélation…
Élyse plongea la main dans le sac à dos et en sortit deux feuilles de papier, puis, se moquant visiblement de la bienséance, vint se placer à califourchon sur son cousin en posant ses fesses sur… son bassin.
— Eh ! s’écria-t-il sur le coup de la surprise.
— Tu n’aimes pas ?
— Ce n’est pas le problème, mais…
— Tais-toi, ou je te remets le bâillon ! intima Élyse avant de lui sourire et de poursuivre.
— Quand j’ai fait du ménage dans les affaires de mon père, je suis tombée sur un coffret contenant des papiers. Beaucoup étaient sans intérêt, mais pas ces deux-là, et je pense que tu seras de mon avis. Il y a un document administratif et une lettre manuscrite de mon père qui était cachetée et à mon attention. Je vais te la lire, car tu aurais du mal à déchiffrer son écriture, termina-t-elle en dépliant cette dernière.
— Hum… « Ma chère Élyse, si tu découvres cette lettre, il est probable que ta mère et moi n’ayons jamais trouvé le courage ou jugé bon pour toi de t’annoncer ce qui suit avant que nous ne soyons plus de ce monde. Fred et Eddy, tes jeunes frères sont nés grâce à une insémination artificielle. Ta mère et moi avions essayé longtemps par les moyens naturels sans parvenir à ce qu’elle tombe enceinte. Avec les progrès de la médecine, nous avons tenté de te donner un frère ou une sœur, et cela a finalement marché plus que prévu avec leur arrivée. Il paraît que les gémellités sont fréquentes avec cette technique… »
— C’est ça, ta révélation géniale ? demanda Lucas en lui coupant la parole.
— Je vais vraiment te bâillonner ! menaça-t-elle.
— OK… Pardon…
— Elle arrive, la révélation… Donc, je reprends…
Élyse se tut subitement et un sourire en coin se dessina sur ses lèvres.
— Je devrais plutôt te menacer de ne pas te bâillonner, susurra-t-elle en soulevant légèrement son séant pour se repositionner, avant d’émettre un petit rire coquin.
— Bon ! Du calme là-dessous ! Je reprends : « … Il paraît que les gémellités sont fréquentes avec cette technique. Perspicace comme je te connais, avec ce que je viens de te révéler, tu dois maintenant avoir deviné que si tu es blonde comme les blés alors que nous sommes tous bruns dans la famille, ce n’est pas à cause de ma grand-mère et de ses ancêtres, fait invérifiable que j’avais inventé. La vérité est que nous t’avons adoptée alors que plusieurs années avant l’arrivée des jumeaux nous avions perdu espoir que ta mère puisse un jour enfanter. Je t’assure que nous t’avons toujours considéré comme notre enfant et aimé comme tel »… Bla bla bla, je t’épargne la suite sirupeuse au possible. L’autre papier, c’est l’acte officiel de mon adoption, termina Élyse en plongeant ses yeux dans ceux de Lucas.
— Comprends-tu ce que cela implique ? demanda-t-elle.
— Je n’en reviens pas !... Mais si… alors…
— Alors nous n’avons aucune consanguinité ! Nous sommes cousins seulement administrativement ! Je me suis renseignée : on n’aura aucune difficulté à obtenir une dispense de l’église si nous désirons nous marier et, surtout, nous pourrons avoir de beaux enfants en parfaite santé… Je t’aime Lucas ! Je sais que tu m’aimes aussi. Je te veux… Je te veux maintenant, et pour toujours.
Sur ces mots, elle se rua sur la bouche de Lucas pour partager un fougueux baiser. Elle s’empressa de le délivrer puis se débarrassa de sa petite culotte alors qu’il l’enlaçait déjà en s’attaquant à l’agrafe de son soutien-gorge.
Après quelques instants, leurs torrides ébats amoureux dans lesquels ils s’étaient lancés furent interrompus par le bruit d’une porte raclant le sol. En se retournant pour pointer leur regard dans la direction de l’entrée, ils eurent juste le temps d’apercevoir la silhouette d’une femme refermant la porte. « Désolée ! » s’écria cette dernière avant de s’éloigner rapidement en gloussant.

§ § § Fin §§§

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foulards6384
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Ce que je déteste : Les bâillon boule,ne pas avoir de partenaire pour les scéances de ligotages, tout ce qui hard
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Re: Une cousine attachante

Message par foulards6384 »

Superbe conclusion à cette histoire.
Je m’attendez pas à cette dernière épreuve.
Merci pour ta captivante histoire.
je bouge pas :police: je ne regarde pas :bandeau: je ne parle pas :gagged:

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