La Malédiction du musée Pergam

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Bouya2

La Malédiction du musée Pergam

Message par Bouya2 »

Allez, je republie la moitié d'une vieille histoire que j'ai écrite il y a 3 ans. C'est pour ça que le style d'écriture n'est pas vraiment très bon. Mais je pense avoir heureusement un peu évolué depuis ^^ L'autre moitié sera republiée dans quelques jours. Bonne lecture ! :salut:

Avant de relater cette histoire, qui flirte avec des superstitions qui remontent jusqu'à la Mésopotamie, je tiens à préciser une chose aux différents lecteurs sceptiques. Je ne suis pas idiot, je fais juste de la rétention d'intelligence. Nuance!

Jessica était une jeune fille de 17 ans. Elle était grande et plutôt fine sans pour autant avoir l'air anorexique. Elle avait de longs cheveux noirs avec de légers reflets rouges qui lui retombaient jusque sur les épaules. Ses yeux étaient noisettes. Et elle avait le don de faire fantasmer tous les garçons de son lycée (à l'exception de celui qui avait fait son comming-out).
Tiens, parlons-en de son lycée! Celui-ci se trouvait dans une ville de taille moyenne dans l'est de la France. Jessica y étudiait dans une classe de Terminale ES. Elle avait choisi comme enseignements d'orientation, LV3 espagnol et Science Politique. Et elle avait également pris une option: elle suivait des cours d'histoire des arts. Et c'est là que le lycée devient important.
En effet, grâce à un faible nombre d'élèves, le lycée avait bien des avantages. Les étudiants étaient assez nombreux pour que l'Académie décide de ne pas fermer de classe, mais étaient assez peu nombreux pour qu'ils puissent être en petites classes de 20 à 25. Des conditions d'apprentissage idéales. Et en plus, la gestion du budget en étant facilitée, la direction du lycée pouvait se permettre de créer des voyages scolaires.
Et c'est là que nous retrouvons notre belle lycéenne. En plein voyage scolaire. Un budget avait été débloqué, qui permettait d'emmener les élèves en histoire des arts pendant une semaine à l'étranger. Et pas n'importe où! Une semaine à Prague et à Berlin! Et notre histoire commence à Berlin.
Pour n'importe qui s'intéressant aux arts, la capitale allemande comporte une étape obligatoire: l'Île des Musées. Sur cette île se trouve cinq musées (d'où le nom, pour les lecteurs qui font comme moi de la rétention d'intelligence). Parmi eux, il y a le musée Pergam, spécialisé dans l'art antique du Moyen-Orient. La collection compte donc d'anciennes statues et des édifices entiers ramenés des colonies grecques d'Asie Mineure, une très riche aile sur l'art islamique du Moyen-Âge, et une statuaire impressionnante datant de la Perse de l'époque néo-mésopotamienne.
Jessica était donc en train de visiter cette aile, quand l'histoire commença. Maintenant que le décor est planté, nous pouvons y aller.

Durant la visite, les lycéens ne formaient pas un groupe, mais se baladait à leur guise dans les galeries. Jessica était donc seule quand elle contemplait la stèle d'Assarhaddon.
C'était une pierre taillée de plus de 2 mètres de hauts. Confortablement vissé sur les oreilles de la visiteuse, l'audio-guide expliquait avec une voix féminine que ce bas-relief sur lequel un homme gigantesque debout conduisait avec une laisse un homme agenouillé et ligoté commémorait la victoire de l'armée Assyrienne sur l'armée Égyptienne au VII°s av JC. La machine ajouta que l'homme attaché dans la position des esclaves était le Prince-héritier d'Égypte en personne, et qu'Assarhaddon était représenté grandeur nature. Jessica en fut impressionnée, car la sculpture le montrait comme faisant 2,15 mètres! Croiser quelqu'un de cette taille est toujours impressionnant aujourd'hui, et devait l'être encore plus à cette époque où la taille moyenne était de 1,60 mètre.
La voix de l'audio-guide demanda à la visiteuse si elle voulait connaître la traduction en français de l'inscription cunéiforme, gravée dans la pierre. Jessica pianota sur le petit clavier de l'audio-guide le numéro qu'elle devait faire si elle voulait le savoir.
La machine pris alors une voix masculine pour déblatérer une antique prophétie: Ô Ishtar, déesse de la Guerre et de la Vengeance, que cette plaque symbolise à jamais ma victoire sur les roitelets. Qu'elle soit à jamais honorée. Et qui si un ennemi ose avoir l'impudence de la profaner, fait en sorte qu'ils se retrouvent ligotés et prostrés à mes pieds.

Puis la voix redevint féminine, et invita Jessica à poursuivre la visite. La belle lycéenne l'ignora, et préféra se pencher pour examiner de plus près la stèle. Elle plongea son regard dans la multitude de caractères cunéiformes, et explora avec soin chaque détails sculptés de la robe, de la barbe, et du visage de l'antique roi. Quelquechose dedans la fascinait, et les derniers mots lui restaient en tête: « qu'ils se retrouvent ligotés et prostrés à mes pieds. ». Ces mots l'obnubilaient, et elle se surprit à penser « Les veinards », avant de se reprendre mentalement, légèrement honteuse.
-Man berührt nicht! lui cria l'un des gardiens du musée.
Jessica sortit de sa rêverie, et se rendit compte qu'elle avait posée sa main sur la stèle. Ce que lui disait le surveillant devait donc être « On ne touche pas! ».
Elle retira ses doigts de la pierre. Le gardien la regarda deux secondes avec un regard mauvais, puis il tourna le dos en ajoutant:
-Fangen Sie nicht wieder an.
C'est-à-dire, « Ne recommence pas ».
Jessica se dirigea vers la pièce voisine, et oublia vite la traduction de la prophétie pendant qu'elle admirait une autre série de fresque.
Elle n'avait pas vu, personne ne l'avait vu d'ailleurs, que sa main avait fait tomber un petit morceau de pierre. C'était un tout petit caillou, à la limite du microscopique, qui fut balayé distraitement avec les poussières le soir même. Il n'altérait en rien l'aspect de la stèle, et si on ne savait pas qu'il manquait un bout, et qu'on n'avait pas de loupe, il était impossible de s'en rendre compte sur cet ouvrage endommagé par le temps.
C'était pourtant assez pour être considéré comme une profanation.

Chapitre 1: Rêve avec une immortelle

La journée s'était achevée sans rien de notable, et les lycéens s'étaient retirés dans l'hôtel où ils passaient leur rapide séjour en Allemagne. Leurs professeurs leur interdisaient les sorties en ville, l'hôtel ne présentait que peu d'animation. La seule chose à faire était de se réunir dans la chambre de l'un des élèves qui avait emporté un ordinateur portable quelques DVD, et d'en regarder un.
Mais la chambre n'était pas assez grande pour laisser entrer plus de quinze personnes, ce qui était déjà pas mal, et c'était donc les premiers arrivés qui pouvaient assister au spectacle.
Jessica ne faisait pas partie de ce groupe de chanceux, et le seul truc qui lui restait donc à faire, c'était de s'enfermer dans sa chambre, qu'elle partageait avec une de ses amies, Mathilde.
Mathilde avait elle aussi 17 ans. Elle était petite, blonde aux cheveux mi-courts, avec les yeux bleus. Elle aussi avait le don de faire fantasmer un bon nombre des garçons du lycée, et même quelques filles.
Après avoir discuté à propos de la journée, du musée, de l'hôtel, du pique-nique de midi, et de tout ce qu'elles trouvaient, elles finirent pas décider qu'il faudrait aller dormir pour pouvoir tenir le rythme de la journée du lendemain. De toute façon, elles n'avaient rien d'autre à faire.
Elles revêtirent leurs pyjamas. Mathilde en avait un orange, constitué d'un short court et d'un haut avec des manches courtes. Celui de Jessica était fait d'un pantalon léger bleu, et d'un débardeur blanc. Elles s'allongèrent dans leur lit, et Jessica s'endormit avec une rapidité des plus surprenantes. Surtout qu'elle pétait la forme deux minutes plus tôt.

Jessica se réveilla en sursaut, quand une main se plaqua contre sa bouche. Elle n'eut pas le temps de faire le moindre mouvement, avant qu'une autre main saisisse ses poignets et les maintienne ensemble.
Elle se débattit et hurla de toute ses forces, mais son agresseur restait totalement inflexible. C'était un peu comme si elle avait eut les poignets et les lèvres coulés dans du béton. Elle envoya un coup de pied devant elle, à l'endroit où devait se trouver son assaillant, mais il se perdit dans le vide. La belle lycéenne continua pendant un quart-d'heure avec toute la puissance dont elle pouvait faire preuve, puis finalement elle se fatigua et s'arrêta.
L'immobilité de la jeune fille était quasi-totale, seule sa poitrine bougeait sous l'effort de sa respiration. Quand à son attaquant, il ne bougeait guère plus qu'un chaton qui venait d'être passé dans un mixeur. Ceci continua pendant un petit moment, pendant lequel Jessica s'étonna elle-même. Malgré sa surprise et sa peur, elle se rendit compte à quel point les mains qui la tenaient étaient douces, et qu'au fond d'elle, elle aimait un petit peu ça. Pas assez cependant pour lui faire oublier le danger.
Au bout de quelques instants, son assaillant décida enfin à faire un mouvement. Il ne lâcha pas prise, mais Jessica sentit qu'il approchait son visage de l'oreille de sa prisonnière.
Une voix féminine très douce commença à susurrer à son oreille:
-T'es tu calmée maintenant?
Jessica hocha la tête, toujours bâillonnée par la main. Son agresseuse continua:
-Très bien. Calme-toi. Je ne suis ici ni pour te tuer, te violer, te violenter, ou quoique ce soit de cet acabit. Mais si tu te débats trop, je serais obligée de sévir. Maintenant, je vais retirer ma main, tu peux hurler autant que tu voudras, ici, il n'y auras personne pour t'entendre. Pas même ta chère copine Mathilde. Ça t'étonnes que je connaisse son nom? Tu le seras moins que tu connaîtras mon identité.
Sur ce, l'attaquante retira sa paume des lèvres de la belle lycéenne. Celle-ci commença d'abord par pousser un hurlement, qui se mua en une phrase articulée ressemblant à:
-Mathilde! Mathilde! Quelqu'un! N'importe-qui dans l'hôtel! Au secours! Je me fait agresser! A l'aide!
Puis, elle recommença à crier, jusqu'à ce que la tête lui tourne. La captive fit une petite pause pour reprendre son souffle, avant de supplier:
-Ne me faîtes pas de mal, s'il-vous-plaît, madame. J'ai un peu d'argent dans ma valise. Je serais coopérante. Mais ne me faîtes rien. Et qu'est-ce que vous avez fait de mon amie?
Malgré l'obscurité, Jessica devina que celle qui lui tenait les mains souriait. Son assaillante lui répondit:
-Si, comme tu viens de le promettre, tu te montres sage et que tu me facilites la tache, tu n'as pas de soucis à te faire. Ton argent ne m'intéresse pas. Et ne t'en fais pas pour ta Mathilde, elle n'est pas avec nous. D'ailleurs, personne d'autre n'est là. Maintenant que tu es un peu moins remuante, je vais te faire comprendre pourquoi tu es dans cette situation. Mais avant, que la Lumière soit!
Et la lumière apparut comme par magie.

Le physique de son agresseuse laissa Jessica sans voix. C'était une femme arabe, avec de longs cheveux ondulés noirs. Il ne servirait à rien de décrire l'indescriptible, mais essayez d'imaginer la beauté incarnée sous forme féminine. Elle était très légèrement vêtue, avec seulement quelques bandes de tissus pour recouvrir ses parties hautement intimes.
Bien qu'étant totalement hétérosexuelle, Jessica était tellement subjuguée par la beauté de cette dame qu'elle en était presque amoureuse. Elle semblait avoir perdu tous ses moyens, et elle se laissa totalement faire. La lycéenne ne se débattit pas lorsque la magnifique créature lui lâcha les poignets. Elle coopéra tandis que la femme les lui attachait dans le dos, avec une corde sortit d'on ne sait où. Elle resta placide pendant que ses coudes étaient ligotés. Et ne bougea pas plus alors que ses chevilles et ses genoux subissaient le même sort. Qu'importe si les liens et les nœuds étaient bien serrés.
Si Jessica avait su qu'un jour une femme lui sauterait dessus pendant qu'elle était dans son lit pour l'attacher fermement, elle aurait penser qu'elle ressentirait de la peur, de la panique, et de la colère. Au contraire, avec cette « partenaire », les choses étaient totalement différentes. Elle avait, malgré elle, du plaisir. Beaucoup de plaisir. Elle savait que c'était dû au physique de sa ligoteuse, mais elle le savait aussi que le ligotage amplifiait encore plus cette sensation. C'était comme si un vide qu'il y avait jusque là dans son cœur venait d'être comblé.

La magnifique attaquante mit fin à la transe dans laquelle Jessica était plongée, en claquant des doigts et en désignant l'espace autour d'elles de la main.
La lycéenne se rendit alors compte d'un détail de taille qui lui avait échappé alors qu'elle était sous le charme. Autour d'elles, il n'y avait rien! C'est-à-dire, qu'il y avait la femme, Jessica, le lit sur lequel elle était, et les cordes. Tout le reste n'était pas plongé dans le noir. Tout le reste n'existait pas!
-Excusez-moi. Mais vous pouvez m'expliquer ce qui se passe? demanda la ligotée, qui recommençait à avoir un peu peur.
-Bien sûr. Mais avant toute chose, si tu veux comprendre, il faut que tu me connaisses. Je suis Ishtar, ancienne déesse de la Guerre et de l'Amour, et protectrice de la stèle d'Assarhaddon.

Chapitre 2: La seconde partie du rêve

-Je vais tout t'expliquer. Lors de la période que tes contemporains appellent le « VII° siècle avant Jésus-Christ », en -680 Assarhaddon venait d'être intronisé roi d'Assyrie. Suite à toute une série de crises politiques créées par son père, plusieurs régions de l'empire se soulevèrent. Il dut pacifier Babylone, envahir Sydon, et soumettre Tyr. Il mena des expéditions contre le nord de l'Iran autour du mont Bikni, mais dût abandonner cette région et aux Scythes et aux Cimmériens, et maria sa fille à leur roi pour éviter que la situation n'empire.
» Sa plus grande campagne fut celle d'Égypte. En effet, parmi les régions rebelles, se trouvait la Palestine. Le Pharaon Taharqua leur envoya du soutien. Une fois que toutes les régions remises dans le contrôle de l'empire Assyrien, par force ou par offrande, Assarhaddon décida qu'il était temps de punir l'Égypte.
» Les armées du Pharaon et du Iššiakku s'affrontèrent. En -671 avant Jésus-Christ, les Assyriens furent vainqueurs, prirent Memphis, et la pillèrent. Assarhaddon fit sculpter la stèle que tu as vue au musée Pergam, afin de commémorer sa victoire. Il faut que te saches qu'à l'époque, le roi d'Assyrie devenait également le grand prêtre du dieu Assur. D'ailleurs, « Iššiakku » signifie « vicaire », donc le simple exécutant de sa volonté. Le dieu Assur avait donc un lien avec la ligné des Sargonide, la lignée royale. Et Assur était également au sommet du panthéon. Lorsque la stèle fut dressée, il m'ordonna de réellement la protéger contre les profanateurs, et de les amener ligotés aux pieds d'Assarhaddon.
» Les soldats retournèrent dans leur pays, et aussitôt une révolte débuta et Taharqua repris son trône. En -669, l'Assyrie renvoya son armée, guidée par son roi. Mais celui-ci mourut en route. Pour information, son successeur fut son fils Assurbanipal. Mais cela ne nous concerne pas. Ce qui est important, fut qu'Assur décida que je devais continuer de veiller à ce que la malédiction s'applique, même après la mort du souverain.

Ishtar fit une pause. Puis reprit:
-Tu ne l'as pas remarqué, mais au musée, lorsque tu as touchée la pierre, tu en as arraché un minuscule fragment. L'esprit d'Assarhaddon a considéré cela comme une profanation. C'est pour cela que je dois veille à ce que la sanction s'applique. Je dois t'amener ligotée et prostrée aux pieds du monarque.
-Et qu'est-ce qui va se passer après? demanda Jessica, anxieuse
-Ça, ça ne sera pas à moi, mais à lui qu'il faudra demander, ma grande. Ouvre la bouche.
La prisonnière ne voulait pas, mais désobéir à une déesse était un risque trop élevé pour qu'elle le prenne. Elle obéit à l'ordre. Ishtar enfonça un foulard, avec un très gros nœud au milieu, entre ses lèvres. Puis rien ne se passa pendant un petit moment, avant que le boule se mouille, puis que la salive se mit à couler le long du menton de Jessica sans qu'elle puisse la retenir.
-C'est pour la partie de la malédiction qui dit « prostrés à mes pieds ». Pour que tu sois prostrée, il faut que tu sois un peu humiliée. Avoue que ça ne va pas trop loin, je te force juste à baver.
Puis la déesse pris sa captive dans ses bras, la soulevant aussi facilement qu'une coquille de noix. Elle se redressa, raffermit son emprise quand elle sentit la belle lycéenne commencer de se débattre, puis commença à se secouer.
Jessica roula des yeux quand elle vit l'attribut divin d'Ishtar apparaître. Une paire d'aile poussa sur le dos de la déesse. Cette-dernière prit son envol, emmenant avec elle sa captive paniquée.

Jessica se réveilla en sursaut. Elle était contente de retrouver son lit dans la chambre d'hôtel. Elle était rassurée en voyant qu'elle n'avait pas été kidnappée par une déesse païenne qui allait l'emmener voir un monarque furieux dans l'autre monde. Puis elle se rendit compte d'une chose: même réveillée, elle était encore ligotée et bâillonnée!
Elle tira sur les écharpes et tenta de crier à travers les foulards qui la bâillonnaient. Mathilde arriva, toujours vêtue de son pyjama. Avec un calme étonnant, elle s'assit sur le lit à côté de son amie. Elle la serra dans ses bras, et commença à la caresser doucement, en lui murmurant:
-C'est bon, tout va bien. C'est moi qui t'ai fait ça pendant que tu dormais. Arrête de crier ou on risque d'avoir des ennuis.
Jessica arrêta. Puis elle émit un grognement interrogateur.
-Ah, tu veux savoir pourquoi t'es attachée? déduit Mathilde. Et bien, c'est très simple. Le ballon d'eau chaude de notre salle de bain est tout petit, et hier tu l'as vidé! Alors, je t'ai ligotée pendant que tu dormais pour deux raisons. Pour être sûre que je puisse me laver avec de l'eau chaude cette fois, et pour te punir. Maintenant, excuse-moi mais je dois aller me doucher. Ne fait pas trop de bruit.
La petite blonde laissa la grande brune dans son bondage. Jessica était en fait soulagée. Pendant une seconde, elle avait cru que son cauchemar continuait dans la réalité.
Elle examina comment elle était bondagée. Sa copine avait noués des foulards à ses chevilles, à ses poignets, et au-dessus et en-dessous des coudes et des genoux. Et les nœuds étaient bien faits.
Jessica savait qu'elle pourrait se libérer, mais pas avant que Mathilde n'ai finie sa douche. Elle décida donc de profiter de sa situation. Ceci lui paraissait étrange à elle-même, mais elle savait que son rêve de cette nuit lui avait donné quelques goûts au fait d'être ligotée. Et le soulagement qu'elle venait de ressentir la confortait. Elle se détendit donc, et attendit que Mathilde quitte la salle de bain.
Quand l'autre lycéenne en sortit, elle portait uniquement une culotte et un soutien-gorge noirs. Elle s'approcha de la captive, lui ôta les deux foulards qu'elle avait dans la bouche, et lui demanda:
-Tu ne m'en veux pas, hein?
-Ça va te surprendre, mais non. Je sais pas pourquoi, mais je ne suis pas dérangée. Mais je te conseille fortement de ne pas le faire trop souvent. Maintenant, détache-moi si tu veux que je me lave assez vite pour qu'il reste quelquechose à manger en bas.

Le programme de la matinée était simple. Le groupe de lycéens français visitaient le musée de la Shoah. Pour ceux qui ne le connaisse pas, ce musée de Berlin se trouve sous une place. Cette place est recouverte de grands rectangles de pierre, et plus l'on s'approche du centre, plus les rectangles sont hauts, plus le sol s'affaisse. A peine a-t'on parcouru la moitié de la distance que le visiteur à l'impression d'être perdu dans le labyrinthe de tombes hautes comme lui-même, celles des Juifs morts sous le régime nazi.
Le musée en lui-même est littéralement enterré, et volontairement mal éclairé. Si la première salle, qui raconte le déroulement de la guerre, est touchée par la lumière du Soleil, les autres ne sont éclairées que par quelques faibles lampes. Le visiteur est donc confronté à une impression de néant, tandis qu'il découvre l'histoire des camps, le nombre de Juifs morts pas pays, et les témoignages des Juifs, Tziganes, homosexuels et résistants y ayant sombré dans le néant. Le plus horrible étant une lettre d'une fille de 12 ans envoyée à son père avant sa mort.
Tout le monde avait la gorge serrée quand ils en ressortirent. Ils mangèrent leurs piques-niques pour pouvoir continuer la journée, mais l'appétit n'y était pas.
Après cette visite, Jessica sentit le besoin d'être seule. Elle s'éloigna du groupe, et s'exila au milieu des immenses rectangles de pierre. Elle s'assit en s'adossant à l'un deux. Malgré le peu de nourriture qu'elle put avaler, elle sentit le besoin de faire une sieste digestive. Ce besoin ne venait pas de son organisme, mais de quelquechose de beaucoup plu puissant.
Elle n'essaya pas de lutter, et se laissa emportée par le sommeil, ayant une vague idée de ce qui l'y attendait.


Chapitre 3: La descente aux Enfers

Jessica se réveilla difficilement. Mais les dernières brumes du sommeil quand elle se rendit compte de sa situation. Elle était de nouveau ligotée, elle avait de nouveau son bâillon qui la faisait baver, et elle était encore dans les bras d'Ishtar.
-Tiens, tu es réveillée? constata la déesse. Enfin, tu es plutôt endormie. C'est assez complexe, je vais t'expliquer pourquoi tu te retrouveras comme ça à chaque fois que tu rêveras.
» Déjà, il faut que tu saches un truc fondamental: les dieux n'existent pas! Alors, c'est vrai que croire ça alors que tu es dans mes bras peut te sembler dur, mais ne t'en fais pas, tu vas tout comprendre.
» Nous autres dieux ne sommes pas les créateurs, mais les créatures. L'Univers à été formé lors de ce que vos scientifiques appellent le Big Bang, et la Théorie de l'Évolution est exacte. Et les humains sont apparus avant nous. Une autre chose à laquelle l'Univers entier, animaux, humains, dieux, et matières inanimées, est soumise, c'est la loi de conservation des masses. Et c'est là que ça devient intéressant.
» Les sentiments et les croyances humaines s'échappent et se mélangent. Un illuminé qui croit tout seul à un dieu qu'il vient d'inventer n'aura aucun poids, mais un peuple entier tourné vers une même croyance génère une charge émotionnelle assez importante pour créer une divinité. Ce fut le cas pour mon panthéon, vénéré par plusieurs civilisations pendant plusieurs siècles.
» Ce sont vos croyances qui créent les dieux et les démons, et non l'inverse. Nous sommes donc littéralement fait de la même matière que les rêves.
» C'est pour ça que je ne peux accomplir la malédiction que durant ton sommeil. Du fait de notre nature, nous ne pouvons pas intervenir directement dans le monde matériel. Cependant, tu as vu que je t'ai endormie. Je n'y suis arrivé qu'à cause de la tristesse et du dégout intense que tu as ressenti en sortant du musée de la Shoah. Seule une grosse émotion permet d'agir directement sur les mortels.

Maintenant qu'Ishtar venait de finir son exposé, elle se tut, et continua son vol sans accorder plus d'attention que nécessaire à sa prisonnière. C'est-à-dire juste ce qu'il faut pour qu'elle ne tombe pas de ses bras.
Jessica, elle, passait le temps en examinant le paysage. C'était une sorte de gigantesque caverne souterraine. Elle était extrêmement haute, vaste, large, et longue. Ishtar volait très haut, elle touchait presque le plafond. Ce qui rendait l'identification de ce qu'il y avait en bas plus difficile à Jessica. Elle parvenait seulement à distinguer des silhouettes légèrement transparentes, qui se promenaient sur de la fange, ou se baignaient dans des rivières boueuses. La seule chose qui rompait la monotonie de ce paysage était un bâtiment. C'était un palais construit en lapis-lazuli.
-On va éviter de passer par ici, déclara Ishtar. C'est le palais d'Ereshkigal, la déesse des Enfers, et de son mari Nergal. Je ne les aime pas trop, et eux non plus ne m'aiment pas. Il m'ont déjà tuée une fois, mais en raison de ma fonction, ont été obligés de me laisser sortir des Enfers en échange de l'âme de mon époux Dumuzi.
» Attends, je viens de penser à quelquechose d'important. Tu es bien baptisée selon le rite catholique, n'est-ce pas? Que tu ne sois pas pratiquante, voir que tu n'y crois pas, n'est pas important.
Jessica hocha la tête, même si effectivement elle ne croyait pas en Dieu.
-Tant mieux. Il faut que tu saches que dans notre religion, on ne peut pas sortir des Enfers. La seule qui ai eu ce droit, c'est moi. Les morts les mieux enterrés et étant morts dans des circonstances dignes peuvent séjourner rapidement sur terre au mois d'Abu, ce qui correspond à juillet-août du calendrier grégorien. Mais c'est un séjour temporaire.
» Je te posais la question de savoir si tu es as reçu le baptême uniquement pour que tu puisses sortir en prouvant que tu ne fais pas partie de notre religion. Normalement, seuls ceux qui en font partis peuvent venir ici. Donc les démons qui gardent les Sept Portes des Enfers pourraient croire que tu es l'une de nos fidèles, et refuser de te laisser partir. Mais bon, ils sentiront que tu n'es pas des nôtres et te laisseront passer. Enfin, si Assarhaddon décide de te laisser partir.
» Tiens! En parlant du loup! Je l'aperçois là!

Ishtar commença gracieusement sa descente, et se posa avec délicatesse sur le sol fangeux. Elle laissa Jessica tomber sans ménagement au sol. Puis partit en marchant vers un spectre qui se déplaçait non loin de là.
Profitant de l'éloignement de la déesse, la belle lycéenne commença à se débattre contre ses cordes. Celles-ci étaient bien serrées, et il était absolument impossible de se délivrer. Malgré ça, elle essaya, elle se débattit, elle se roulait contre le sol en espérant trouver un objet tranchant.
La prisonnière continua ce manège pendant plusieurs longues minutes. Le seul résultat fit qu'elle était épuisée, boueuse, et qu'elle continuait de baver. Et toujours ligotée.
Une immense silhouette se pencha au-dessus d'elle. C'était le roi assyrien Assarhaddon.

Chapitre 4: Dialogue avec un défunt

Le roi mesurait effectivement deux mètres quinze de haut. Mais ce n'était pas ça qui le rendait impressionnant, bien que cela y contribuait. Ni sa prestance royale, son visage sévère, ou sa longue barbe. Ni les lourdes robes de cérémonie ou tous les colifichets de hautes factures. Ni même sa position de dominant par rapport à la jeune fille ligotée. Ce qui rendait Assarhaddon si intimidant, et particulièrement aux yeux de Jessica, c'était tout simplement parcequ'il était réduit à l'état de fantôme.

Dans cette religion, les morts, peu importe le rang qu'ils aient eu de leurs vivants, devenaient tous des spectres. La seule exception concernant les femmes mortes sans avoir accouchée ou décédées en couche, qui se transformaient en démons.
Par la suite, il y avait plusieurs possibilités. Si le défunt n'était pas enterré, ou qu'il était mort en trahissant son roi et/ou les dieux, son âme errait éternellement sur Terre.
S'il était enterré et qu'il était mort dans des circonstances dignes, son âme restait aux Enfers, et n'en sortait que si un sorcier de cette religion l'invoquait. Par sorcier, il faut comprendre certains prêtres ayant un rang spécial. Une fois revenu dans le monde des vivants, l'esprit se contentait de faire une apparition à un vivant pour discuter avec lui. Mais de temps en temps, certains sorciers les utilisaient de manière agressive, et forçaient l'âme à posséder un autre être humain.
Si non seulement le trépassé était mort dans sans trahir qui que ce soit, et qu'il était enterré dans un caveau avec certaines de ses possession personnelles, il avait alors plusieurs privilèges. Il pouvait revenir sur Terre au mois d'Abu, qui se situe sur les mois de Juillet et d'Août. Il pouvait discuter avec sa famille durant leur sommeil, et il pouvait même tenter d'infléchir sur les évènements réels.
Dans tous les cas, il était forcé à passer son séjour dans le monde souterrain à manger et boire de la boue, et surtout s'ennuyer pour le reste de l'éternité. Et il finissait aussi à l'état de spectre. Et c'est donc pour cela qu'Assarhaddon apparaissait à Jessica en état de fantôme.

Une fois ce petit encart informatif (destiné à camoufler la rétention d'intelligence de l'auteur) passé, nous pouvons en revenir à notre histoire.
Assarhaddon était donc en train de surplomber, de toute sa hauteur, la lycéenne ligotée à ses pieds. Cette-dernière arrêta de se débattre, et fixa le monarque avec une regard chargé d'appréhension.
Le roi s'assit à côté d'elle. Il lui attrapa les épaules, et la força à se redresser, pour qu'elle se retrouve assise.
-C'est donc toi qui a endommagé ma stèle, commença l'Iššiakku.
Jessica hocha la tête. De toute façon, si elle avait tenter de nier, la déesse Ishtar serait sans doute intervenu pour rétablir la vérité.
-Tu sais que je l'ai faite sculpter pour célébrer une victoire contre l'un des empires les plus puissants du Monde de cette époque? Qu'elle a tenue pendant des siècles ; même si elle a été finalement brisée par le Temps. Puis que quand les archéologues l'ont redécouverte, ils ont cherché chacun des fragments les plus infimes, puis l'ont reconstituée minutieusement bloc par bloc, jusqu'à lui rendre son éclat?
La prisonnière hocha de nouveau la tête. Elle commençait à sérieusement transpirer d'angoisse.
-Tous ça pour qu'une habitante d'un pays, minuscule par rapport à la taille de mon empire, vienne mettre ses sales pattes dessus pour en arracher un morceau. De mon vivant, profaner volontairement cette œuvre-d'art t'aurait valu une peine minimum de plusieurs années de prison. Ici, ce sont les Enfers eux-mêmes la prison.
La phrase était péremptoire, et n'appelait pas de réponse. Dire que la lycéenne était devenue très pale, et que d'énormes cernes s'étaient formées sous ses yeux serait un euphémisme. Si vous voulez avoir une idée de ce à quoi elle ressemblait, imaginez un panda.
Le monarque continua son dialogue à sens unique.
-Tu remarqueras qu'au passage, je connais parfaitement ce qui est arrivé à ma stèle, durant ses deux -mille-sept-cents ans d'existence. Mais ce n'est pas tout, je me tiens également informé de tous ce qui se passe sur cette planète. Chaque été, j'ai le droit de rejoindre le monde des vivants. Alors j'en profite.
» Parfois, je vais même jusqu'à réfléchir sur des questions d'actualité. Je peux te citer un exemple. Des sangliers sont morts sur les plages de Bretagne. Tous le monde sais ce qui les a tué. Ce sont les algues vertes. Mais il faut plutôt se poser les vraies questions. Par exemple, qu'est-ce qu'ils venaient faire sur les plages? Ils n'avaient pas de maillots de bain, c'est peut-être un indice.
Prise de court, et soulagée qu'Assarhaddon semblait songer à autre chose qu'à la punir, Jessica laissa échapper un rire à travers son bâillon. Lorsqu'elle s'interrompit, le roi reprit.
-Regarde-toi. Tu es sale, tu es attachée, tu t'es humiliée en te roulant toi-même dans la boue, et tu ne peux pas t'empêcher de saliver. Finalement, je crois que la sentence « ligotés et prostrés à mes pieds » est accomplie.
Le fantôme se pencha, et débâillonna son interlocutrice. Celle-ci était contente de pouvoir ravaler sa bave.
-Donc, je peux partir maintenant, euh, Majesté?
-Pas forcément c'est toi qui décideras. Certes, la malédiction est accomplie, mais il convient quand même que tu sois punie. Comme tu n'as pas arraché un fragment de mon bas-relief en le faisant exprès, j'ai décidé que tu choisiras toi-même ton châtiment parmi ceux que je te proposerais.
» Numéro un. Tu vas resté ici avec moi pendant quelques temps, histoire de me rendre quelques menus services. Et en lus, je te donne ce joli piercing à lèvre. C'est bien ainsi que vous nommez ce genre de bijoux?
-Ce bijou, comme vous l'appelez, ce n'est pas un anneau comme ceux que votre peuple mettait aux lèvres des esclaves? demanda la lycéenne. Comment ça « oui »? Bien sûr que ça me gêne! Ça veut dire que je resterais ici pour l'éternité!
-Alors, que penses-tu de la deuxième tâche que je te propose? Retrouve mes descendants, et aide-les à reconstituer mon Empire. Et je te préviens, je n'ai absolument aucune idée de ce qu'est devenue ma famille. Et après les conquêtes de mon fils Assurbanipal, l'Assyrie s'étendait le long du Nil, sur la côte Est de la Méditerranée, et entre tous les grands fleuves du Moyen-Orient. De plus, tous le Nord de la péninsule arabique, les zones désertiques du Proche-Orient, nous étaient tributaires. Ainsi certains pays d'Ourartou, ou de l'actuelle Turquie si tu préfères.
-Mais c'est irréalisable tous ça! Comme je vais faire? Forcer tous les êtres humains du Monde à faire un test ADN, pour les comparer avec des ossements vieux de presque trois millénaires? Puis je vais aller gentiment demander aux dictateurs et aux gouvernements révolutionnaires qui vivent là-bas de laisser les rennes de leurs pays au nom d'un roi qui a régné moins de vingt ans à une époque définitivement révolue. Et puis, même si j'y arrive, comment je fais après pour aider votre famille à conserver l'ordre là-bas? Je suis sûre que l'Iran ne voudra pas cohabiter avec Israël. Et pour gérer les problèmes avec les Talibans?
» Donc si j'ai bien compris, j'ai le choix entre l'esclavage éternel, et un travail absolument impossible à réaliser dans lequel je laisserai sûrement ma vie. Avoir arraché un petit cailloux à une sculpture, c'est si important que ça pour vous, pour que vous me forciez à choisir entre ça?
-Baisse d'un ton, je te te rebâillonne, répondit calmement Assarhaddon. J'ai une troisième proposition. A mon avis, celle-là te plaira plus, et sera plus facile à réaliser...

-Jessica! Réveille-toi!
Mathilde secouait son amie pour la tirer du sommeil. Cette-dernière ouvrit les yeux, et mit un moment avant de se souvenir pourquoi elle était entourée de grands rectangles de pierre.
-Ça ne se fait pas de dormir au milieu du mémorial de la Shoah. Ça représente quand même les victimes de la barbarie humaine des heures les plus sombres de l'Histoire!
-Désolée, bafouilla Jessica. J'ai été pris d'un gros coup de barre. Je me suis endormie d'un coup.
-Tu n'as pas une petite idée de ce qui t'es arrivé, pour que tu t'endormes d'un coup.
-Si. Mais tu ne me croirais pas si je te le racontais.
Sa copine n'insista pas. Elle emmena plutôt la lycéenne dans un café situé à vingt mètres. La blonde se dépatouilla avec un mélange anglais-français-allemand pour demander à une serveuse un café noir sucrée dans le plus grand gobelet en carton qu'ils avaient, pour l'offrir à Jessica. Le but étant d'éviter qu'elle ne se rendorme.
Pendant que la serveuse préparait la commande, Mathilde fit remarquer:
-Pendant que tu dormais, un pickpocket est peut-être passé par là. Tu devrais vérifier qu'il ne manque rien dans tes poches.
Jessica fouilla, et fut soulagée de découvrir qu'elle avait toujours son porte-monnaie, son portable, et son appareil photo. Elle fut plus surprise de sentir quelquechose de dur recouvert de papier dans ses poches.
Elle sortit l'objet, et enleva l'emballage. C'était un tout petit bout de granit. Sur le papier, ce petit mot suivait. Il était écrit en caractères cunéiformes, mais, étrangement, la lycéenne le comprenait parfaitement.
Tu as accepté ma troisième proposition. Ce caillou est le fragment de ma stèle que tu as fait tomber. Tu devras te rendre au musée Pergam pour la recoller, comme tu as accepté. Et n'oublie pas, si tu ne le fais pas d'ici une semaine, tu devras me servir d'esclave aux Enfers pour l'éternité.
Signé: Assarhaddon.
PS: j'ai demandé à Ishtar de t'aider. Elle n'interviendra pas, mais elle pourra te donner des conseils. Il suffira que tu l'implores mentalement, et que tu ne la déranges pas trop souvent.


Chapitre 5: Le calme avant la tempête

Le moins que l'on puisse dire, c'était que Jessica était préoccupée.
Ou bien elle finirait aux Enfers à servir d'esclave à Assarhaddon. Ou elle allait devoir s'infiltrer dans un musée qui contenait des trésors qui dataient du début de l'Histoire, et réussir à réparer la stèle. Du fait de leur valeur, les gardiens seraient sans doute armés. La lycéenne se demandait si ils tireraient, et si oui, s'ils le feraient pour la tuer. L'esclavage éternel ou une mort douloureuse. C'était donc le choix de Jessica si elle échouait.
Assarhaddon était un Sargonide. La lycéenne avait vaguement entendue parler de la réputation de cette famille. Ils étaient connus comme étant des rois intelligents et cruels. Elle comprenait maintenant sur quoi cette renommée reposait.

Elle espéra que le reste de l'après-midi, consacré à la visite de Berlin, la distrairait. Raté.
Les guides ne brillèrent pas par leurs présences. Le groupe de lycéens français en avait trois. Le premier avait autant de charisme qu'une biscotte sans sel, le deuxième qu'une huitre avariée, et le troisième qu'un radicelle de radis.
La ville en elle-même faisait encore pire. Non seulement elle ne distrayait pas Jessica, mais pire, elle lui faisait ressentir encore plus son angoisse.
Premier monument visité fut mémorial aux individus morts en tentant de franchir le mur de Berlin. Jessica aurait bien aimé ne pas avoir à penser à la mort.
La Porte de Brandebourg et l'avenue des ambassades aurait pu faire oublier ses déboires à Jessica. C'était sans compter sur l'intervention de la branche allemande de Greenpeace. Les militants firent retentir une sirène, et s'écroulèrent tous comme s'ils étaient morts. Le but était de lutter contre le nucléaire en frappant les esprits. Le résultat fut que la lycéenne se voyait très à leur place, mais en tant que vrai cadavre.
Malgré la pelouse remplies de promeneurs, le parc non loin, et les beaux bâtiments à proximité, le Reichstag restait un grand lieu de rassemblement nazi, et maintenant de temps-en-temps néo-nazi, capturé lors de la Prise de Berlin, et incendié plus tard. Il avait donc une histoire assez sinistre.
Plus tard, ils s'approchèrent de l'ancien checkpoint Charlie. A côté, des boutiques vendaient des souvenirs. Certains d'entre-eux étaient des répliques des uniformes de l'Armée Rouge. Personne n'avait songé à prévenir les Chinois qui les avaient fabriquées que l'Armée Rouge n'avait pas inclues des menottes en fourrure à leur habillement. Elles refirent penser la lycéenne maudite à son ligotage nocturne, et donc à toute son aventure.
La tour de Radio Free Europe lui paraissait exagérément pointu, et présentait une certaine ressemblance avec les lances assyrienne qui étaient exposées au musée Pergam.
Encore plus tard, ce fut un passage par la Karl-Marx-Allee. Bien qu'étant partiellement en rénovation et en cours de peinture, une partie de la fameuse rue était encore identique à ce qu'elle était sous la RDA. L'impression d'avoir affaire à des très grands tombeaux rappela à la victime de la malédiction sa descente aux Enfers.
Même simplement se promener dans la rue torturait la jeune fille. Ils passèrent devant trois kebabs, tenus pas des arabes. En Allemagne, l'immigration était surtout d'origine Turque. Jessica le savait. Et elle savait aussi, comme le lui avait dit Assarhaddon, que certains bouts de la Turquie étaient tributaires de l'Assyrie. Ce qui la ramenait de nouveau à ses sinistres réflexions.
Ce fut aussi le cas lorsque le groupe longea un mur recouvert d'affiches pour un musée, qui montraient un masque mortuaire de pharaon. Et lorsqu'ils passèrent devant une pub d'une agence de voyage proposant des séjours vers le Moyen-Orient. Et même lorsqu'ils durent attendre un bus en face d'une église, ce qui rappela à la lycéenne Ishtar.

Plus tard, dans le réfectoire de l'hôtel. Jessica était attablée en face de Mathilde. Le brouhaha des conversations ambiantes couvraient leur discussion:
-Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas? demanda la blonde à son amie
-Qu'est-ce qui te fait croire que ça ne va pas? Répondit la brune
-Ça se lit sur ton visage. Tu as des rides d'anxiété. Par moment, tu en as tellement que tu ressembles à un gorille lyophilisé.
-On va éviter d'en parler ici si tu veux bien. On continuera dans notre chambre.

Dans la chambre, Jessica tint parole, et raconta tout à Mathilde. De la profanation accidentelle, jusqu'à son obligation de la réparer, sans oublier le ligotage et sa visite dans l'outre-monde. Mathilde aurait rigolé si elle n'avait pas compris que Jessica était sérieuse lorsqu'elle parlait de s'introduire dans le musée Pergam.
-Écoute, je pense que tu ne devrais pas prendre ces risques pour obéir à un ordre que tu as entendu en rêve.
-Et ça, c'est un rêve peut-être? répliqua la brune en sortant le morceau de granit et la message de sa poche.
-Admettons. Tu as un caillou et un papier avec des signes bizarres dessus. Et alors? Ça ne veut rien dire. Tu as pensé aux conséquences? Les gardiens doivent être armés, et la police le sera à coup sûr.
-Merci, j'y avais pensé. Pas la peine de me stresser.
-Et puis, il y a peu de chance que tu te fasses tuer, mais beaucoup pour que tu te fasses prendre. Tu veux avoir des problèmes avec la Polizei? Et puis, supposons que tu entres et que tu ressortes sans problème, tu laisseras forcément des traces. Comme tu le sais, demain nous partons pour Prague, la capitale de la République Tchèque. Tu imagines s'ils te retrouvent? Tu aurais des problèmes avec les autorités françaises, allemandes, et tchèques! A ce stade, je me demande même si Interpole ne serait pas impliquée aussi!
-Là, tu viens de mettre le doigt sur le problème. Nous partons demain, et je n'ai qu'une semaine pour remettre le caillou, ou devenir éternellement l'esclave d'un roi mort il y a deux-mille-six-cents ans. Je vais donc devoir agir ce soir ou jamais.
-Et tu comptes faire comment?
-Je vais devoir rentrer dans le musée, masquée et gantée bien sûr. Pour ça, je vais sans doute être obligée de casser une vitre. Bien sûr ça actionnera l'alarme. Je devrais donc courir pour remettre le caillou en place, et m'enfuir avant l'arrivée des gardiens et de la police. Tout ce que je peux espérer, c'est que le musée ait été tellement fréquenté qu'ils puissent pas retrouver mon ADN, qu'ils ne me rattrapent pas, et que comme je ne volerais rien, qu'ils ne poussent pas trop les recherches.
-Au moins, tu as pensé aux difficultés.
-Je préfère toujours un renvoi potentiel du lycée, et quelques mois de prison, que la servitude éternelle.
-Et comment tu feras, sans aide?
-Je ne suis pas sans aide. Ishtar m'aidera. Enfin, j'espère. Je ne veux pas t'embarquer avec moi dans tous ça.
Mathilde soupira, réfléchis quelques secondes, puis demanda:
-Qui a dit « Dans cette maison, on respecte les lois de la thermodynamique »?
-Einstein? Newton? répondit Jessica, surprise.
-C'est faux. C'est Homer Simpson.
-Je peux connaître le rapport avec mon histoire? s'agaça Jessica.
-Il n'y en a pas. C'est pour te dire que quand tu dis que je ne viendrais pas, c'est que là non plus ça n'a aucun rapport. Je sais que ce que tu m'as raconté n'a aucun sens, et que moi aussi je risque gros. Mais bon, je ne vais pas te laisser affronter ça toute seule. Surtout que je doute beaucoup à l'existence d'Ishtar.
-C'est vrai?! Tu viens? explosa de joie Jessica.
Et elle serra dans ses bras son amie. Elle mit toute ses forces dans ce geste, qui dura, jusqu'à ce que la blonde lui tapote le dos en émettant un gazouillis ressemblant étrangement à « Peux plus respirer ».

La brune desserra son étreinte. Puis elle regarda le visage de sa copine deux secondes, avant d'être prise d'une impulsion. Elle resserra ses bras brusquement pour attirer Mathilde vers elle. Et elle l'embrassa longuement sur la bouche.
Surprise, la bonde voulut pencher le cou en arrière, mais la main de Jessica s'abattit sur sa nuque pour l'en empêcher. Finalement, elle se laissa aller, quand elle comprit qu'elle aimait ça.
La brune interrompit ce fougueux baiser, pour regarder celle qui était plus que son amie. Elles étaient devenues intensément rouges toutes les deux. Jusque là, Jessica s'était dit qu'elle était totalement hétérosexuelle, mais elle venait de comprendre qu'elle se cachait la vérité. D'ailleurs, elle tenta de nouveau de le faire, surprise de sa vrai nature:
-Euh, bafouilla-t'elle, c'était un accident, je voulais t'embrasser sur le joue et...
-Stop. Je t'aurais crue, si tu n'avais pas passer ta main dans mes cheveux pour me retenir, si tu n'avais pas été si longue. Et surtout si tu n'avais pas mit ta langue.
-Désolée, j'ai honte. murmura Jessica
-Honte de quoi? D'être toi-même? Ce n'est pas la peine de le cacher, tu te ferais plus de mal que de bien. Et puisqu'on y est, il y a un truc que je voulais te dire depuis longtemps, mais que je n'osais pas. Je t'aime, Jessica. Je t'aime! Moi aussi je te croyais hétéro, donc je n'osais pas te l'avouer. Mais maintenant...
Elle s'interrompit pour embrasser de nouveau la brune.
-Bien. Nous venons de passer un moment agréable, reprit Mathilde. Mais maintenant, nous avons d'autres chats à fouetter. Je viens avec toi au musée, que tu le veuilles ou non. Et on reparlera de ce qui vient de se passer une fois cette histoire finie. N'est-ce pas, mon amour?
Dernière modification par Bouya2 le 15 oct. 2013, 14:56, modifié 1 fois.

Ishtar

Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par Ishtar »

:bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo: :bravo:
J'adore mais la suite alors????

Lightmoon

Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par Lightmoon »

Ce que je trouve plus particulièrement génial c'est se mélange de super sérieux avec des noms tout droits sortis des placards d'un vieux musée égyptien ET ses petits moments comiques que tu glisses de temps en temps dedans :bravo: :admire: :bravo:
Je suis super fan, tu dis mal écrire ?! je mets au défi ceux qui te disent ça de faire autant :calin:

Je rejoins Ishtar, la suite ? ^^

Bouya2

Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par Bouya2 »

La déesse demande la suite, la voilà ! :D
Au passage, quand je me relis maintenant, je me trouve beaucoup moins bon que ce que je pensais à l'époque.
Ah, et en prime, voici une photo de la stèle, qui existe vraiment, et dont j'ai réellement retranscrit la malédiction !
Image
(En tant qu'auteur de cette photo, je la déclare livre de droits).
Et, je voudrais aussi présenter une anecdote par rapport au chapitre 5. Quand je parle des uniformes soviétiques vendus avec des menottes à froufrou rose, je n'ai rien inventé, je les ai réellement vus à Berlin :lol:
Allez, la suite. Bonne lecture ! :) (Avertissement : chrétiens et musulmans pratiquants, abstenez-vous de lire le chapitre 9)

Chapitre 6: Il faut bien rajouter un peu de sel à l'histoire!

Les gardiens du musée Pergam étaient en train de vaquer à leurs préoccupations de gardiens. C'est-à-dire surveiller les écrans de vidéo-surveillance (pardon « vidéo-protection »), patrouiller dans les couloirs déserts, ou boire assez de litres de café pour réveiller un éléphant sous somnifère.
Les veilleurs de nuit étaient secondés dans leur tâche par l'alarme automatique. Ce réseau de surveillance électrique devait commencer à brailler dés qu'une des œuvres d'art était touchée, ou qu'une vitrine était fracturée. Mais bien sûr, pour ça il fallait que ladite alarme soit alimentée en électricité.

L'entré de l'aile des arts islamiques était calme. Cette aile se situait à l'étage du musée. Au début, elle était constituée de deux longues salles rectangulaires Dans ces salles, il y avait quelques vitrines placées au milieu. Et les murs étaient recouverts des autres vitrines, remplies de babioles de plus ou moins de valeur. Moins quand il s'agissait de fragments de poteries, plus quand c'était un plat ouvragé en or massif.
La face ouest de cette salle comportait toutes les fenêtres. Il était donc impossible de coller des vitrines dessus. On y avait donc posé contre cette face les mihrab dont disposait le musée. Les mihrab sont les petits édifices qui se trouvent à l'intérieur des mosquées, et qui indiquent la direction de La Mecque. Du fait du volume de certains mihrab, quelqu'un d'entraîné pouvait facilement se cacher dans leur ombre, la nuit.
La niche de prière de la mosquée de Kasan faisait parti de cette catégorie de mihrab. En plus, il était situé exactement entre deux fenêtres, la lumière extérieure accentuait encore plus son ombre.

Dans cette pièce que seules les ombres habitaient, un bruit de pas montant les escaliers annonça l'arrivé du gardien.
Armé de sa lampe-torche, il parcourait le musée avec ennuie. Ici, il ne se passait jamais rien. Il aurait préféré dormir plutôt que de devoir surveiller les vieilles babioles.
Son souhait fut exaucé.
Alors qu'il passait à côté du mihrab de Kasan, une femme surgit de l'ombre. Elle bondit sur l'homme. Avant qu'il ne puisse discerner son agresseuse, cette-dernière donna un grand coup dans la lampe-torche, l'envoyant voler au loin. Il ne put que sentir une des mains gantées de l'attaquante lui bloquer les poignets, tandis que l'autre s'abattit sur sa bouche. Il sentit aussi le corps de la femme contre le sien. Il était assez fin, et recouvert d'une combinaison très moulante.
Normalement, il se serait enthousiasmé de sentir une créature, qu'il imaginait assez sexy malgré le noir, frotter son corps contre le sien. Mais là, ladite créature était en train de presser une de ses carotides.
L'intérêt de ces artères est qu'elles conduisent l'oxygène au cerveau. En bloquer une pendant quelques secondes provoque des évanouissements. Prolonger la pression provoque la mort cérébrale. Heureusement pour le gardien, la femme se contenta de l'évanouissement.
Enfin, pas totalement. Une fois le veilleur de nuit inanimé, elle prit un rouleau de scotch transparent qu'elle gardait avec elle.
Elle entoura les poignets de sa victime. Puis les chevilles. Ensuite, un tour au-dessus des genoux. Puis un autre autour du ventre pour maintenir les bras. Et enfin, plusieurs tours autour de la bouche pour bien le bâillonner.
Ensuite, elle le prit à bras le corps, et le traîna jusqu'au bas de l'escalier. Elle continua de le tirer au rez-de-chaussée. Puis dans l'accueil. Elle aboutit à une porte dissimulée das le mur. Elle l'ouvrit, et jeta le ligoté dans le réduit.
Il n'était pas seul. Dedans, il y avait quatre autres hommes. C'étaient les autre veilleurs. Autrement, les autres victimes de la ligoteuse. Tous endormis et sérieusement entravés.
La femme referma la porte à clé.

Normalement, le système de caméras et l'alarme auraient dû détecter tout ceci. Mais l'alimentation électrique avait été coupée par un complice.
La cambrioleuse se dirigea tranquillement jusqu'à la porte de musée. Elle était très facile à ouvrir, surtout parceque la ligoteuse venait de voler les clés aux gardiens.
Deux hommes entrèrent dés que la porte fut ouverte. Ils étaient près à s'emparer de tous ce qu'ils voulaient. L'alarme était débranchée, les veilleurs de nuits ligotés. Et l'un d'eux était armé.

Au bout de la rue, Jessica et Mathilde arrivaient au musée.

Chapitre 7: Vous deviez bien vous douter de ce qui allait se passer?

-Finalement, je me demande si ça ne serais pas plus facile de rétablir l'empire d'Assyrie, prononça Jessica en arrivant devant la porte vitrée du musée.
-Réfléchis, tu veux vraiment avoir à gérer les problèmes de la famille El-Hassad? Répondit Mathilde.
Cette-dernière se repris mentalement immédiatement après: « Je parle comme si ce qu'elle me racontait était vrai! ».
Jessica déclara:
-Là, je vais sans doute devoir casser la vitre. Vu comme que nous sommes couvertes au point de ne laisser que nos yeux de libres, et que le musée est très fréquenté, la police ne devrait jamais retrouver nos traces ADN. Par contre, je pense que tu le sais déjà, en brisant cette vitre, l'alarme se déclenchera. Là, il faudra courir, et vite! Il faut atteindre la stèle d'Assarhaddon, recoller la pierre, et repartir avant de se faire attraper par les gardiens. Peut-être que ça n'ira pas plus loin s'ils voient qu'on ne vole ou vandalise rien.
» Donc, avant d'y aller, Mathilde, je te repose une dernière fois la question: es-tu sûre de vouloir vraiment venir? Parce que je ne veux pas t'embarquer dans tous ça, alors que tu n'as rien à voir. On risque l'expulsion du lycée, des peines de prisons fermes, et une interdiction de séjour sur le territoire allemand.
-Quelle question. Bien sûr, je viens! Après, je te trainerais dans un hôpital psychiatrique pour que te cesses tes délires. Mais en attendant, je ne vais pas te laisser toute seule face à ça, ma chérie. Et pour éviter de déclencher l'alarme, avant de casse la vitre, essaye au moins de pousser la porte.
-Tu crois vraiment que ça va marcher?
-Tente. On n'y perd rien, et au moins on sera fixées.
Jessica posa donc sa main sur l'entrée du musée, appuya. Et surprise! La porte s'ouvrit.
-Au moins, ça sera plus facile que prévu. commenta Mathilde.

Elles franchirent le seuil, et se dirigèrent dans le noir, en se repérant grâce à leur mémoire. Pour atteindre la stèle d'Assardhon, elles devaient monter un escalier, traverser la pièce où étaient distribués les audio-guides, descendre un autre escalier, prendre la première ouverture sur la droite, traverser une salle, passer sous la porte de Milet (une arche qui se trouvait au marché de la cité grecque de Milet, restée intacte depuis l'Antiquité jusqu'à ce qu'une bombe lui tombe dessus en 1945), puis à passer sous la porte d'Ishtar (une reconstitution complétée de quelques véritables mosaïques venant de Babylone), et longer le plus long couloir du musée. La stèle se trouvait presque au bout. En tout, le parcours faisant entre trois-cents et quatre-cents mètres. En courant, et avec de la chance, les filles pouvaient le faire en ressortir en dix minutes.
Le problème, c'est que de la chance, elles n'en auraient pas.

Avant elles, trois voleurs s'étaient introduits dans le bâtiment. La femme qui avait ligotés et enfermés les gardiens. L'homme qui avait coupé le réseau électrique pour éteindre les alarmes et les caméras. Et un deuxième homme, qui était armé d'une kalachnikov et qui supervisait les opérations.
Leur plan était simple. Après s'être débarrassé de toute surveillance, humaine ou électronique, le trio avait prévu de s'emparer de toutes les œuvres d'arts antiques, pas trop volumineuses, qui leurs paraissaient avoir de la valeur. Ils les amèneraient dans une voiture conduite par un quatrième complice. Ils s'enfuiraient de Berlin le plus vite possible. Puis ils revendraient le fruit de leurs rapines à de riches collectionneurs pas trop regardant sur leur provenance, et de préférence vivant loin d'Europe.
Pendant que l'un des hommes et la femme se chargeaient de prendre les objets et de découper les vitrines au diamant, le chef, lui faisait le tour des ouvertures pour vérifier que rien ne viendrait les déranger. Deux jeunes filles qui débarquaient sur les lieux des pillages au moment inopportun lui paraissait être une bonne cause de dérangement.
A l'entrée du musée, il y a des vestiaires. Ce n'est qu'une série de tringles, auxquelles des employés suspendant les manteaux des visiteurs. Et ces employés officiaient derrières des comptoirs.
C'était là que l'homme armé était caché. Il était agenouillé, presque entièrement dissimulés dans l'ombre par ses vêtements noirs, prêt à faire usage de sa mitraillette s'il le fallait. Il regarde Mathilde et Jessica gravir un escalier en courant. Puis il prit un talkie-walkie et murmura, en français, dedans:
-Nous avons un problème. Deux intruses dans le musée. Je répète, deux intruses dans le musée. Autorisation de faire usage de la force. Fin de transmission. Couscous, à vous.
« Couscous » était le nom de code de l'autre homme. Il avait été baptisé ainsi, tout simplement parcequ'il était né en Auvergne.
-Ici, Couscous. Autorisation de changer de nom de code?
-Autorisation refusée. Pour la quatorzième fois.
-Que dois-je faire? Consignes particulières?
-Négatifs. Utilise la procédure standard. Ligote-les. Évite de les tuer si tu peux.
-Bien reçu.
L'homme armé changea la fréquence de son émetteur. Maintenant, il ne voulait plus parler avec Couscous, mais avec la femme qui les accompagnait.
-Nous avons un problème. Deux intruses dans le musée. Je répète, deux intruses dans le musée. Autorisation de faire usage de la force. Fin de transmission. Pitbull de flipper, à vous.
-Tu peux me rappeler pourquoi c'est mon nouveau nom de code, demanda la femme.
-Parceque tu as assommé le serveur qui avait fait une remarque sur ton rouge à lèvre en le catapultant sur le flipper du bar. Hier. Et ne commence pas à pinailler sur ton surnom, c'est Batman qui décide.
Batman, c'était l'homme armé. Il préféra couper court, et expliqua la situation à sa complice.
Puis il changea de fréquence, et s'adressa à son complice qui les attendait dehors, dans la voiture. Il lui raconta à lui aussi la situation.
Voilà. Maintenant, tous le monde était au courant de ce qui allait se passer.

Mathilde et Jessica couraient. Elles ne regardaient que devant elles, pour éviter de percuter un obstacle dans l'obscurité, et surtout pour vérifier que l'un des gardiens du bâtiment ne se trouveraient pas sur leur route.
Il n'y en avait pas. D'ailleurs, leur absence et le fait que la porte était ouverte leur paraissait suspect.
Lorsque Jessica arriva à la salle de la porte de Milet, elle se retourna pour dire à Mathilde:
-C'est bon, on est presque arrivé, la stèle est au bout de ce couloir.
Mais personne ne l'entendit. La fille qui était désormais sa petite amie avait disparue!
S'ensuivit un grand moment de désarroi. La belle lycéenne se demandait si elle devait partir à la recherche de sa compagne, ou bien recoller la pierre d'abord. De toute façon, elle devrait faire les deux. Mais elle ne savait pas par quoi il était préférable de commencer.
Elle n'eut pas à choisir. Une femme la ceintura par derrière, tandis qu'un homme lui plaquait un mouchoir imbibé de chloroforme sur le visage. Elle résista un peu, puis s'endormit.

Quand elle se réveilla, elle eut le plaisir de voir que Mathilde était à côté d'elle. Et le déplaisir de constater leur situation.
Les deux filles portaient une arm-binder, fait en scotch. Leurs chevilles et leurs genoux aussi étaient liés par le ruban adhésif. Et le tape faisait également office de bâillon.
Un homme les observait. Il tenait toujours le rouleau de scotch à la main. Il donna l'ordre à l'un de ses complices. Ce-dernier agrippa Mathilde, la plaqua dos-à-dos avec Jessica. Puis l'individu au rouleau de tape fit le tour des deux jeunes filles, en passant l'adhésif autour d'elles.
Une fois qu'il fut bien sûr qu'elles ne pourraient pas s'enfuir, il s'arrêta.
Il congédia l'autre voleur d'un geste de la main.
Puis il ramassa sa kalachnikov, qu'il avait posé à terre. Il l'arma. Il la souleva. Il regarda dans le viseur. Puis il s'assura qu'il avait bien les têtes de ses deux prisonnières dans l'alignement.
-Das Gut. Wir werden ein wenig diskutieren.
Avant d'ajouter sa traduction en français: « Bien. Nous allons discuter un peu ».

Chapitre 8: L'interrogatoire

-Sprechen Sie fließend französisch? Demanda l'homme armée, alias Batman.
Mathilde et Jessica ne comprenaient pas.
Il ajouta alors mécaniquement la traduction de ce qu'il venait de dire: « Parlez-vous couramment français? »
Les deux otages hochèrent la tête.
-Tant mieux, ça facilitera le dialogue, fit remarquer le cambrioleur. Je poserais des questions simples, et vous répondrez par oui ou par non en hochant la tête. Vous avez compris?
Les deux lycéennes agitèrent la tête de haut en bas pour dire « oui ».
-Bien. Est-ce que vous avez su que nous viendrons voler le musée ce soir?
Hochement négatif.
-Est-ce que vous avez une preuve à m'avancer pour que je vous crois?
Hochement négatif.
-En même temps, ligotées et bâillonnées, vous auriez un peu de mal à me la présenter si vous en aviez.
Très vigoureux hochement positif.
-Est-ce que vous veniez prendre quelquechose de particulier?
Hochement négatif.
-Alors, vous veniez fouiner pour voir si il n'y avait pas quelquechose d'intéressant?
Hochement négatif.
-En même temps, c'est vrai que ça aurait été une démarche un peu amateur, fit remarquer l'interrogateur. Vous étiez venus voler un objet au moins?
Hochement négatif.
-Ou bien piller les fils de cuivre?
Hochement négatif.
-Vous n'étiez pas venus seulement visiter quand même?
Hochement négatif.
-Ça serait plus facile de vous demander ce que vous faites ici si je vous enlevais le scotch que vous avez sur le visage. Vous voulez que je le fasse?
Deuxième et dernier hochement positif de la soirée.
-C'était une question-piège. Je ne le ferais pas. Je vais vous laisser là, et je vais discuter avec les autres de ce qu'on va faire de vous.
Sur ce, le cambrioleur abaissa sa mitraillette, tourna les talons, et sortit de la salle en renfermement les doubles portes derrière lui. Les deux prisonnières entendirent un bruit de cadenas à travers la double porte.

Les deux lycéennes étaient donc ligotées par un arm-binder en scotch, collées l'une-contre-l'autre, les chevilles liées, sévèrement bâillonnées, enfermées à clé dans une pièce noire, à la merci d'un homme armé.
Si Jessica ne savait pas qu'elle risquait de finir coincer dans les Enfers mésopotamiens, elle se serait dit que ça n'aurait pas pu être pire.
Cependant, ce n'était pas pour autant qu'elle voulait rester comme ça. Elle tira un peu sur le scotch qui lui liait les chevilles pour le tester. Il était solide. Elle testa l'adhésif qui formait l'arm-binder. Il était solide. Elle tenta de décoller son bâillon. Il était solide. Finalement, même si ça risquait de gêner Mathilde, elle tira sur le scotch qui passait sous sa poitrine et la reliait à sa petite amie. Il était solide. En résumé, tout les liens étaient bons.
La belle lycéenne avait pendant un instant entretenu l'espoir qu'il y aurait une faiblesse dans la façon dont elle serait ligotée. Elle pensait alors pouvoir se délivrer finement. Mais là, c'était impossible. Elle abandonna donc la subtilité pour se débattre comme une malade mentale.
Elle s'agita pour tenter de se débarrasser de son scotch. Tout ce qu'elle voulait, c'était retrouver un peu de liberté de mouvement.
Elle s'agita, se débattit, tenta de se lever. Par contre, elle ne sentit Mathilde faire aucun effort. Ce qui n'importait pas pour Jessica, qui redoubla de force dans ses mouvements.
Elle tint dix minutes à ce rythme. Finalement, elle arrêta, épuisée. Malgré tout ce qu'elle venait de faire, elle n'était pas libre. C'était extrêmement frustrant. Jessica s'étonna lorsqu'elle se rendait compte qu'elle aurait aimée cette frustration, si c'était son amie blonde qui l'avait attachée. Mais là, ce n'était pas le cas, et ceux qui l'avait ligotée était dangereuse.
Soudainement, la belle lycéenne comprit pourquoi Mathilde n'avait pas bougé. Se débattre aurait fait du bruit. Et la blonde voulait probablement que les voleurs les oublient. Après, la police les aurait retrouvées, et elles auraient dû expliquer ce qu'elles faisaient ici, mais ça paraissait quand même plus prudent que s'en remettre au bon-vouloir des cambrioleurs. En effet, ces-derniers pouvaient très bien vouloir éliminer deux témoins gênantes.

Justement, les voleurs s'étaient réunis dans une pièce du premier étage pour discuter du sort de leurs deux prisonnières. Cette pièce était vraiment petite, et ne comportait rien d'autre qu'une vitrine avec un vase en verre venant du monde arabe. Ou plutôt, contenait. La femme qui portait le nom de code de « Pitbull de flipper » avait coupé la vitrine et l'avait pris.
L'avantage de la pièce où se tenait le conciliabule était que le directeur du musée n'avait pas jugé nécessaire l'installation d'une caméra pour surveiller un unique objet. Les trafiquants avaient donc moins de risque de s'y arrêter pour discuter qu'ailleurs. Même si toute les caméras du musée avait cessées de fonctionner. Comme quoi, ils n'avaient rien laissé au hasard.
Le débat était vif. Ils évitaient de hausser la voix, pour des raisons élémentaires de discrétion. Finalement, en dix minutes, le sort des deux lycéennes françaises fut scellé.
Les voleurs avaient déjà prévu de rechercher des acheteurs pour les objets qu'ils voleraient en Russie. Ils savait également que là-bas, la mafia n'hésitait pas à kidnapper des femmes pour les prostituer de force. Quand ils iraient revendre leur butin là-bas, ils tenteraient également de monnayer Jessica et Mathilde en tant que putes.

« Réfléchis Jessica, réfléchis! » pensait celle-ci.
Pour elle, il y avait plus de risque à ne pas tenter de se libérer qu'à espérer qu'elle soit laissée sur place.
« Qu'est-ce qui t'a fait revenir ici? » se demanda-t'elle.
Elle se rappela sa visite de la veille. Il n'y avait rien d'intéressant qui put lui donner des idées. Elle repensa à la visite du musée de la Shoah. Aucune idée ne lui vint à l'esprit. Elle se remémora son rêve dans lequel elle avait fait la rencontre d'Ishtar. La prisonnière commençait à entrevoir une solution. Elle se concentra, et se rappela tout en détail, jusqu'à ce qu'à son réveil. Puis elle se souvint du rêve où elle avait dialoguer avec Assarhaddon. Puis de son réveil, à ce moment, elle avait trouvé la bout de pierre qu'elle devait recoller sur la stèle. Et aussi une petite lettre signée par le roi Assyrien.
« Qu'est-ce qui était marqué exactement là-dessus? Rappelle-toi! »
Tu as accepté ma troisième proposition. Ce caillou est le fragment de ma stèle que tu as fait tomber. Tu devras te rendre au musée Pergam pour la recoller, comme tu as accepté. Et n'oublie pas, si tu ne le fais pas d'ici une semaine, tu devras me servir d'esclave aux Enfers pour l'éternité.
Signé: Assarhaddon.

« Il y avait aussi un post-scriptum. C'était quoi? Vas-y réfléchis, ta vie est peut-être en jeu, et ton âme l'est à coup sûr. Souviens-toi! »
PS: j'ai demandé à Ishtar de t'aider. Elle n'interviendra pas, mais elle pourra te donner des conseils. Il suffira que tu l'implores mentalement, et que tu ne la déranges pas trop souvent.
Voilà, c'était ça! Il fallait qu'elle demande de l'aide à Ishtar! Mais comment. Déjà, si elle avait pu parler, elle n'aurait pas été sûre que l'antique déesse l'eut entendue. Mais bâillonnée en plus...
« Je n'ai pas le choix, il faut que j'essaye. »

Chapitre 9: Intervention divine

« J'étais déjà là, avant même que tu m'appelles », fit Ishtar.
Sa magnifique voix venait de résonner dans la tête de Jessica.
« Qu'est-ce que vous pouvez faire pour me conseiller? » demanda mentalement la belle lycéenne « Est-ce que vous pouvez utiliser vos pouvoirs pour couper nos liens? »
« Rappelle-toi ce que je t'ai dit, après que tu te sois endormi dans le mémorial de la Shoah. Les dieux sont constituer de la même manière que les rêves, et ne peuvent donc pas intervenir directement dans l'univers matériel. » répondit la déesse.
« Alors, pouvez-vous me dire comment m'en débarrasser? » supplia la prisonnière.
« Déjà, c'est du scotch. Donc ce n'est pas en te débattant comme ça que tu pourras faire quoi que ce soit. Par contre, je peux te conseiller d'aller voir deux de mes confrères. » fit Ishtar
« Des confrères? » interrogea la française.
« C'est de cette manière que je nomme les dieux qui ne font pas partis du panthéon mésopotamien. »
« Et quels seraient vos confrères, comme vous les appeler? »
« Ce sont les deux dieux les plus puissants actuellement. Et ils viennent chacun d'un véritable humain déifié. Le premier est né il y a plus de deux-milles ans, et a atteint le stade de fragment de Dieu trente-trois années plus tard. Le deuxième n'est pas exactement une divinité, mais son prophète le plus puissant, et a atteint un stade de quasi-divinité il y a environ mille-quatre-cents ans. »
« Pouvez-vous être un peu plus explicite, s'il-vous-plaît? Je ne fais pas parti de votre club »
« Tu ne vois toujours pas? Pourtant, j'ai donné des indices lourdement. Bon, je t'aide encore. Tu es dans l'aile islamique du musée. Et cet établissement contient l'une des collections de Corans les plus importantes d'Allemagne. Et tu es enfermée dans une salle bien précise, bien que tu ne puisse pas le voir puisque la lumière est éteinte, une chambre copte. De plus, tu as été baptisée par le rituel catholique, et le musée se trouve à proximité à la fois d'une basilique catholique et d'une église protestante. »
« Ah. C'est vrai que comme ça, il n'y a plus trop de doute. Vous allez appeler Jésus-Christ et Mahomet? C'est ça? »
« Exactement. A eux deux, plus de la moitié de la population de la planète, qui n'a jamais été aussi nombreuse, les vénèrent. Si jamais il est possible qu'un dieu puisse intervenir directement sur le plan physique, ça ne peut être que l'un de ces deux là. » Justifia Ishtar, avec un ton plein d'entrain.
« Vous êtes vraiment sûre que c'est une bonne idée de les faire venir ensembles? »

-Au fait, comment les as-tu ligotées? demanda la cambrioleuse, au nom de code Pitbull de flipper, à son chef.
-Question très intéressante. Viens par ici, répondit ledit chef surnommé Batman. Et regarde bien Couscous.
Couscous étant le nom de code du troisième cambrioleur à l'intérieur du musée.
Le leader attrapa la femme à ses ordres, et la retourna, de manière à ce qu'elle lui présente le dos. Il la força à joindre ses avants-bras. Il sortit le scotch transparent. Il lui fit un joli arm-binder en avec l'adhésif. Puis il tira un long bout de scotch, et fit le tour de la tête de la cambrioleuse, au niveau de la bouche, en prenant bien soin d'éviter ses jolis cheveux blonds.
-Et je les ai également attachées dos-à-dos. Comme là, tu es la seule personne à être liée ici, et que je ne vais pas perdre de temps à faire la même chose à Couscous, assis contre ce piédestal.
La prisonnière consentante coopéra. Celui qui tenait le rouleau de tape fit deux tours en-dessous de la poitrine de la captive pour l'attacher au petit pylône. D'instinct, la blonde serra les chevilles, et son geôlier en profita pour les attacher elles aussi.
-Et voilà comment les deux filles que nous avons capturés sont! Et j'ai également fermé les portes coupe-feu, avant de les cadenasser.
Couscous, en tant que spectateur, et Pitbull, en tant que cobaye, hochèrent la tête.
Batman s'agenouilla, un couteau à la main, pour délivrer la collaboratrice. Alors qu'il approchait la lame des bandes autour du piédestal, la captive secoua énergiquement la tête de gauche à droite.
-Quoi, tu ne veux rester comme ça.
Il eut un hochement positif en réponse. Il mit quelques secondes à comprendre.
-Ah, je vois, tu fais parti de ces femmes qui aiment qu'on les attache. Et sans doute également de celles qui veulent être ligoteuse. C'est pour ça que tu as tant tenu à te charger des gardiens?
Pitbull fit un hochement pour chacune de ces trois phrases.
Le leader du petit groupe de voleurs fit un sourire charmant, et commença à caresser doucement la femme à travers sa tenue moulante.
-On pourra en reparler plus tard si tu veux. Mais en attendant, je dois te détacher. On a encore des choses à prendre dans le musée, et plus l'on fait vite, moins il y a de chances que la police nous tombe dessus. Et puis, il faudra être plusieurs pour pouvoir transporter les filles que nous avons capturées.

Mathilde et Jessica, dans la chambre copte, c'est-à-dire la pièce où elles avaient été enfermées, étaient toujours aussi solidement saucissonnées et bâillonnées. Mathilde s'angoissait en espérant vraiment que les voleurs les avaient oubliées. Jessica, elle, faisait face à une nuisance d'une toute autre nature.
Elle entendait des voix dans sa tête. Bien sûr, si la belle lycéenne en avait conscience, sa petite amie ne pouvait rien en savoir. Mais cela importait peu, surtout au vu de la teneur du dialogue qui s'y jouait.
Ishtar avait tenu parole. Elle avait bien affaire à la fois avec Jésus et Mahomet. Tout d'abord, même si elle n'avait jamais cru en l'un d'eux jusque là, elle avait été honorée qu'ils fassent attention à elle, et encore plus parcequ'ils venaient pour la sauver. Puis elle avait entendu leurs paroles, et cela avait vite viré à la dispute entre les deux. Voir même à la chamaillerie puérile.
Voici à quoi tout ceci consistait:
-Ma fille, avait fait une belle voix masculine douce, n'ai crainte j'ai ressenti ta détresse. Mais Jésus, ton Sauveur, est là pour te venir en aide.
-Il n'est pas seul. Je suis là aussi, je peux guider ton chemin, car je suis le Prophète, avait répondu une jolie voix grave.
-Momo! avait alors prononcé la première divinité, c'est gentil d'avoir fait le déplacement. Mais ce n'est pas la peine que nous soyons deux. Dans l'immédiat, ces deux jeunes filles ont besoin d'être délivrées de leurs liens, et non de se convertir à la Sainte Parole.
-Peut-être, mais en attendant, pendant que tu essayeras de trouver un moyen de les détacher, tu leur ressortira ton baratin pour qu'elles rejoignent ton « Alliance dans le Christ ». Mademoiselle Jessica, ne l'écoutez pas! Le prier, ça revient à prier un charpentier qui est mort il y a deux-milles ans! Et il n'était même pas chrétien, il était juif!
-Je ne suis pas...
-Tandis que moi, j'ai vécu en honnête musulman depuis qu'un ange m'est apparu dans la grotte de Hira. Je suis le vrai chemin vers Dieu, car je suis son Prophète.
-Peut-être que toi tu était un descendant d'un prince, et moi un simple charpentier. Mais tu n'es qu'un prophète, alors que moi, je suis le fils de Dieu. En gros, toi, tu es le secrétaire du patron, pendant que moi je suis son fils.
-Peut-être, mais moi, je ne pratique pas le cannibalisme.
-Le cannibalisme?
-C'est toi-même qui a dit « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Le jour où tu l'as dit, Dieu n'a pas pu s'empêcher de se frotter là où les dieux sont le plus tendre.
-Tu crois que c'est mieux chez toi? Ne pas manger ni boire pendant quarante jours, quand tes premiers fidèles vivaient au milieu du désert! Et c'est quoi ce truc de prier cinq fois par jour vers La Mecque, juste parcequ'il y a ton squelette là-bas? C'est morbide!
-Et toi alors? Moi, quelqu'un qui est mort et qui est ressuscité, j'appelle ça un zombi! Et en plus, tu sais qu'est-ce que tu as eu comme mort? Celle que les Romains réservaient aux criminels et aux esclaves.
-Peut-être, mais être mort sur ma Croix, même si j'étais au milieu de deux voleurs, c'est toujours plus classe que la tienne. Tu es mort de maladie. Comment ça fait d'être mort juste d'un gros rhume?
-Je suis pas sûr, il paraît que quand ils n'étaient pas encore morts, l'un de deux hommes crucifiés à côté de toi à demander à l'autre « Pourquoi tout le monde le vénère, c'est un serial-killer », et l'autre lui aurait répondu « Pas encore ».
-Mais c'est des rumeurs ça! Il y en a une qui court à propos de ton Coran...
-Quoi que tu dises, mon Coran aura le mérite d'être plus moderne que ta Bible. Tu devrais la moderniser. C'est pas ce que tu essayes de faire? Pour l'instant, tu es bloqué à la première phrase: «Au commencement était le Verbe. Puis apparu le traitement de texte » 
-Et toi alors? C'est pas mieux! Rajouter un truc comme « Toute femme qui trompera son mari sur Meetic verra son compte Facebook lapidé », faut être au moins alcoolique pour écrire ça!
-Tu viens de dire que j'étais alcoolique?! hurla la voix de Mahomet. Je vais te...!
-RENIS TA RELIGION! Cria Jésus.
-Mais ça va pas? Tu viens de me lancer une tranche de jambon au visage! Je vais te faire bouffer ta couronne d'épines!
Et il vaut mieux s'arrêter là.
Toujours est-il qu'après un long, long, long moment, le scotch qui retenait les deux lycéennes collées l'une contre l'autre, et celui qui formaient les arm-binder, et celui autour de leurs chevilles, tomba comme s'il avait été sectionné. Jessica arracha son bâillon. Mathilde ne comprenait pas ce qui venait de passer. Elle se débâillonna, et resta quelques secondes étonnée, avant de demander.
-Attends, qu'est-ce qui viens de se passer là? Pour que nous soyons libres?
-Je n'ai pas trop compris. Il y a une histoire de jambon alcoolique sur Facebook, qui aurait trompé son mari, répondit Jessica.
-Ça ne s'arrange pas ta tête.
-Peut-être. Mais l'important, c'est que nous soyons libres. Faut en profiter pour réparer la stèle d'Assarhaddon. Et après, on se tire!

Chapitre 10: Dernière ligne droite

Non seulement le scotch avec lequel Mathilde et Jessica étaient ligotées avait été sectionné. Mais de plus, probablement par miracle, au sens littéral du terme, les chaînes qui fermaient les portes de la salle s'étaient brisées. Elles ouvrirent les portes en trombe, avant de filer à toutes allures.
Si, comme Ishtar avait dit, les deux lycéennes étaient vraiment dans la chambre copte, Jessica connaissait le chemin pour retrouver la stèle d'Assarhaddon. Elles devaient prendre l'escalier sur leur gauche, le descendre, puis encore prendre à gauche, et suivre le couloir jusqu'au bout.
La belle lycéenne attrapa son amie blonde par le bras, afin de l'entraîner avec elle, et elle prit le sentier que sa mémoire lui rappelait. Malgré l'obscurité quasi-totale, elles dévalèrent les escaliers. Elles suivirent le corridor aussi vite que leurs jambes le leur permettait.
Les deux lycéennes arrivèrent aux pieds de la stèle. A l'aide d'une lampe torche, Jessica repéra l'endroit où manquait un fragment. Fragment qu'elle avait dans sa poche. Elle le prit, le remit à son emplacement, et le maintint. La brune tourna la tête deux secondes, le temps de demander à Mathilde de lui passer le tube de glu qu'elles avaient emmené avec elles.
Mais Jessica n'en eut pas besoin. Quand elle tourna la tête, elle s'aperçut que le caillou avait repris sa place. En fait, c'était même comme s'il ne s'était jamais détaché. Il s'était soudé!
Aucune des deux filles n'eut le temps de se demander comment cela était arrivé. Une voix les interpela:
« Vous n'étiez pas censées être ligotées, vous deux? »
Celui qui venait de parler, c'était le chef des cambrioleurs. Et il était en train de pointer sa kalachnikov en direction de ses deux ex-prisonnières.
La réaction immédiate des deux françaises fut de lever les mains.
-Euh... Ne nous énervons pas... commença Jessica.
-Ta gueule! coupa en hurlant le voleur. Vous saviez, on voulait vous faire faire un petit voyage en Russie, toute les deux. Et vous laissez là-bas. Mais là, en dix minutes, vous avez réussi à vous échapper des liens de mes associés. Personne n'y était jamais arrivé jusque-là. Si en si peu de temps, vous êtes capables d'y parvenir, je ne peux pas me permettre de m'encombrer d'otages aussi dangereuses. D'autant plus que vous êtes également des témoins! Adieux.

Les deux filles se jetèrent chacune de leur côté, juste au moment où l'homme armé appuya sur la détente. Les balles jaillirent, leurs détonation étouffées par le silencieux fixé au canon.
Les réflexes des deux cibles leur avaient sauvée la vie. Les tirs touchèrent le socle d'une statue. Ce n'était pas n'importe laquelle. Cette sculpture mesurait trois mètres, et les archéologues l'avait identifié comme une divinité assyrienne, probablement celle de l'orage.
Peut-être ce dieu veillait-il sur sa représentation, à moins que le simple impact des balles n'en fut la cause. En tout cas, la statue se mit vaciller dangereusement.
Le voleur, pensant qu'elle allait tomber, se jeta sur le sol afin d'éviter de se faire écraser, et de finir aussi plat qu'un sous-verre. Non seulement l'idole resta en place sur son socle, mais de plus, en percutant le carrelage, la kalachnikov s'échappa des mains qui la tenaient. La mitraillette glissa sur les dalles, pour s'arrêter aux pieds de Mathilde.
La jeune fille s'en saisit, et, sans réfléchir, mis en joue le voleur.
-Jessica, attrape le rouleau de scotch qui dépasse de sa poche.
Sa petite amie s'exécuta. Et la blonde n'eut pas besoin de donner la marche à suivre, la belle lycéenne savait quoi faire. La ligoteuse passa plusieurs bandes autour des poignets du ligoté. Lorsque ce-dernier ouvrit la bouche pour hurler et avertir ses complices, Jessica plaqua sa paume immédiatement sur ses lèvres, avant de laisser échapper un « chut », où son plaisir de dominatrice était nettement audible. Très vite, elle remplaça sa main par du scotch.
Une fois sûres que leur « victime » était solidement bâillonnée, les deux filles forcèrent le voleur à se lever. Elles l'emmenèrent à l'escalier le plus proche. Là, elles le firent s'asseoir sur une marche, avant d'utiliser l'adhésif pour immobiliser ses chevilles, et le fixer à la rampe d'escalier. L'homme commença à se débattre et à grogner, mais le scotch tint bon. Il ne pouvait ni s'échapper, ni appeler au secours, quelque-soit la force qu'il y mettait.

Les deux lycéennes tournèrent le dos et s'en allèrent. Mais pas bien loin. En effet, le cri « chef! » résonna sèchement derrière elles.
L'un des complices, celui surnommé « Couscous », se précipita vers le cambrioleur ligoté pour le délivrer. Mais il s'arrêta lorsqu'il s'aperçut de la présence de Mathilde et Jessica. Ou plutôt, lorsqu'il s'aperçut de la présence de Mathilde, Jessica ET de la mitraillette entre leurs mains. Sans qu'on ne lui en donne l'ordre, il mit les mains derrière la tête et se laissa faire.
Le ligoter de la même manière, au même endroit, que son patron fut un jeu d'enfant pour les deux jeunes femmes. Surtout pour Jessica, qui commençait décidément à prendre goût à l'art de manipuler les liens.

Une fois qu'elles eurent neutralisés les deux hommes, Jessica fit une remarque pertinente:
-Attend! Nous ne pouvons pas partir tout-de-suite.
-Pourquoi? demanda sa petite amie. Tu as recollé ton fichu caillou. Fichons-le-camp avant que la police arrive.
-On ne peut pas. Souviens-toi, nous avons été chloroformées par une femme. Elle est toujours libre. Et elle serait capable de nous poursuivre à l'extérieur du musée, pour nous faire accuser du vol à sa place. Il faut qu'on la trouve et qu'on l'attache aussi!
-Essaye de mettre un peu moins de plaisir dans ta voix, quand tu prononces la dernière phrase. Je pense qu'au contraire, on devrait s'enfuir pendant qu'elle n'est pas là.
-Vous parlez de moi? fit la cambrioleuse en sortant de sa cachette d'ombres.
Aucune des deux lycéenne n'eut le temps de répondre. La femme avait déjà bondi sur elle. Mathilde heurta violemment le sol et perdit la kalachnikov, tandis qu'un coup-de-pied bien placé projeta Jessica à l'autre bout de la salle.
La belle lycéenne fut sonnée par la violence du choc. Mais elle se remit sur pied, juste à temps pour voir Mathilde maintenue en hogtie par des menottes spécialement aménagée à cet effet, tandis qu'un ball-gag noir remplissait sa bouche.
Par contre, la brune ne vit pas où était passée la cambrioleuse. Elle le comprit quand on la plaqua au sol. Elle ouvrit la bouche pour pousser un bref cri de surprise, et c'est à ce moment précis qu'une boule, noire aussi, s'y engouffra pour la faire taire. L'otage se débattit pour faire dégager son assaillante. Mais cette-dernière était confortablement calée sur le dos de Jessica, et préparait ses menottes, tout en bloquant les poignets qui allaient les accueillir. La voleuse passa le premier bracelet. Elle allait faire de même avec le deuxième, mais un évènement inattendu l'arrêta.
Pendant une seconde, elle eut une vision. C'était celle d'une femme arabe, aux longs cheveux ondulés noirs, si légèrement vêtue que seules ses parties hautement intimes étaient dissimulées, et d'une beauté à couper le souffle. Et les ailes dans son dos n'y changeait rien.
Pendant que la cambrioleuse était totalement captivée par la beauté de la déesse Ishtar, Jessica en profita. Elle désarçonna son agresseuse d'une ruade sur le côté. Cette-dernière, encore fascinée par ce qu'elle avait vu, n'opposa absolument aucune résistance. Même pas lorsque Jessica lui mit ses propres menottes-à-hogtie et son propre bâillon-boule.
La belle lycéenne récupéra les clés, et se précipita sur Mathilde pour la délivrer.
-Maintenant, elle aussi est ligotée, on peut s'en aller, ordonna Jessica. Prend la kalachnikov.

Elles sortirent du musée par la porte, qui était toujours ouverte.
Le musée Pergam se situe sur un lieu nommé « l'Île aux musées » pour une bonne raison. Parceque cet endroit comporte cinq musées, et parceque c'est une île, donc entouré d'eau. Mathilde y jeta la mitraillette, afin d'éviter qu'elle ne serve à faire du mal, et parceque c'était une preuve dont il fallait se débarrasser.
Une fois cela fait, Jessica pointa du doigt une voiture de type Peugeot 807 garée sur l'autre rive.
-Tu vois, je te parie tout ce que tu veux que c'est la voiture des enfoirés que nous avons attachés. J'ai récupéré les clés sur la femme. On va voir s'il y a quelquechose d'intéressant à l'intérieur? Ils ont peut être déjà chargé du butin.
-Comme tu veux. Après tout, si ce qui est dans le musée est là-dedans, la voiture mérite la visite.
Elles franchirent un petit pont métallique qui reliait l'île au reste de Berlin. Jessica prit le trousseau dérobé à leur agresseuse, et cliqua sur le bouton de ce qui ressemblait à une clé de contact. Les phares de l'automobile clignotèrent.
-J'avais raison! J'ai gagné le pari.
-On avait rien parié du tout, signala la blonde. Mais tu mérites quand même quelquechose, approche toi.
Jessica obéit, et fut immédiatement enlacée par Mathilde, qui l'embrassa passionnément. Après ce délicieux instant, elles se rendirent finalement à la voiture.

En ouvrant la portière arrière, elles firent une découverte de taille. Allongée sur la banquette arrière, se trouvait la dernière complice. Enfin « complice » était un bien grand mot.
En fait, il s'agissait d'une femme asiatique, fine et de taille moyenne, d'une trentaine d'années. Ses cheveux noirs jais coupés en carré, et le fait qu'ils étaient ébouriffés donnait un côté sauvage attirant. Elle avait un physique plus qu'appréciable, nonobstant un détail. A savoir, ses beaux yeux bruns et bridés étaient rougis et bouffis par des pleurs d'angoisse.
En effet, elle était plus otage que complice. La femme était soigneusement ligotée. Allongée sur le dos, les cordes qui entouraient ses bras n'étaient pas visibles. Contrairement à celles autour de ses jambes et de son torse, et elles avaient l'air serrées. De plus, les trois ceintures de sécurité de la banquette arrière avaient été bouclées, afin d'éviter qu'elle se redresse d'une manière ou d'une autre. La banquette arrière du monospace était assez longue pour permettre cette position, à condition que les jambes soient légèrement de biais. Ce qui était le cas.
Les vêtements de l'allemande étaient tous noirs, de son pantalon slim à son T-shirt, en passant par son petit gilet et ses baskets. Le morceau de chaterton qui lui scellait les lèvres aussi était de cette couleur. Ainsi que les cordes.
Entièrement vêtue et ligotée de même couleur que la nuit, allongée dans la voiture sans pouvoir se relever, et bâillonnée, l'otage était invisible de l'extérieur, même si on jetait un coup d'œil par la vitre de l'auto. Si Jessica et Mathilde n'avaient pas ouvert la portière, et que le plafonnier ne s'était pas allumé automatiquement, les deux lycéennes ne se seraient probablement pas aperçu de sa présence.

La femme allongée jeta un regard apeuré au nouvelles arrivantes, pensant qu'elles étaient de mèche avec les cambrioleurs.
Jessica retira immédiatement le bâillon à l'infortunée. Puis lui demanda:
-Parlez-vous français?
-Couramment, répondit son interlocutrice soulagée de pouvoir à nouveau s'exprimer. J'ai vécu deux ans en Belgique, dans la partie wallonne.
La belle lycéenne fut contente d'apprendre qu'elle pourrait parler avec cette trentenaire sans avoir de problème de compréhension. Elle déboucla les ceintures de sécurité, et l'aida à se redresser.
-Qu'est-ce qui vous est arrivé? demanda Jessica en commençant à détacher la prisonnière.
-Hier soir, je faisais le plein d'essence à une station service. Je suis allée payer, et quand je suis retournée à mon véhicule, trois individus se sont jetés sur moi. Ils m'ont entraînés à l'intérieur de ma propre voiture. L'un d'eux prit le volant et conduisit, pendant que les deux autres me ligotaient de manière bien serrée. Une fois que je fus entièrement immobilisée et réduite au silence, ils m'ont expliquer pourquoi ils me kidnappaient. Ils avaient besoin d'un otage qui était bilingue, afin de pouvoir parler avec lui, et surtout ils voulaient se servir de moi et de ma voiture pour se couvrir en s'enfuyant. Ils se sont garés dans un parking souterrain, m'ont détachées les jambes pour m'emmener à des toilettes publiques. Là, ils m'ont laissé les utiliser, avant qu'ils ne me déshabillent, puis me forcent à porter uniquement des vêtements noirs. Puis ils m'ont remise dans ma voiture, et m'ont laissé attachée de la façon dont vous m'avez trouvée. Ensuite, ils m'ont abandonnée toute la journée. Ils ne sont revenus que ce soir, pour utiliser la voiture jusqu'ici. Ils sont partis. Et vous m'avez trouvée quelques dizaines de minutes plus tard.
Pendant qu'elle racontait son histoire, les deux filles avaient fini de la détacher. L'ancienne otage massait ses membres.
-Merci beaucoup, dit-elle avec une gratitude non feinte. Je n'ai pas mangé ni bu depuis une journée entière. Vous pouvez me passer la petite bouteille d'eau et la paquet de biscuits qu'il y a dans la boite à gant, s'il-vous-plaît. Il y en a d'autres, si vous en voulez.
Mathilde s'en chargea. L'allemande vida l'eau et dévora les biscuits à une vitesse impressionnante. Les deux françaises firent de même, car elles avaient l'impression de s'être vidées, après leur aventure dans le musée.
-Qu'est-ce que je peux faire pour vous remercier? demanda la trentenaire.
-Ramenez-nous à notre hôtel. Nous vous indiquerons la direction en chemin.

Alors qu'elles étaient dans la voiture, la conductrice demande aux deux jeunes filles:
-Au fait, comment se fait-il que vous ayez eu la clé de ma bagnole?
Mathilde partit alors dans l'explication de tous ce qui s'était passé dans le musée. Ce qui excluait tous ce qui tenait du domaine du divin, puisqu'elle n'en avait pas le moins-du-monde conscience. Par contre, elle raconta tous ce qui s'était passé dans l'univers matériel dans les moindres détails. Et elle finit bien sûr par la capture des cambrioleurs.
-Après la manière dont ils nous ont toutes les trois emprisonnées, c'est bien fait pour eux. Et puis-je vous demandiez ce que vous faisiez là-bas? Ajouta l'allemande.
-Non, vous ne pouvez pas, répondit Jessica en rigolant. Ce n'est pas que nous n'ayons pas l'envie de le dire, mais pour faire simple, vous me prendriez pour une folle.
Après une vingtaine de minutes, elles se garèrent en face de l'auberge de jeunesse.
-Cette voiture, c'est bien la vôtre, non? demanda Jessica. Elle n'a été volée à personne.
-Exactement.
-Et dans l'état dans lequel vous étiez, vous n'avez pas pu appeler la police. Elle n'est donc au courant de rien pour l'instant.
-Le contraire aurait été étonnant.
-Nous pouvons vous demander un dernier service, s'il-vous-plaît.
-Après ce que vous avez fait pour moi, c'est tout naturel. Allez-y.
-Vous ne nous avez jamais vu, jamais rencontrées, jamais entendu parler de nous. Compris?
-Parfaitement compris, répondit la conductrice avec un clin d'œil. D'ailleurs, qui êtes-vous et que faîtes vous dans ma voiture?
Les deux lycéennes sourirent. Elles saluèrent l'allemande, et quittèrent le véhicule. La trentenaire fit un signe de la main à travers la vitre, et démarra. En une minute, elle avait déjà disparue à l'angle de la rue.
Jessica et Mathilde se regardèrent, puis rentrèrent dans l'hôtel, histoire d'aller dormir.

Épilogue :

Malgré leur courte nuit, les deux filles ne furent pas les plus dures à réveiller le lendemain matin.
Tout le groupe du voyage scolaire prit un rapide petit-déjeuner, avant de grimper dans le bus. En effet, c'était ce matin qu'ils partaient de Berlin, pour changer de pays, et atteindre Prague.
Jessica insista pour se mettre le plus proche possible de la place du chauffeur.
-Et je peux savoir pourquoi? avait demandé Mathilde
-Mon cœur, tu sais que je t'aime. Et que pour moi, c'est une révélation. Par contre, tu ne me croiras peut-être pas, mais j'aime aussi les hommes, contrairement à toi. Et je veux voir la tête de celui qui nous conduira, je suis sûre qu'il sera très sexy.
Mathilde ne répondit pas, et tourna la tête. Elle regarda à travers la vitre. Puis elle ricana, et s'exclama:
-Tu as une drôle de définition de « sexy »! Regarde!
En effet, le chauffeur en question n'était pas vraiment beau à regarder. Il avait une démarche et des gestes aussi gracieux que ceux d'un hippopotame dyslexique. Quand à son visage, si on avait pas su qu'il était naturellement ainsi, on aurait cru que l'homme avait essayé d'éteindre un incendie avec un tournevis. Et ne parlons pas de l'odeur de son après-rasage.
Jessica eut un hoquet de surprise. Elle se retourna pour voir si par hasard il n'y aurait pas d'autres places libres dans l'autocar. Mais non.
Trop tard pour en chercher. Les portières se fermèrent, et le véhicule démarra.

Personne ne s'était aperçu que Mathilde et Jessica avaient quittée leur chambre cette-nuit. Et le bus était déjà proche de la frontière avec la République Tchèque, quand la nouvelle d'une tentative de cambriolage au Musée Pergam commença à se répandre aux infos allemandes.
L'asiatique que les deux lycéennes avaient sauvée avait signalé la présence des cambrioleurs à la police deux heures après son sauvetage. C'était le temps qu'elle rentre chez elle, se lave, et mange. Elle avait appelé depuis l'une des dernières cabines téléphoniques de la ville, sans préciser son identité, ni son histoire, ni la présence de Mathilde et Jessica. Elle avait juste signalé qu'elle avait vu des individus rentrer par effraction au Musée Pergam.
La police était vite arrivée. Non seulement elles avaient retrouvés les gardiens soigneusement ligotés et bâillonnés, mais également les voleurs. Leurs liens avaient tenu bon. Ils refusèrent de parler de quoi-que-ce-soit qui s'était passé cette nuit-là.
Finalement, comme aucun objet n'avait été abimé ni emporté, et trop heureux d'avoir directement les coupables bien ficelés, les policiers avaient monté un scénario qui satisfit tout-le-monde. Visiblement, la femme du groupe de cambrioleurs n'avaient plus toute sa tête. Jamais ils n'auraient pensé que cela était dû à l'intervention d'une déesse assyrienne. Donc, les enquêteurs en avaient déduit qu'elle était déjà dans cet état avant le casse.
D'après eux, les cambrioleurs seraient pénétrés dans le bâtiment et auraient neutralisés les gardiens. Ensuite, ils auraient pris tous les objets qui leur semblaient intéressants. Jusque là, c'était vrai. Mais, par la suite, le récit différait de la réalité. Les détectives avançaient que la femme aurait fait une crise de folie, et aurait ligoté ses compagnons. Avant de se bâillonner et de se menotter elle-même.
Les coupables étaient capturés. Le scénario arrangeait tout-le-monde. Et surtout Mathilde et Jessica n'étaient pas soupçonnées, et ne le seraient jamais.

Les heures de sommeil perdues se vengèrent sur Mathilde. En fait, peu de temps après avoir dépassé la frontière, pendant que Jessica mangeait des chocolats, la blonde s'endormit d'un coup. Et son sommeil était aussi profond que celui d'une souche sous sédatifs.
Elle se réveilla brusquement lorsqu'elle sentit des cordes se nouer autour de ses poignets. Ou plutôt elle crut se réveiller. Elle ouvrit les yeux et commença à se débattre, puis s'immobilisa lorsqu'elle vit sa ligoteuse.
-Oui, oui. Je sais, je suis une femme merveilleusement belle, à couper le souffle. Ce n'est pas la peine de le signaler à chaque fois, Bouya. déclara Ishtar
Mathilde ne comprit pas le sens de la phrase. Mais cela lui importait peu, car elle se laissait submerger par la beauté de la déesse.
-Qu'est-ce que je viens de dire?! s'écria cette-dernière. Arrête de faire une fixation sur mon physique!
Là non plus, Mathilde ne comprit pas. Elle aurait voulue poser une question, mais très vite, Ishtar prit un foulard avec un nœud au milieu, et l'inséra entre ses lèvres.
-Tu te demandes sans doute ce qui t'arrive. fit remarquer la divinité en s'adressant à sa prisonnière
Cette-dernière hocha la tête.
-Très bien, je vais tout t'expliquer. Déjà, sache que si tu es réduite au silence, c'est parce que je sais que tu m'interrompras à un moment ou un autre, et que j'ai horreur de ça. Ensuite, tes liens sont juste là pour éviter que tu ne retires ton bâillon.
» En premier lieu, sache que je suis Ishtar, déesse assyrienne de la Guerre et de l'Amour. Et que ta copine Jessica entendait bien ma voix. Tout ce que vous avez fait cette nuit est en partie ma faute.
Et la déesse passa un très long moment à raconter toute l'histoire. Comment la stèle d'Assarhaddon avait été sculptée puis maudite. Pourquoi la malédiction était retombée sur Jessica. Comme la belle lycéenne s'était retrouvée à dialoguer avec le défunt roi aux Enfers. Et pourquoi elles avaient été obligées de rentrer par effraction à Pergam.

-Ma chérie. Réveille-toi, on est arrivées!
Jessica secoua doucement son amie. La blonde ouvrit les yeux, et regarda la brune. Ensuite, elle tourna son regard vers leur hôtel. C'était un bâtiment stalinien rouge dont le crépi s'écaillait. Ce premier aperçu de Prague donnait une très mauvais image de la ville, qui était pourtant absolument magnifique.
Les professeurs organisèrent les élèves pour qu'ils récupèrent leurs sacs dans la soute à bagage. Une fois cela fait, ils allèrent à la réception chercher les clés des nombreuses chambres.
Au bout de trois-quart d'heure, quand cette tâche de fourmi fut terminée, chaque petit groupe d'élève se retira dans leurs quartiers. Ils avaient une heure pour ranger leurs affaires et se détendre un peu avant de manger et d'aller en ville.
-Jessica, tu sais, l'histoire que tu m'as avancée pour pourquoi tu voulais rentrer dans le musée, je la crois maintenant.
-C'est vrai? Et pourquoi ce changement d'avis?
-Quand je me suis endormie dans le bus, j'ai rencontré Ishtar en songes.
Jessica ne fut qu'à moitié surprise.
-Et elle m'a demandé de te faire passer deux messages, continua la blonde.
-Et lesquels?
-Le premier, c'est qu'Assarhaddon te remercie d'avoir pris tous ces risque pour réparer sa stèle, et considère que ta faute est rachetée maintenant. Quand au deuxième...
Mathilde poussa son amie sur le lit. Prise par surprise, la belle lycéenne perdit l'équilibre. La blonde en profita pour se saisir d'écharpes, et lui lier les pieds et les mains. En guise de bâillon, elle embrassa passionnément sa chérie.
-Le deuxième message, c'est qu'Ishtar nous souhaite de profiter à fond de notre relation, mon cœur.

Ishtar

Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par Ishtar »

:) :bravo:

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Emma
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le bâillon, les épinards, le fromage qui ne sent pas bon

Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par Emma »

Ahhhh, ISHTAR!! voilà où j'avais lu ton pseudo!
J'aime beaucoup ce récit, parce qu'il me rappelle mes 15 jours à Londres où j'ai passé la moitié du temps dans les couloirs du British Museum. Il y a une ambiance dans ce musée qui m'a marquée. Quand je lis ce récit, dont l''histoire se déroule en Allemagne, ça me fait le même effet. Peut-être que dans une vie antérieure, j'ai connu un beau Dieu !! :lol: :boufon:
:gagged: :bandeau: L'art si attachant du bondage :bandeau: :gagged:

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Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par The Wraith »

Ba non... Je crois que je m'en souviendrais...
:saitpas:

:calin:
« Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. »
de Edgar Allan Poe
Extrait de Eléonora

Tchocobo

Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par Tchocobo »

Superbe histoire :admire:

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Karamel
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Re: La Malédiction du musée Pergam

Message par Karamel »

Ayé ça fait 3 jours que j'ai commencé à la lire, j'ai enfin terminé.

Que dire, que dire… Chouette ? En tout cas j'ai passé un bon moment de lecture historico-ligotique

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